Top 10 2019 de Rémi Fréchette

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11 janvier 2020 par Rémi Fréchette

Top 10 Rémi

Au milieu de l’année, j’avais l’impression que cette clôture de la décennie allait être plutôt décevante. Même s’il s’agit de mon huitième top de fin d’année pour Point de vues, j’ai (encore) été surpris de voir cette lignée de chefs-d’œuvre prendre l’affiche dans les derniers mois. Prendre l’affiche en 2019, ça signifie autant les sorties en salles classiques que les mises en ligne sur toutes les plateformes de streaming près de chez vous. Le constat à la fin de cette année (et même celui qu’on peut tirer à la fin de ces dix dernières) est que la définition du mot « cinéma » s’est beaucoup élargie, en offrant plus d’options pour consommer des films et en amenuisant cette ligne entre le cinéma et la télé. Netflix s’est imposé comme un des plus gros joueurs, se classant aux mêmes rangs que les studios majeurs dans les cérémonies de remises de prix et les palmarès de fin d’année. Est-ce véritablement une mauvaise chose ? Je ne peux pas être en désaccord avec cette évolution, alors que quatre films de mon top sont produits ou distribués par Netflix, qui offre de nouvelles avenues aux créateurs.
Bref, voici plusieurs magnifiques découvertes que j’ai faites au courant de l’année, selon l’échantillon de ce que j’ai consommé. Avec la quantité de films et de séries qui sortent chaque semaine, il y a malheureusement quelques gros titres que j’ai manqués (comme PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU ou AD ASTRA). D’autres titres n’y apparaissent pas, car certains réalisateurs que j’adore m’ont simplement déçu cette année (coucou à Tarantino, Peele et Jarmush). Bref, sans plus attendre, voici les dix films qui ont rocké mon année, dont certains qui apparaîtront prochainement dans mon top de la décennie.

LA. Tea Time

10. L.A. TEA TIME – Sophie Bédard-Marcotte
Sophie (la réalisatrice dans son propre rôle) part en road trip avec Isabelle (la directrice photo) pour rencontrer l’artiste Miranda July à L.A. Comme dans son précédent film CLAIRE L’HIVER, l’histoire brouille complètement la ligne entre la fiction et le documentaire en utilisant des éléments narratifs camouflés à travers les moments réels pris sur le vif. Un style unique et personnel qui est passé à un autre niveau, en multipliant les surprises et les références sur la route, dans des tableaux qui nous plongent dans les États-Unis profonds. La plus grande force du film est sa liberté visuelle et auditive qui crée une complicité avec le spectateur, comme si on était invité à s’asseoir sur la banquette arrière de la voiture.

J'ai perdu mon corps

9. J’AI PERDU MON CORPS – Jérémy Clapin
Une main coupée s’échappe du bureau d’un coroner. En parallèle, un jeune livreur de pizza tente de prendre sa vie en main. Mis en image en animation 2D traditionnelle, c’est d’une part une aventure remplie d’obstacles à travers la ville, de l’autre une histoire humaine pleine d’émotions. Le style graphique est assez réaliste pour rendre crédible le danger qui couvre la route de la main, et donne en même temps une humanité tangible aux personnages. Le montage en parallèle donne un rythme excitant au film, tout en nous laissant largement le temps d’apprécier la profondeur des protagonistes.

Midsommar

8. MIDSOMMAR – Ari Aster
Après avoir vécu une tragédie familiale, une jeune femme accompagne son copain et ses amis dans un festival au cœur d’un village en Suède, là où se tient un rituel traditionnel qui tourne rapidement au cauchemar. Cette nouvelle œuvre du réalisateur de HEREDITARY est encore plus tordue que la précédente, utilisant encore une forte imagerie qui crée une ambiance presque hypnotique. Contrairement à un grand nombre de films d’horreur qui s’appuient sur des lieux clos et des scènes de nuit pour créer une tension, la majeure partie du film se déroule de jour à ciel ouvert dans un grand espace. L’atmosphère se fait tout de même étouffante et oppressante, n’indiquant jamais précisément aux spectateurs si les évènements à l’écran sont réels, imaginés, ou s’ils font simplement partie du rituel. On peut souligner des similitudes à THE WICKER MAN, mais MIDSOMMAR reste quand même une œuvre unique en son genre.

chernobyl

7. CHERNOBYL – création et scénario: Craig Mazin, réalisation: Johan Renck
Je ne pensais pas croiser le chemin de la télé dans une liste de fin d’année, mais en même temps cette reconstitution de la tragédie de Chernobyl de 5 h 30 en cinq épisodes aurait très bien pu se consommer dans une salle de cinéma. Le visuel est d’un réalisme impressionnant et terrifiant, et la tension est palpable dès le premier épisode. On peut lui pardonner ses quelques fautes (comme les personnages ukrainiens qui parlent anglais), car la série prend plusieurs risques pour s’éloigner du format télévisuel traditionnel et s’approcher du cinéma. Autant avec les choix de mise en scène, qu’au niveau de sa trame sonore planante, sans jamais tomber dans le sensationnalisme. On connait tous cette tragédie en surface, mais ici on s’y retrouve en plein centre, politiquement et humainement.

The Irisman

6. THE IRISHMAN [I HEARD YOU PAINT HOUSES] – Martin Scorsese
Qu’est-ce que je peux ajouter qui n’a pas déjà été dit à propos de cette œuvre majeure de Scorsese, avec son casting toutes étoiles et une durée gigantesque (mais bien justifiée) de près de trois heures et demie ? On pourra dire ce qu’on voudra des effets de rajeunissement numérique des comédiens, rien ne peut être enlevé aux performances de ces monstres du septième art qui jouent un groupe de criminels à travers six décennies. En reprenant la forme d’un GOODFELLAS, le film agit comme un miroir de la carrière du réalisateur, des années 60 à aujourd’hui. Une réflexion profonde sur le passé, les belles années, mais aussi et surtout la vieillesse. Scorsese prend de l’âge, mais ne perd rien de sa fougue et de sa jeunesse d’esprit, offrant une réalisation rythmée à un de ses récits les plus ambitieux.

Uncut Gems

5. UNCUT GEMS – Josh et Benny Safdie
J’ai adoré l’énergie brute des frères Safdie avec leur dernier film GOOD TIME, et heureusement avec plus de moyens et une vedette comme Adam Sandler ils n’ont rien perdu de cette fougue. Justement, Sandler est à mille lieues de ses comédies grossières, s’emparant du plus grand contre-rôle de sa carrière et offrant facilement sa meilleure performance. Il glisse dans la peau de Howard, un vendeur new-yorkais de bijoux tape à l’œil, adepte des jeux de hasard qui sombre dans sa dépendance et dans une double vie. Le scénario progresse à un rythme qui s’intensifie constamment, utilisant le charisme de Sandler pour rendre attachant ce personnage pourtant détestable. Aucune surprise que les Safdie aient obtenu la bénédiction de Scorsese ; ils sont définitivement ses descendants directs au niveau de leur énergie et du désir de repousser les limites du public.

Parasite

4. PARASITE – Bong Joon-ho
La carrière de Bong Joon-ho est pour l’instant sans faute, et PARASITE n’y fait pas exception. Dans cette nouvelle exploration de la lutte des classes, un jeune homme issu d’une famille pauvre se retrouve enseignant d’anglais chez une famille riche. Il en profitera pour s’infiltrer de plus en plus, et ouvrir lentement la porte de la maison… Le film est une balance parfaite de différents genres ; on y trouve beaucoup de thriller ponctué d’humour, des personnages denses et bien construits, et plusieurs climax narratifs qui frappent fort. La signature visuelle du réalisateur est encore une fois magnifique, tant dans sa mise en scène que la photographie, et ses comédiens jouent parfaitement, que ce soit dans les moments légers ou pour les coups durs. Pour l’anecdote, le film a transcendé la barrière linguistique pour se placer au sommet du box-office américain lors de sa sortie, une première pour un film coréen. Effectivement, PARASITE est un film que je recommanderais à n’importe qui, une véritable porte d’accès vers le cinéma asiatique.

Marriage Story

3. MARRIAGE STORY – Noah Baumbach
Baumbach explore des personnages profonds avec une certaine légèreté depuis le début de sa carrière, mais il n’a jamais été aussi loin dans sa recherche d’un thème unique. MARRIAGE STORY parle ultimement de divorce, et on peut y ressentir l’inspiration d’expériences personnelles du cinéaste. En plus d’un scénario riche et développé, le couple au centre de l’histoire est formé par Adam Driver et Scarlett Johansson qui offrent certainement une des meilleures performances de leurs carrières respectives. Le casting qui les entoure est aussi riche et captivant ; soulignons Laura Dern dans le rôle de l’avocate. Le spectrum de la séparation est exploré sous tous ses angles, montrant les deux côtés de manière relativement égale, avec les désirs de chacun autant que leurs fautes. Le film est magnifique et le montage laisse vivre les performances. Même si les évènements dramatiques risquent de vous faire verser une larme, la comédie occupe une bonne place tout au long afin d’offrir de véritables montagnes russes émotionnelles.

The Twentieth Century

2. THE TWENTIETH CENTURY [LE VINGTIÈME SIÈCLE] – Matthew Rankin
Passer du court au long avec un style aussi singulier que celui de Matthew Rankin pourrait être casse-gueule, mais le cinéaste a réussi à créer une véritable œuvre d’art. C’est avec une rigueur visuelle et une liberté d’esprit totale qu’il raconte la montée au pouvoir de Mackenzie King, dixième Premier ministre du Canada, en s’attardant à sa relation toxique avec sa mère, sa rivalité avec Bert Harper, et sa passion pour les souliers. À des années-lumière d’un biopic traditionnel, le look du film emprunte au cinéma expressionniste, à travers des tableaux toujours plus surprenants, et ce sans jamais s’essouffler. L’humour visuel ajoute beaucoup de légèreté à des sujets qui pourraient sembler drabes dans un pitch, et est accompagné d’une trame sonore digne de l’âge d’or d’Hollywood. Les détails dans chaque plan, de même que la subtilité comique des dialogues en font un film que l’on voudra revoir encore et encore. C’est une anomalie dans le paysage cinématographique québécois qui fait grand bien !

The Lighthouse

1. THE LIGHTHOUSE – Robert Eggers
Une image noire et blanche granuleuse dans un ratio 1.19 semblant sortir d’une autre époque. Les sons de la mer se mêlent à une trame sonore planante qui nous vient tout droit des abysses. Deux hommes et un phare sur une petite île. Une expérience de cinéma unique, une poésie aussi visuelle que sonore. Le nouveau film du réalisateur de THE VVITCH pousse l’essai esthétique à un autre niveau dans ce film d’horreur cauchemardesque tourné avec des moyens techniques qui datent de près d’un siècle. Mené par des performances grandioses (même si souvent théâtrales) de Willem Dafoe et Robert Pattinson, le film laisse le spectateur se perdre avec eux dans sa temporalité floue, alors que les jours se succèdent en faisant place graduellement à l’enfer sur écran. Avec quelques monologues en vieil anglais (de marin), l’atmosphère oppressante et les longs plans anti-hollywoodiens, le film ne plaira certainement pas à tous. Mais heureusement, l’expérience est difficile à oublier.

***

Si vous voulez consulter les numéros 11 à 20 de mon top, rendez-vous sur ma page Letterboxd.

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