Top 10 2019 d’Olivier Bouchard

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9 janvier 2020 par Olivier Bouchard

Top 10 Olivier 2019

Je n’ai vu, au mieux, qu’une quarantaine de films que l’on peut qualifier « officiellement » comme datant de 2019. Cette année, j’ai pris beaucoup plus de temps pour rattraper des films de cette entière décennie, remettant ainsi en cause mon canon personnel avec une œuvre monumentale comme LA FLOR de Mariano Llinás ou encore le plus intime MUSEUM HOURS de Jem Cohen, que pour rester à jour. Du coup, cette liste rétrospective représente les films m’ayant touché, mais aussi ceux qui m’ont aussi été aisément accessibles. Ces films, ce sont eux qui auront marqué, pour le meilleur et pour le pire, mon année 2019, quitte à la redécouvrir éventuellement, alors que plusieurs films qui y furent produits s’apprêtent à être enfin distribués chez nous.

a beautiful day

10. A BEAUTIFUL DAY IN THE NEIGHBORHOOD – Marielle Heller
Jamais je n’aurais cru que le biopic sur cette figure proprement américaine qu’est Fred Rogers — dont le documentaire à son sujet WON’T YOU BE MY NEIGHBOR ? m’avait un an plus tôt semblé complètement insipide — soit une œuvre qui marquerait mon année. Le film de Marielle Heller est loin d’être parfait, souffrant d’une trame centrale banale, les codes du biopic en faute, et de nombreuses facilités. Toutefois, l’intention folle d’Heller de faire revivre Rogers par l’acteur américain le plus gentil du monde, Tom Hanks, et de délaisser la fiction pour permettre à celui-ci de s’adresser directement au spectateur est un des gestes cinématographiques les plus surprenants que j’ai vus cette année. Je ne peux qu’en saluer l’audace.

The Souvenir

9. THE SOUVENIR – Joanna Hogg
THE SOUVENIR m’a laissé proprement perplexe. L’environnement bourgeois dans lequel le film évolue doublé de la naïveté du personnage principal m’a distancié du film qui prend souvent la pose du « film d’art ». Sur la durée, Hogg creuse son récit autobiographique au point où elle finit par communiquer la honte et les regrets qu’elle entretient face à sa propre histoire sans pour autant voir sa propre jeunesse avec dédain. Alors que plusieurs autres cinéastes utilisent l’abus pour des effets-chocs, Hogg comprend les réalités de relations abusives, la simplicité des gestes qui les occupent et la manière insidieuse dont celles-ci isolent la victime, tout comme elle marque l’importance d’en faire témoignage, malgré le malaise qui en découle.

Parasite

8. PARASITE – Bong Joon-ho
Bong Joon-ho livre une fois de plus un thriller virtuose même si, à mon sens, sa critique sociale et les personnages du film souffrent ici de son exactitude formelle. PARASITE est un objet parfaitement construit, révélant sa prémisse folle avec juste assez de retenue pour que chaque dénouement flirte avec l’absurde sans jamais laisser le film tomber dans le ridicule. Pour autant que l’expérience de visionnement de PARASITE soit un grand plaisir, pour autant il me donne l’impression d’être un peu une coquille vide. Si je crois que le réalisateur a déjà fait mieux, un film mineur de sa part reste malgré tout un sacré plaisir.

6 Underground

7. 6 UNDERGROUND – Michael Bay
Maintenant est venu le moment où je dois abandonner toute autorité à propos de mon bon goût. Michael Bay est le maître du mauvais goût, des films aux discours dégueulasses dont les incroyables prouesses techniques servent à satisfaire les pires bassesses cinématographiques, si encore peut-on toujours appeler ça du cinéma. Lorsque, dans la scène d’ouverture de 6 UNDERGROUND, un musée est massacré par des voitures sportives, Bay annonce, comme je me dois de le faire maintenant, qu’il a longtemps abandonné toute prétention de décence. Alors même qu’une très grande partie du cinéma américain surproduit cache ses intentions guerrières et impérialistes derrière de bons mots vides de sens, je trouve pour ma part satisfaction dans le cinéma de Bay qui, lui, ne cache jamais qu’il est moralement vil. 6 UNDERGROUND n’atteint pas les bassesses de BAD BOYS II, à mon sens le « grand film » impossible à recommander du cinéaste, mais il possède assez d’énergie nihiliste pour, finalement, ne ressembler à rien d’autre qui se fait avec ce genre de budget. J’adore sincèrement ce film et oui, j’ai mauvais goût.

booksmart

6. BOOKSMART – Olivia Wilde
J’aurais voulu un peu plus de BOOKSMART, qui sous-entend des problèmes de classe qu’il ne finit jamais par développer et qui affronte les questions de la sexualité adolescente en les désamorçant trop rapidement par l’humour. Cela étant dit, le premier film d’Olivia Wilde a aussi réussi à faire sourire et même faire franchement rire l’éternel grincheux que je suis. Il y a une énergie contagieuse à ce film que peu de comédies sur l’adolescence peuvent se vanter d’avoir. Moi qui n’aime normalement pas m’amuser au cinéma, je me dois d’avouer avoir été désarmé par ce film.

Little Women

5. LITTLE WOMEN – Greta Gerwig
Gerwig gagne le bénéfice du doute, étant donné que je n’ai toujours pas vu l’adaptation apparemment supérieure de Gillian Armstrong. Si j’ai quelques problèmes avec la temporalité du film, la réalisatrice prouve tout de même une fois de plus son talent en adaptant le roman de Louisa May Alcott. Très classique, mais proprement mené, LITTLE WOMEN est de ces films qui prouvent qu’une belle histoire et de (très) bonnes actrices sont suffisantes pour faire du cinéma.

Ad Astra

4. AD ASTRA – James Gray
AD ASTRA est à la fois exactement le film auquel je m’attendais de James Gray, c’est-à-dire un drame intimiste et retenu, centré sur la quête interne d’un seul personnage incapable de réellement exprimer sa vie intérieure et, lorsque le film met en scène une course-poursuite lunaire aux lasers kitsch, une drôle de surprise. Gray prouve qu’il est capable d’opérer sur son modèle personnel même dans la série B, même face à la grande froideur de l’espace. Peut-être qu’AD ASTRA m’aurait semblé trop austère et difficile d’approche si les yeux de Brad Pitt n’évoquaient pas l’infini de l’univers, mais ce genre de thèse ne mérite pas que je m’y attarde trop.

The Forest of Love

3. THE FOREST OF LOVE [AI-NAKI MORI DE SAKEBE] – Sion Sono
THE FOREST OF LOVE représente en quelque sorte le film somme de la décennie pour Sion Sono, reprenant sans gêne plusieurs thèmes et idées du cinéaste qui habitèrent ses précédentes œuvres, tout en étant aussi le film d’un cinéaste en colère. Sans concession, le cinéaste explore l’impact de traumatismes dans la vie de ses personnages et de son cinéma. Loin d’être subtil, le film est souvent grotesque dans sa présentation d’événements choquants. L’empathie, toutefois, prime toujours. Derrière les agressions, les abus, la violence, les suicides ratés et réussis, cette « forêt de l’amour » est surtout un film à fleur de peau, d’une tristesse infinie.

A Hidden Life

2. A HIDDEN LIFE – Terrence Malick
Malick persiste et signe, affirmant que le regard intérieur qui lui a été fortement critiqué ces dernières années est, en fait, une partie de la solution contre le fascisme. Si, quand je ne crois plus en rien, ma cinéphilie se tourne vers Bay, Malick est le cinéaste qui me redonne foi dans l’importance du geste artistique, aussi radical soit-il. Tant pis que certains le trouvent niais, le cinéma de Terrence Malick est d’une honnêteté sans faille, et tout mon cynisme ne pourrait m’empêcher de croire en l’importance du cinéma lorsqu’un réalisateur semblable nous livre régulièrement de tels films.

Portrait de la jeune fille en feu

1. PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU – Céline Sciamma
On en parlera longtemps j’espère, de ce PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU. Triste ironie, alors même que le film lamente l’effacement des points de vue et des expériences féminines dans l’histoire de l’art, que cette Palme lui fût volée. Sciamma, dont on connaissait déjà l’indéniable talent, prouve qu’elle est de la trempe des plus grands avec le drame romantique le plus fort que j’ai eu la chance de voir ces dernières années. Si le discours sur l’absence des femmes dans le canon de l’histoire de l’art n’a jamais été aussi présent au cinéma, force est de constater qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire. PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU prouve une fois de plus que c’est tout un pan de l’art qui a trop longtemps été minimisé. C’est pour moi le film de l’année, tout simplement, et un des films les plus importants de la décennie, et j’ose espérer que l’histoire lui donnera la place qu’il mérite.

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