Une affaire de famille

Poster un commentaire

18 novembre 2018 par Mario Melidona

The Haunting of Hill House

Le trauma naît chez soi : il prend racine dans l’enfance, au sein de la famille. Il peut nous définir ou nous limiter. La cellule familiale peut cependant nous sauver, nous rapprocher, nous élever. Voici le modus operandide la série THE HAUNTING OF HILL HOUSE de Mike Flanagan, librement adapté du roman classique de Shirley Jackson. Cette saison en 10 épisodes et une merveilleuse histoire gothique centrée autour de la famille Crain qui vient de vendre leur propriété récemment acquise afin d’en tirer un profit et de pouvoir s’établir pour de bon. Sauf que ce qu’ils mesuraient comme étant la parfaite demeure familiale s’avèrera plutôt une prison de l’esprit.

THE HAUNTING OF HILL HOUSE se concentre avant tout sur les différents membres du clan Crain, les différents liens émotionnels qui les unissent ainsi que leur drame intérieur, reléguant (presque) les spectres au second plan. Ce n’est qu’à la mi-saison que les visions horrifiques de Nell sur la Dame au cou tordu ou encore les hallucinations causées par la dépendance à l’héroïne dont souffre Luke qui lui font voir des hommes coiffés de chapeaux melon trouvent écho. Cette stratégie est payante, car cela nous permet de nous attacher à ces personnages torturés, et donc de rendre leur combat d’autant plus prenant.

Le récit va et vient entre deux périodes cruciales dans la vie de la famille Crain : leur emménagement et beaucoup plus tard alors qu’ils reviennent faire face à leurs démons (parfois de manière littérale) qui les hantent et qui les ont conduit à retourner sur les « lieux du crime », si l’on peut dire. On ne doit pas toujours fuir, il faut savoir affronter l’adversité.

Voici une série au casting de rêve : Michiel Huisman (GAME OF THRONES) et Paxton Singleton interprètent Steven, Elizabeth Reaser (OUIJA: ORIGIN OF EVIL de Flanagan, TWILIGHT) et Lulu Wilson (SHARP OBJECTS, ANNABELLE: CREATION) Shirley, Kate Siegel (HUSH, aussi de Flanagan) et Mckenna Grace (I, TONYA) Theodora, Victoria Pedretti et Violet McGraw sont Nell tandis que Oliver Jackson-Cohen et Julian Hilliard jouent Luke. Les frères et sœurs Crain sont troublés par la mort tragique de leur mère Olivia (Carla Gugino, inoubliable dans le film précédent de Flanagan, GERALD’S GAME) et le repli obtus de leur père Hugh, interprété par Timothy Hutton (AMERICAN CRIME, HOW TO GET AWAY WITH MURDER) ainsi que Henry Thomas (E.T., OUIJA: ORIGIN OF EVIL). S’ajoutent au portrait les gardiens de la demeure M. et Mme Dudley (Annabeth Gish et Robert Longstreet) qui préviendront la famille des effets sinistres que cause la demeure sur ses habitants.

Lorsqu’une nouvelle tragédie frappe, la famille se recueille et se rassemble dans le diablement efficace sixième épisode intitulé TWO STORMS, qui a des airs de pièce de théâtre (c’est dit de façon très positive). Flanagan réussit un véritable exploit de mise en scène dans cet épisode, et c’est loin d’être le seul haut fait d’armes de la série ; ailleurs, il fera se croiser les différentes versions des membres de la famille à l’intérieur du même plan, tandis que passé, présent et futur convergent. La personne que nous étions jadis n’est-elle pas également un fantôme qui nous colle à la peau ? Si le sixième épisode est assurément un point fort pour l’ensemble des acteurs, c’est le neuvième épisode, SCREAMING MEEMIES, qui m’a réellement secoué. Il y est question de la tragédie qui eût raison de la présence matriarcale de cette famille, lorsqu’Olivia, troublée par une migraine et des visions du futur sombre qui pourrait attendre ses deux plus jeunes enfants, prit des mesures extrêmes afin d’assurer la protection de ce qu’elle a de plus précieux. À glacer le sang.

La demeure titulaire est en soi un personnage à part entière et véritable chef-d’œuvre d’ingéniosité ; ses murs richement décorés aux textures sublimes, ses ornières de bois qui ajoutent une présence chaleureuse, ses statues imposantes, ses couloirs labyrinthiques et ses innombrables débarras, garde-robes, pièces de rangement contribuent tous à ce sentiment oppressant et grandiose, la fameuse chambre rouge constituant son apex. Flanagan use brillamment de la lumière et de la pénombre pour jouer sur le moral et place délicatement, sans les souligner, des fantômes que vous n’apercevrez probablement pas (à moins de consulter un impressionnant recensement). La série doit beaucoup, tant visuellement que thématiquement, au classique SHINING, et on eût tôt fait de la comparer à son cousin cinématographique HEREDITARY. Elle n’a cependant pas à rougir de ses références ; elle mérite sa place dans ce quartier bien gardé. Ce retour à la demeure des Hill est une somptueuse tragédie gothique et ses nombreuses prouesses cauchemardesques n’ont pas fini de nous hanter. Elle loge dorénavant à l’enseigne des plus grandes œuvres de l’horreur, à l’image du roman duquel il est inspiré.

9

The Haunting of Hill House – Saison 1 – 10 x 60 min – Mike Flanagan

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :