Top 10 2018 de Pascal Plante

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30 décembre 2018 par Pascal Plante

Top 10 Pascal Plante

Le son des rigodons nous rappelle qu’il est grand temps d’honorer notre tradition de décembre !

Mais avant de plonger dans mes coups de cœur cinématographiques de 2018, je tiens à honorer les films in limbo qui ont raté ma liste de l’année dernière, faute d’avoir été visionné à temps, mais qui, a posteriori, s’y seraient faufilés : PHANTOM THREAD de Paul Thomas Anderson et I, TONYA de Craig Gillespie. Par ailleurs, nous avons été gâtés par des voix féminines à la barre de productions aussi variées qu’audacieuses : YOU WERE NEVER REALLY HERE de Lynne Ramsay, TEAM HURRICANE d’Annika Berg et ZAMA de Lucrecia Martel. Enfin, mention marmelade à PADDINGTON 2 de Paul King : un petit bijou de film familial qu’il ne faut absolument pas bouder par maturité mal placée.

Et maintenant, place à la cuvée 2018 :

3 visages

10. 3 VISAGES (SE ROKH) – Jafar Panahi
Le plus réussi des « non-films » de Jafar Panahi n’a nullement besoin de mise en contexte (ou de mise en garde) pour fonctionner pleinement. Dans 3 VISAGES, Panahi se met à nouveau en scène, mais cette fois, il agit (littéralement) comme véhicule pour laisser toute la place à ses actrices : le cœur et l’âme de ce récit doux-amer teinté d’humour bienveillant. Même si 3 VISAGES a cette qualité de dissimuler toutes ses ficelles artificielles derrière une spontanéité confondante, le scénario de Panahi s’avère rigoureusement confectionné, nourri de multiples couches de lectures, sociales et métaphoriques, élevant ainsi un film humble au statut de l’une des œuvres les plus complètes, lucides et humanistes de l’année.

Madeline's Madeline

9. MADELINE’S MADELINE – Josephine Decker
Voici à quoi un indie américain fait sur mesure pour Sundance devrait aspirer : un film affranchi qui prend des risques à la tonne. Exit le scénario bon-élève en trois actes prévisibles ; bienvenue les expérimentations formelles, les improvisations primales et la structure narrative éclatée. De façon large, MADELINE’S MADELINE traite de maladie mentale en contexte de création artistique. La question éthique qui guide le récit : peut-on exploiter les failles psychiatriques des comédiens au nom de l’authenticité ? Au nom de l’art ? La Madeline éponyme, interprétée par Helena Howard — une jeune comédienne brisant la glace au grand écran — s’impose d’entrée de jeu comme une exaltante révélation.

An Elephant Sitting Still

8. AN ELEPHANT SITTING STILL (DA XIANG XI DI ER ZUO) – Hu Bo
L’unique œuvre posthume de Hu Bo est un legs colossal : une odyssée chorale de quatre heures qui plonge le spectateur dans les tourments de ses protagonistes au mal-être contagieux. L’atmosphère crépusculaire d’AN ELEPHANT SITTING STILL est accentuée par une mise en scène claustrophobe qui emprisonne ses sujets dans le temps avec ses plans-séquences et dans l’espace avec ses lieux circulaires et exigus. Expérience éprouvante, j’en conviens, mais c’est l’une de ces expériences qui continue à hanter son spectateur longtemps, bien longtemps, après son générique de fin.

Eighth Grade

7. EIGHTH GRADE – Bo Burnham
Comment naviguer les chamboulements de l’adolescence lorsque notre insécurité inhérente à cet instant transitoire est exacerbée par l’omniprésence des médias sociaux ? Lorsque les outils puissants qui nous procure notre dopamine à grands coups de j’aime deviennent le baromètre entre le bien et le mal ? Pour un(e) jeune de 13 ans, trouver un semblant de paix intérieure en 2018 relève de l’exploit. Cette quête banale épique motive l’héroïne moderne de EIGHTH GRADE (brillante Elsie Fisher), dans une œuvre touchante qui trouve son point d’équilibre entre l’humour désopilant et le grincement de dents. It’s lit! #dab

Annihilation

6. ANNIHILATION – Alex Garland
Déguisé en film-d’aventure-qui-va-du-point-A-au-point-B, ANNIHILATION se démarque en osant l’abstraction et la métaphysique. Avec ce nouveau film de science-fiction visionnaire, regrettablement étiqueté par son distributeur comme étant « trop intelligent pour le grand public » (misère…), Alex Garland s’impose aujourd’hui comme un cinéaste phare de ce genre cinématographique aux possibilités dont les limites n’ont d’égales que l’imagination de son créateur. Fort heureusement, l’imagination de Garland est sans bornes.

Shoplifters

5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE (SHOPLIFTERS / MANBIKI KAZOKU) – Hirokazu Kore-eda
Les grands maîtres connaissent mieux que quiconque la force tranquille de la retenue. C’est donc avec douceur et tendresse que Kore-eda explore — encore une fois — une cellule familiale interdépendante opposée à un système brisé, hostile au bonheur individuel et collectif de tout un chacun. L’amour apparent du cinéaste envers sa brochette de personnages imparfaits empêche de les rendre complètement répréhensibles. Ces petits voyous transcendent leurs méfaits par leur joie de vivre, leur code d’honneur et leur altruisme. On dit toujours que l’on ne peut pas choisir sa famille, mais UNE AFFAIRE DE FAMILLE remet en question cet énoncé en sondant les rôles de chacun des membres de ladite famille. Donner naissance prédispose-t-il quelqu’un à être mère, ou est-ce que ce rôle est davantage lié à l’amour, au partage et au soutien d’autrui dans l’adversité ? En s’attardant à la beauté des petits moments et à la grâce des instants fugaces, la thèse du film se révèle adroitement et nous touche en plein cœur.

Climax

4. CLIMAX – Gaspar Noé
En abordant systématiquement ses thématiques avec la maturité d’un adolescent en rut, fantasme puéril après fantasme puéril, Gaspar Noé n’a rien à apprendre à quiconque sur la condition humaine. On doit cependant lui rendre ce qui lui revient : il sait être l’hôte de la fête ! C’est donc à grand coup de « boom boom » et de sangria hallucinogène que l’enfant terrible du cinéma français nous séquestre au creux de sa nouvelle expérience cinématographique en néon rouge flash. Techniquement impeccable, CLIMAX incarne ce cinéma viscéral voué à diviser tant il peut paraître bête pour les uns et exaltant pour les autres. Me voici le premier surpris : je me range définitivement dans le camp des masochistes consentants.

BlacKkKlansman

3. BLACKKKLANSMAN – Spike Lee
Vaut mieux en rire qu’en pleurer. Au terme de cette nouvelle proposition, signée Spike Lee, BLACKKKLANSMAN aura fait les deux. Comprenant très bien qu’un film historique fait miroiter les enjeux du présent, Spike Lee traite de façon pas du tout subtile de l’Amérique de Trump ; cette Amérique malade, rongée par ses fondations sanguinaires d’antan qui remontent aujourd’hui tristement à la surface. Le burlesque côtoie la tragédie, et vice versa. Ceci dit, la plus grande surprise de ce brûlot sera de constater que Spike Lee troque sa proverbiale acrimonie pour un message étrangement rassembleur. L’enjeu est global. L’unité doit éradiquer la haine, un rire à la fois.

Ash is Purest White

2. ASH IS PUREST WHITE (JIANG HU ER NV) – Jia Zhangke
Jia Zhangke revient avec son opus le plus maîtrisé depuis son STILL LIFE plus d’une décennie plus tôt. Il est surprenant de constater à quel point ASH IS PUREST WHITE semble évacué de la conversation en ces temps de bilans de fin d’année. Tant pis… je me porterai en défenseur solitaire de cette œuvre magistrale ! La barque de cette épopée romanesque sur des amants maudits est pilotée par le rôle féminin le plus riche de l’année, incarné par l’actrice fétiche du réalisateur, Tao Zhao. Ces tribulations de gangsters qui s’aiment mal, plusieurs décennies durant, offrent un canevas panoramique permettant au cinéaste de traiter des bouleversements sociaux et économiques de la Chine moderne, dont la vertigineuse ascension se dresse parfois au détriment de la condition de ses citoyens. Jia aura toujours été le plus habile critique de sa patrie, puisqu’il sait attaquer ses sujets de front tout en esquivant la censure.

Burning

1. BURNING (BEONING) – Lee Chang-dong
Conclusion logique à l’énoncé qui stipule que « 2018 aura été une grande année pour le cinéma asiatique », Lee Chang-dong se retrouve (sans surprise) en tête de mon palmarès personnel. Sans mauvais jeu de mots, disons d’entrée de jeu que BURNING est un slow burner, car son génie n’étreint pas à la gorge dès les premières minutes. Par contre, le récit est confectionné avec tant de soin que chaque élément narratif, aussi banal peut-il paraître, trouve un sens dans cet énigmatique puzzle. Librement adapté de Murakami, lui-même influencé par Faulkner, BURNING pourrait donner matière à un cours de scénarisation au grand complet. La plus grande leçon ? Ne pas avoir peur de laisser assez d’espace pour titiller l’imagination du spectateur ; donner juste assez de clés pour en faire un récit engageant, mais retirer juste assez d’éléments pour garder une certaine dose de mystère allégorique. Puis, il y a cette scène. Celle qui coupe le récit en deux. Celle qui m’a ému aux larmes sans que mon cerveau, ou mon corps ne sachent totalement pourquoi. Un pur moment de grâce qui nous rappelle l’étendue des pouvoirs du septième art.

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