Journal de bord – Fantasia 2019

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26 août 2019 par Rémi Fréchette

Fantasia Journal de bord

Tradition oblige, et un peu aussi pour mon propre plaisir ultérieur de me remémorer les différentes éditions toutes aussi incroyables du festival Fantasia, j’écris ici quelques mots à propos des films que j’ai vus durant ses quelque vingt-deux jours. Cette année, les critiques seront très brèves et en rafale, mais vous aurez tout de même une idée de mon appréciation personnelle sur ces découvertes de ce millésime.

Veuillez noter que pour éviter tout conflit d’intérêts avec mon poste de programmateur, je ne critique pas les films québécois que j’ai vus (et revus) durant le festival : JADE’S ASYLUM, L’INQUIÉTANTE ABSENCE, KILLER CUPS 3D, DEAD DICKS, AQUASLASH et STEAMPUNK CONNECTION.

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D’abord, voici sans ordre précis quelques découvertes rétro du festival:

PHANTOM OF THE PARADISE – 92 min – 1974 – Brian De Palma
Winslow, compositeur marginal, se fait voler sa musique par Swan, un grand producteur de disques et concerts. Après s’être fait défigurer par ce dernier, il devient le Phantom of the Paradise, pour défendre son honneur et ultimement faire chanter sa muse. Un chef-d’œuvre de Brian De Palma avec l’électrisante trame sonore de Paul Williams, qui mêle habilement l’histoire de Faust et celle du Fantôme de l’Opéra. Un film culte à la saveur Rock ‘n Roll, qui mérite sa réputation !

DRACULA VS. FRANKENSTEIN – 91 min – 1971 – Al Adamson
Le comte Dracula trouve un descendant du professeur Frankenstein qui travaille dans la maison hantée d’un parc d’attractions. Ensemble, ils feront revivre le monstre de Frankenstein afin de rendre Dracula… le maître du monde ! Un grand nanar présenté dans une version restaurée (et très méritée !) Le film est le parfait complément au documentaire BLOOD & FLESH (voir plus bas) à propos de son réalisateur Al Adamson. C’est de l’ultime série Z, avec tout son charme et son innocence, pour tous ceux qui adorent Ed Wood ou TROLL 2.

SATAN’S SLAVE (PENGABDI SETAN) – 96 min – 1980 – Sisworo Gautama Putra
Une mère meurt et laisse ainsi les membres de sa famille dans le deuil. Ceux-ci ne pratiquent pas la religion et se voient visités par ce qui semble être le spectre de la défunte. Un film d’horreur culte indonésien, qui a eu droit à son remake il y a deux ans. Bien qu’aujourd’hui l’original soit un peu risible et culturellement loin de notre réalité (avec sa morale pro catholique), le film présente des ambiances angoissantes et des visions d’horreur singulières. Un film d’horreur assez unique, qui mérite de sortir de l’ombre !

L'assassin jouait du trombone

L’ASSASSIN JOUAIT DU TROMBONE – 96 min – 1991 – Roger Cantin
Un agent de sécurité d’un studio de cinéma se retrouve embarqué avec sa fille dans un grand complot de meurtre au sein des producteurs. Cette restauration du film a été présentée pour accompagner l’hommage très mérité à Roger Cantin. Revisiter le film nous fait découvrir un côté caricatural si peu présent au Québec, des blagues visuelles très ingénieuses, et une critique de l’influence des dirigeants sur notre vision artistique ou politique. Mais surtout, le film est hautement divertissant et drôle, spécialement grâce aux performances principales et aux quelques caméos surprises qui créent de grands moments de cinéma.

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Voici maintenant les primeurs vues pendant la période du festival, en commençant avec la pire, pour terminer avec la meilleure:

23. ALIEN CRYSTAL PALACE – 98 min – 2018 – Arielle Dombasle
Une rock star au sommet de sa déchéance se fait payer pour concevoir la trame sonore du film d’une réalisatrice superstar, qui est un projet commandé par le descendant d’un pharaon. Comment critiquer un nanar comme celui-ci, un projet d’égo pour la réalisatrice/comédienne/mannequin (etc.) Arielle Dombasle ? C’est un ratage total évidemment, mais en même temps une découverte exquise. Rares sont les véritables « bons mauvais films » contemporains, mais ici l’incompétence totale est surprenante. Il apparait au sommet de cette liste comme pire film, mais c’est loin d’être en soi une mauvaise chose. Allez voir la bande-annonce et vous m’en redonnerez des nouvelles…

22. STARE (SHIRAI-SAN) – 98 min – 2019 – Hirotaka Adachi
Une légende d’horreur à propos d’une mauvaise entité est contée de bouche à oreille. Mais lorsque le nom du démon de l’histoire est su de quelqu’un, il apparaît pour le tuer en lui faisant exploser les yeux. C’est le film de la J-horror le plus générique qui soit, sans aucun effort de mise en scène, très peu de moments-chocs, aucune ambiance créée, et beaucoup de jump scare faciles. Heureusement, le public de Fantasia était là pour rire du film de bon cœur.

21. PARADISE HILLS – 94 min – 2019 – Alice Waddington
Dans un futur qui allie technologie et costumes victoriens, une jeune femme est placée dans un centre par ses parents afin de réorienter sa vie. Décors et costumes sublimes composent ce désir de créer un univers dense. Mais le film a la qualité technique d’une série télé, avec des dialogues trop lourds, trop peu d’autodérision, une mise en scène peu imaginative et des scènes lentes sans réel enjeu. Beaucoup de potentiel pour très peu au final.

The Relative Worlds

20. THE RELATIVE WORLDS (ASHITA SEKAI GA OWARUTO SHITEMO) – 93 min – 2019 – Yuhei Sakuragi
Deux dimensions parallèles s’entrechoquent : les exécutions d’un autre univers vont tuer subitement les individus de notre monde. L’animation japonaise est magnifique et il y a des combats impressionnants, mais finalement rien n’est particulièrement mémorable ou émotivement puissant. Un film que j’ai vu il y a très peu de temps, et qui s’est déjà presque évaporé de ma mémoire dans notre dimension.

19. IDOL (WOO SANG) – 144 min – 2019 – Lee Su-jin
Le fils d’un politicien tue un individu avec sa voiture. Effrayé du potentiel scandale, il décide d’effacer les traces… Comme dans toutes ces productions coréennes à gros budget, la direction photo est magnifique, et les performances sont incroyables. Dense tout au long de ses deux heures vingt, le film est trop chargé et pourrait « se terminer » beaucoup trop de fois. Un gros manque de focalisation dans l’histoire tue complètement le rythme, et ne justifie jamais sa durée.

18. PORNO – 98 min – 2019 – Keola Racela
En 1992, les employés du cinéma d’un petit village aux valeurs chrétiennes trouvent une salle abandonnée qui projetait autrefois des films pornographiques. Du gros fun plein de couleurs, de moments campy et creepy, de sang et de poitrines, sur un ton assez caricatural. La première moitié amène beaucoup de bonnes scènes, mais la deuxième partie s’étire vraiment trop et enchaîne les retournements incongrus. Un p’tit bonbon qui tombe finalement un peu sur le cœur.

Dreamland

17. DREAMLAND – 92 min – 2019 – Bruce McDonald
Un vieux tueur à gages tente de démanteler un réseau de prostitution juvénile en passant par un trompettiste. Un univers glauque et crédible, bercé par une trompette qui évoque les vieux films de détective. Le récit prend une tangente bien trash qui peut parfois rappeler Abel Ferrara, mais sans jamais trop se prendre au sérieux. C’est malheureusement un peu lent en général ; il manque quelques moments forts qui auraient pu lui conférer un statut culte.

16. LETTERS TO PAUL MORRISSEY – 80 min – 2018 – Armand Rovira et Saida Benzal
Une série de fausses lettres écrites à Paul Morrissey, un réalisateur/collaborateur de Andy Warhol, ont été mises en image dans des vignettes qui oscillent entre la fiction, l’expérimental et le faux documentaire. Le film est magnifiquement tourné sur pellicule noir et blanc et semble sorti d’une autre époque. C’est lent, déroutant, assez inaccessible, mais il s’y trouve une beauté et une poésie à découvrir.

15. THE INCREDIBLE SHRINKING WKND (EL INCREIBLE FINDE MENGUANTE) – 93 min – 2019 – Jon Mikel Caballero
Un week-end entre amis prend un tournant surnaturel lorsqu’une jeune femme se retrouve coincée dans une boucle temporelle… qui se réduit d’une heure à chaque répétition. Un concept un peu trop en vogue cette année, pour un film qui n’apporte pas grand-chose pour se démarquer. L’exception principale est un peu gimmicky, soit l’excellente idée de rétrécir graduellement les côtés de l’image tout au long du film pour représenter le temps qui manque de plus en plus.

14. KILLERMAN – 112 min – 2019 – Malik Bader
Après un échange de drogue interrompu par la police, un criminel devient amnésique. À travers les rues de New York, il tente de retrouver ses esprits tout en protégeant ceux qu’il aime. Se trouvant entre Abel Ferrara et Michael Mann, c’est une histoire criminelle bien classique avec ses fusillades, ses morts horribles et ses twists de trahison. On ne réinvente rien ici et c’est un peu long, mais le film est globalement plutôt efficace, sans faute majeure.

Harpoon

13. HARPOON – 83 min – 2019 – Rob Grant
Un triangle amoureux violent (et comique) qui se déroule en huis clos sur un bateau à l’arrêt loin des côtes. Prémisse originale pour un long produit avec des moyens limités. De bonnes performances réussissent à porter le drame avec beaucoup d’humour, et sa durée est optimale pour l’histoire racontée. Sans jamais transcender le médium, le film est un bon petit divertissement de festival comme on les aime.

12. KOKO-DI KOKO-DA – 86 min – 2019 – Johannes Nyholm
Quelques années après avoir perdu leur fille de 8 ans, un couple s’en va faire du camping. Ils se font réveiller en pleine nuit par une troupe de personnages étranges qui s’en prennent à eux. Le deuxième film qui utilise un certain concept narratif au festival, mais traité ici de manière plus originale et plus dense émotivement. Le ton est assez déstabilisant, alternant entre le drame très réaliste, l’animation de silhouette, et l’horreur presque surréaliste.

11. BLACK MAGIC FOR WHITE BOYS – 105 min – 2019 – Onur Tukel
Un magicien de New York trouve un nouveau truc pour attirer les foules dans son petit théâtre : utiliser de la vraie magie noire ! Très low budget, sans jamais trop pousser le concept de « genre ». La force de ce film réside plutôt dans son scénario intelligent très poussé au niveau des thématiques politiques et sociales. De plus, les performances des comédiens (tous assez atypiques) sont naturelles et hilarantes, ce qui souligne de belle façon cet humour de situation.

10. S HE – 95 min – 2018 – Shengwei Zhou
Étrange film d’animation chinois en stop motion avec des objets. C’est l’histoire d’un soulier rouge ne voulant pas se conformer à la sombre réalité des autres souliers qui se cache dans le corps d’un soulier conforme pour infiltrer le système et le changer. Très difficile de donner une note à un film aussi unique, pouvant peut-être se décrire comme un mélange de Jan Svankmajer et SOUPE OPÉRA, l’univers construit est hyper impressionnant pour le minimalisme du projet. L’histoire aussi est très complexe, honnête et pleine d’émotions.

Daniel Isn't Real

9. DANIEL ISN’T REAL – 96 min – 2019 – Adam Egypt Mortimer
De retour dans sa maison familiale alors que sa mère nage en pleine psychose, un jeune homme renoue avec son ami imaginaire d’enfance qui l’aidera à s’épanouir… mais aussi à se détruire. Bien que le film ne prenne jamais de tangente trop éclatée, le scénario est bien écrit et est soutenu par deux magnifiques performances, ainsi qu’une mise en scène adroite. Le film est parfois un peu trop criard et coloré, mais la balance reste efficace tout au long. Encore un bon film « de festival » !

8. ODE TO NOTHING (ODA SA WALA) – 92 min – 2018 – Dwein Ruedas Baltazar
Une morticienne philippinoise ayant du mal à faire vivre son commerce reçoit en pleine nuit le cadavre d’une femme inconnue qui n’est jamais réclamé. Un film tellement simple formellement, qui présente souvent des scènes en plan unique comme des tableaux « vivants ». La force du film est définitivement sa construction dense des personnages, qui n’ont pas besoin de beaucoup de mots pour faire comprendre leur situation.

7. BLOOD & FLESH – THE REEL LIFE & GHASTLY DEATH OF AL ADAMSON – 99 min – 2019 – David Gregory
La carrière du cinéaste et producteur Al Adamson à travers les films de série B qu’il a réalisés, jusqu’à son meurtre tragique en 1995. Un documentaire dense qui couvre autant la carrière de ce prolifique réalisateur trop peu connu, que sa mort qui se transforme en enquête style Real Crime dans la dernière partie. Un travail de recherche impressionnant, un amour du sujet bien ressenti, et une passion qui est contagieuse. Un portrait qui donne le goût d’en savoir encore plus sur l’homme !

Jesus Shows You the Way to the Highway

6. JESUS SHOWS YOU THE WAY TO THE HIGHWAY – 83 min – 2019 – Miguel Llan
Des agents de la CIA tentent de détruire un virus informatique en utilisant un système de VR, mais ils restent prisonniers du système. Il n’y a pas plus « OVNI » que ce film, tourné en 16 mm, ce qui rend impossible d’y attacher une époque au premier regard. Le cinéaste fait preuve de beaucoup d’inventivité tout au long du film, enchaînant surprise après surprise. Par exemple : Le monde virtuel est tourné en stop motion, où les personnages portent des masques de carton de célébrités… C’est vraiment une anomalie surprenante du début à la fin, un peu confus au niveau scénaristique, mais avec tellement de bonnes idées visuelles et de blagues étranges qu’on oublie vite les défauts.

5. LAKE MICHIGAN MONSTER – 78 min – 2018 – Ryland Brickson Cole Tews
Un capitaine monte une équipe pour chasser le monstre marin qui a tué son frère. Tourné à très petit budget dans une esthétique qui rappelle le cinéma de Guy Maddin, mais avec un humour mitraillé qui rappelle aussi les séries de Adult Swim et les classiques comme AIRPLANE!. C’est de loin un des films les plus amusants de cette année. À regarder en groupe avec des amis ; le film bénéficierait probablement de multiples écoutes vu son potentiel à citations et running gags.

4. COME TO DADDY – 94 min – 2019 – Ant Timpson
Un DJ trentenaire n’ayant pas vu son père depuis ses cinq ans, va retrouver celui-ci dans sa demeure au milieu d’une forêt. Celui-ci est devenu un vieil alcoolique violent et vulgaire qui rendra son séjour infernal. Je n’en dévoile pas plus. Une formule efficace remplit de revirements, proposant tour à tour de belles scènes où le jeu est à l’honneur (de la part notamment d’Elijah Wood et son affreux look hipster new-yorkais), des moments-chocs, et des personnages colorés. C’est très drôle, parfois gore, mis toujours très rythmé, donc parfaitement adapté pour un public festivalier.

3. THE ART OF SELF-DEFENSE – 104 min – 2019 – Riley Stearns
Un mésadapté social se retrouve dans un centre de karaté après avoir subi une attaque dans la rue. Jesse Eisenberg plonge encore plus loin dans son personnage typique de névrosé, dans ce film à propos de la masculinité toxique et du désir d’appartenance. On rit de l’absurde des situations, on grince des dents aux malaises, et le tout est exploité avec une profondeur inattendue.

2. 1BR – 90 min – 2019 – David Marmor
Une jeune femme emménage à Los Angeles dans un grand complexe d’appartements avec cours intérieur. Rapidement, elle découvrira le prix à payer pour faire partie de cette communauté. Un thriller horrifique excellent, avec un discours riche et beaucoup de substance au niveau des personnages. L’horreur est bien présente et culmine en une montée intense, après des moments-chocs et des revirements inattendus.

Swallow

1. SWALLOW – 95 min – 2019 – Carlo Mirabella-Davis
Une jeune artiste qui vit aux crochets de son fiancé très contrôlant commence à avaler des objets compulsivement après l’annonce de sa grossesse. Un film techniquement simple, qui mélange le malaise et l’humour, tout en développant adroitement ses personnages. Un excellent scénario et des superbes performances, c’est toujours une recette gagnante. Définitivement mon favori du festival !

Une réflexion sur “Journal de bord – Fantasia 2019

  1. Angelilie dit :

    J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

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