L’horreur King size

Poster un commentaire

5 novembre 2018 par Mario Melidona

castlerock

Note de l’éditeur : De par sa nature même, cette série est impossible à discuter sans en dévoiler quelques surprises. À lire à vos risques et périls !

Il était une fois une petite ville normale qui cachait un énorme secret honteux… Bienvenue dans l’univers si familier de Stephen King, direction Castle Rock, Maine. Sam Shaw et Dustin Thomason (qui ont précédemment collaboré sur la très appréciée, mais assez peu connue série MANHATTAN) tissent ensemble une toile narrative brodée à partir de matériaux disparates qui proviennent d’un peu partout dans l’œuvre littéraire du maître de l’horreur. Un personnage ici, une maison là, et une multitude de références visuelles qui égaieront les fans enthousiastes qui passeront les épisodes au peigne fin (on retrouve déjà des recensements assez complets). Le nom fait vendre, il ne faut donc pas s’étonner de le voir brandi si fièrement sur toute la campagne publicitaire de la série, ainsi que dans l’incroyablement détaillée séquence titre, aux moult allusions. Ça donne le ton. Appelez cela du conditionnement, n’empêche que ça fait son effet.

Par où commencer, sinon par l’apparition d’une supposée malédiction — si l’on en croit les ragots des habitants de la ville. Sans dévoiler la nature exacte du mystère de la série, disons simplement que plusieurs personnages commettront des actes loin d’être irréprochables, et ce apparemment malgré eux. Castle Rock, la communauté comme la série, est la triste héritière des péchés de ses habitants au grand dam des rares visiteurs. Parmi eux, Henry Deaver (André Holland) qui revient dans sa ville natale auprès de sa mère Ruth, cette dernière ne semblant pas tout à fait saine d’esprit (Sissy Spacek, superbe et choix de casting inspiré, une quarantaine d’années après avoir mis sa carrière et celle du King sur les rails avec CARRIE), et découvre qu’un homme, l’étrangement surnommé Kid (Bill Skarsgård qui nous a ensorcelés dans la peau du clown de ÇA) était gardé en captivité dans la cage rouillée d’une aile abandonnée de la prison de Shawshank (les clins d’œil ne font que commencer).

Lentement mais sûrement, la série tapisse son histoire et ratisse large, laissant toujours poindre l’odeur d’un complot ou d’un secret mal gardé (le mal engendre le mal, qui est sous la surface, ou plutôt aux alentours) ; les citoyens devant composer avec des évènements de plus en plus inexplicables. Certains personnages sont directement tirés d’histoires précises, comme Alan Pangborn (Scott Glen), « emprunté » de BAZAAR et LA PART DES TÉNÈBRES. D’autres ne sont guère que des œufs de Pâques, divers clins d’œil parsemés dans la série, avec quand même, mon « invitée » préférée Jackie Torrance (Jane Levy). Lorsqu’elle dévoile ses origines (son nom de famille devrait vous être… familier), c’est du bonbon, même si c’est forcément ridicule. La série jongle toujours avec cette fragile balance consistant à offrir un récit original tout en récompensant le connaisseur attaché à l’œuvre de l’auteur. On a même droit, puisque c’est devenu la tradition, à une scène post-générique (façon Marvel) pour le dernier épisode qui met en scène la famille Torrance et l’Overlook Hotel, façon formidable de dérouler le tapis pour la deuxième saison (en espérant que ce soit effectivement le cas et non une blague de mauvais goût !) Construire un récit cohérent qui réunit les différents univers du King n’est pas en soi chose aisée et cette série accomplit l’exploit avec panache.

CASTLE ROCK lorgne plus du côté du mystère que de l’horreur ou de la science-fiction ; il ne faut rien tenir pour acquis alors que se dévoile au compte-goutte l’enquête principale. C’est un peu le principal défaut de la proposition : elle tarde à se mettre en branle. Sur la dizaine d’épisodes, c’est au fond simplement les trois suivants qui forment le nœud de l’histoire : LE RETOUR (épisode 7), qui met de l’avant le combat personnel de Ruth contre sa démence (spectaculaire Spacek), alors que la structure narrative navigue allègrement dans le temps et l’espace, ainsi que les deux derniers, DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR et LA PORTE, qui lève le voile sur le mystère entourant le Kid et Henry. Pour le meilleur et pour le pire, cette série en est bien une de Stephen King, avec un retournement de situation final totalement improbable et tout à fait tordu.

Ce n’est peut-être pas la série la plus complexe ou habile ; le récit tarde effectivement à livrer son plat de résistance. Certaines digressions sociales s’amenuisent sans soubresaut, certains arcs secondaires aboutissent dans des culs-de-sac et certains personnages au potentiel palpable n’ont guère le temps de s’épanouir — il faut bien garder du matériel pour l’inévitable prochaine saison. Au fond, la série ne tente pas d’offrir plus que ce qu’elle est : une balade angoissante dans la ville fictionnelle la plus célèbre de notre époque. Les fans seront ravis.

7

Castle Rock – Saison 1 – 2018 – 10 x 50 min – Sam Shaw et Dustin Thomason

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :