Top 10 2018 de Rémi Fréchette

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7 janvier 2019 par Rémi Fréchette

top 10 rémi fréchette

C’est ce merveilleux temps de l’année où on fait le tour de nos coups de cœur ! Précisons que chez Point de vues, on se base sur les premières mondiales (par exemple, PHANTOM THREAD ou FIRST REFORMED sont officiellement des films de 2017, donc non éligibles pour nos listes). Bref, voici un petit tour de ce qui a rockémon cinéma durant la dernière année !

the ballad of buster scruggs

10. THE BALLAD OF BUSTER SCRUGGS – Joel et Ethan Coen
Si on peut dire une chose à propos des frères Coen et de leur impressionnante filmographie, c’est que malgré leur succès dans plusieurs genres, ils ont toujours cherché à se réinventer et à explorer les codes du cinéma. Cette passion qu’ils ont pour le septième art est très présente dans cette nouvelle œuvre (exclusive à Netflix), qui est construite comme une anthologie de six histoires dans le temps des cowboys. Sans connexion entre eux, les courts métrages couvrent une variété de tons d’écriture, de structures narratives, de styles cinématographiques et de thèmes classiques du western américain. Bien que le film souffre des problèmes fréquents des anthologies (les segments ne sont pas tous du même calibre – le premier, qui établit bien le ton du film entier, est sans doute le meilleur), la grande diversité du film est surprenante, les dialogues sont délicieux et le plaisir qu’ont les Coen derrière la caméra est contagieux.

chien de garde

9. CHIEN DE GARDE – Sophie Dupuis
Les drames familiaux sont une de nos forces au Québec, mais rarement sont-ils aussi brutaux que dans cette fable verdunoise. Sophie Dupuis crée un Montréal parallèle, autant réaliste que surréaliste, et nous plonge au cœur de cette famille troublée qui œuvre à travers le crime organisé. Deux frères avec des caractères opposés, interprétés dans des registres de jeu complémentaires (mais parfaitement juste à leur façon), évoluent dans cet univers toxique. Bien qu’on y croise quelques personnages plus grands que nature, comme le souvent caricatural Paul Ahmarani dans le rôle de l’oncle aux commandes du réseau criminel, tout finit par se balancer dans le ton, et le poids des enjeux émotionnels devient très intense. Notons aussi la magnifique direction photo, qui embellit cet environnement pourtant glauque et donne la couleur (ou la noirceur) de cette famille bouleversée.

hereditary

8. HEREDITARY – Ari Aster
Ce qu’on ne voit pas est souvent ce qui est le plus effrayant ; le réalisateur Ari Aster l’a compris. L’horreur de HEREDITARY se construit doucement et base sa tension sur les silences et les non-dits, construisant une mythologie étrange autour de la famille au centre de l’histoire. On est loin du jump scare et des trames sonores hollywoodiennes qui dictent l’action. L’épouvante s’intensifie, le film multiplie les moments-chocs inattendus et nous fait vivre ces horreurs par des performances surprenantes et intimes. Toni Collette est à la tête de la distribution et véhicule une déroutante folie à travers les yeux de son personnage. La finale peut laisser une partie du public perplexe avec sa rupture de ton, mais j’ai pour ma part adoré cette audace, qui donne un sens à cette histoire en concluant sur une vision cauchemardesque surréaliste. On utilise souvent à tort l’expression elevated horror, mais ce film mérite entièrement cette mention.

climax

7. CLIMAX – Gaspar Noé
J’arrivais à reculons à cette projection, n’étant pas un grand fan du cinéma de Gaspar Noé. Mais ce film souligne à grands traits la qualité première du réalisateur, soit sa maîtrise technique impressionnante. Le film débute avec une mise en place des personnages, qui défie toutes conventions stylistiques, avant de nous plonger dans un plan séquence qui donne le sentiment physique (littéralement) de tomber en apnée pendant près d’une heure. Dans un bad trip de drogue qui s’intensifie, la troupe de danse au centre de l’histoire perd graduellement la tête, et se décompose émotivement en même temps que la technique du film se déconstruit. La chorégraphie de la caméra et des éclairages est en symbiose avec les performances des comédiens, la descente aux enfers ne prend pas un moment pour souffler. Comme souvent dans les films de Noé, ce n’est pas le fond qui prédomine dans cette œuvre, mais si vous vous prêtez au jeu, vous ferez un tour de manège que vous n’êtes pas prêt d’oublier.

under the silver lake

6. UNDER THE SILVER LAKE – David Robert Mitchell
On s’attendait à beaucoup de David Robert Mitchell après son très encensé IT FOLLOWS, mais ce nouveau film est définitivement une surprise, pour le meilleur ou pour le pire ! Ce qu’on pourrait décrire comme un stoner ou slacker movie, avec une esthétique qui ne cache pas ses influences des maîtres du suspense comme Hitchcock (sans aucune subtilité dans ces références), ainsi qu’une bonne dose d’humour absurde pince-sans-rire : ce n’est pas le genre de film qui fait l’unanimité. Pourtant j’ai adoré l’univers dans lequel je suis entré, bercé par une trame sonore à la Bernard Hermann, le découpage rappelant les grands classiques d’un Hollywood qui est disparu depuis longtemps, pour entrer dans les fabulations de conspiration du protagoniste interprété avec crédibilité par Andrew Garfield. Le film joue beaucoup avec le non-sens à la façon des Coen pour créer une aventure surprenante à tous les détours.

luz

5. LUZ – Tilman Singer
À la base le projet de thèse de son cinéaste, LUZ est un film qui semble sorti d’une autre époque. Reprenant les codes esthétiques des premiers films de Cronenberg, ou encore de Ken Russell, le film raconte l’interrogatoire d’une jeune chauffeuse de taxi qui aurait été possédée par un démon. Tourné en 16 mm bien grainy, qui ajoute cette dimension mythique et intemporelle, on entre nous-mêmes dans une transe à travers cette séance d’hypnose qui marie habilement l’expérimental au cinéma narratif traditionnel. On sort de l’expérience comme on se réveille d’un rêve surréaliste, et on a envie d’y replonger pour mieux savourer les subtilités de la mise en scène, de l’atmosphère et du symbolisme. C’est un festin visuel malgré la petite échelle de la production, qui prouve que les grands moyens ne sont pas nécessaires pour créer un des meilleurs films de l’année.

isle of dogs

4. ISLE OF DOGS – Wes Anderson
La sixième année à faire un Top pour Point de vues, durant lesquelles Wes Anderson aura réalisé trois films, tous apparaissant dans mes listes. Est-ce possible avec un style aussi unique de nous charmer à chaque fois ? Oui monsieur, madame ! De retour au stop-motion, le film raconte la grande aventure d’un jeune japonais qui souhaite retrouver son chien disparu, alors que les compagnons canins sont bannis de sa ville. Les idées originales de mise en scène se succèdent, utilisant parfois l’animation 2D, ou encore de surprenantes justifications pour contourner le doublage des Japonais (et même des chiens). La technique d’animation s’harmonise à nouveau avec l’humour calculé de Wes Anderson, et les performances toujours très justes de ses réguliers et de ses nouveaux collaborateurs mettent en valeur ses dialogues uniques. C’est un film qui peut plaire à un très large public, les initiés à ses films comme aux néophytes, les plus jeunes et les plus vieux.

madeline's madeline

3. MADELINE’S MADELINE – Josephine Decker
Un simple coup d’œil sur sa bande-annonce, qui est une œuvre d’art en soi, et on comprend que ce film offre une proposition unique. On entre dans le monde de Madeline, une jeune femme atteinte d’une maladie mentale qui la déconnecte du monde qui l’entoure, qui tente de faire sa place dans une troupe de théâtre expérimental. Son détachement à la réalité se transpose dans le film avec des effets d’optique surprenants, et un montage souvent déconstruit qui fait parfois des ellipses pour mieux représenter le fil de pensée de la protagoniste. De plus, la vie de Madeline influence la pièce de théâtre qui est montée dans le film, créant une intelligente mise en abîme dans la structure narrative. Rares sont les films qui offrent une proposition aussi juste et élaborée sur la maladie mentale tout en ayant une esthétique en parfaite synchronicité avec son sujet.

the favourite

2. THE FAVOURITE – Yorgos Lanthimos
Le réalisateur grec reconnu pour sa signature unique nous offre son film le plus accessible jusqu’à maintenant, mais réussit tout de même à rester intègre à ses propositions champ gauche. Se déroulant dans la cour d’une reine au XVIIIsiècle, la proposition est loin des conventions du film d’époque traditionnel. Les mouvements de caméra rapides, le montage effréné, l’utilisation de lentilles grand-angle : c’est très loin de la signature habituellement attribuée à un film qui se déroule à cette période. Le trio de comédiennes (Olivia Colman, Emma Stone et Rachel Weisz) à la tête du film parvient à jongler avec un humour parfois grinçant, d’autres fois caricatural, mais tout en donnant un réalisme et un poids à la courbe émotive des personnages. Le film est un pur divertissement du début à la fin, n’hésitant jamais à prendre des risques pour raconter cette folle histoire de triangle amoureux royal.

suspiria

1. SUSPIRIA – Luca Guadagnino
Les remakes ont une très mauvaise réputation, pourtant c’est possible de récupérer une essence et de la transformer en une nouvelle saveur. SUSPIRIA (2018) œuvre dans un spectre opposé à l’original de 1977 de Dario Argento à plusieurs niveaux, mais garde en avant-plan une de ses forces premières, qui est d’offrir une expérience sensorielle au spectateur. Cette nouvelle mouture est une symbiose parfaite entre tout ce qui constitue esthétiquement un film : le montage rythmé, les jeux de caméras surprenants, les ambiances sonores dérangeantes, la trame sonore envoûtante de Thom Yorke… Cette nouvelle interprétation de l’histoire explique aussi beaucoup mieux la mythologie de l’original, en ajoutant de la substance aux personnages, mais aussi en ajoutant de nouveaux mystères. Le tout reste bien imprégné des codes de l’horreur, avec des atmosphères bien effrayantes, et avec sans doute la meilleure scène de meurtre de l’année qui marie la danse et l’horreur. Ce n’est pas le film que je pensais voir succéder à l’original ; c’est encore supérieur et beaucoup plus surprenant — il ne laissera personne indifférent.

***

Fidèle à mes habitudes, je vous propose cinq films bonus que j’ai beaucoup aimés. Ce n’est pas la suite de mon Top, mais plutôt des expériences cinématographiques que j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir.

annihilation

ANNIHILATION – Alex Garland
Après son excellent EX MACHINA, Alex Garland vient réécrire un nouveau chapitre de science-fiction avec un univers riche et unique. Avec à sa tête un commando 100 % féminin pour explorer une zone contaminée par un virus extraterrestre, Garland offre une succession de scènes d’action et d’horreur surprenantes. Cet univers trouble se transpose dans des plans époustouflants qui donnent une couleur unique aux paysages, tandis que la construction sonore et musicale nous fait entrer dans une transe déstabilisante. En plus des détournements de paysages communs et des créatures horribles qui sont rencontrées, le film culmine vers une finale aussi angoissante que poétique.

au poste!

AU POSTE ! – Quentin Dupieux
Un nouveau film de Dupieux, un nouvel OVNI cinématographique qui surprend ! Centré autour d’un interrogatoire de police qui dégénère, le film est infusé de ce qui caractérise le cinéma de son auteur. L’humour absurde, le questionnement du non-sens, le regard direct sur le cinéma et la façon de raconter une histoire. Le film est assez court, n’étirant aucun sujet trop longtemps, et conserve un rythme très rapide. Bien que l’humour méta peut être déroutant, le film reste bien accessible à un public non-initié, peut-être même une des meilleures portes d’entrée au cinéma de Dupieux. On note aussi la performance hilarante du toujours excellent Benoît Poelvoorde. À regarder en complément, la bande-annonce très originale qui pose le regard sur son propre sujet et mets en bouche cette bulle absurde.

shirkers

SHIRKERS – Sandi Tan
Quand on parle de « film à propos de faire des films », je suis déjà vendu. Quand il s’agit d’un documentaire sur l’histoire incroyable d’un film perdu du début des années 90, je suis au bout de mon siège. La réalisatrice raconte comment elle a tourné un film avec ses amis en 1992 à Singapour, pour que celui-ci disparaisse avec son mentor durant plusieurs décennies. Avec les images du film récemment retrouvées, elle sonde les mémoires de ses proches à propos du tournage, et refait l’histoire de celui qui l’a aidé à réaliser ce projet avant de s’évaporer avec les bobines. C’est une histoire unique, un traitement personnel, drôle, émotif et nostalgique, qui redonne vie à ce film culte jamais terminé et à un Singapour coloré qui n’est plus.

un couteau dans le coeur

UN COUTEAU DANS LE CŒUR – Yann Gonzalez
Le court métrage ULTRA PULPE de Bertrand Mandico aurait aussi eu sa place dans mon top pour représenter cette nouvelle vague de cinéma de genre français, mais je me devais de souligner ce slasher aux inspirations 80s qui met en vedette Vanessa Paradis à travers l’industrie de la porno gaie (oui oui !) Coloré, ne se prenant jamais au sérieux, et accompagné d’une trame sonore électronique de M83. Avez-vous besoin de plus d’argument pour vous laisser tenter ? Même ses défauts, comme son histoire un peu mince ou son dénouement très attendu, peuvent être attribués aux défaillances des films qui l’ont inspiré, se prêtant ainsi à 100 % à cet exercice de style référentiel.

halloween

HALLOWEEN – David Gordon Green
Je suis amateur des slashers des années 80, mais j’ai toujours trouvé que la série HALLOWEEN était une des plus faibles du genre, vivant seulement aux crochets d’un premier film qui se classe au rang de chef-d’œuvre. Enfin, la meilleure suite à ce classique a pris l’affiche 40 ans après l’original, supprimant l’entière ligne du temps dessinée depuis. Sans la prétention de révolutionner le cinéma, cet opus reprend les codes du genre et les modernise. La musique originale de John Carpenter est de retour pour redonner l’atmosphère propre de la série, la réalisation et la direction photo sont impeccables, et surtout : Michael Myers est à nouveau effrayant ! Bien sûr, on notera quelques stupidités de la part des personnages, quelques revirements narratifs inutiles, mais au final le film donne aux fans une suite digne de son nom, un reboot pour les nouveaux venus, quelques clins d’œil subtils à la franchise, mais surtout un bon slasher old fashion.

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