Stangenspargel

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8 mai 2018 par Paul Landriau

Stangenspargel

Réveil tardif et sentiment de liberté en cette pénultième journée du festival, la dernière pour moi. Demain matin, je retourne à l’aéroport. Flânage puis une séance de films d’archives, dont un essai très nouvelle vague nous montant plusieurs prises de certains plans, créant ainsi un effet répétitif très rigolo. Voix off humoristique venant donner un tout autre sens aux images montrées, ainsi que la plus charmante et longue défense des romans à l’eau de rose de l’histoire du cinéma par une auteure d’expérience. Un peu de légèreté pour ce jour sans conséquence, ça fait du bien.

En soirée, remise de prix. Encore une fois, le beau temps aidant, l’ambiance est décontractée. La cérémonie, très préparée, est animée avec beaucoup d’aisance et de légèreté par le directeur général et la directrice de la programmation internationale du festival. Aux récipiendaires des mentions spéciales, on remet un pot de miel local. Aux jeunes ayant formé les jurys des films pour enfants, des boîtes de bonbons. Il y a un ou deux journalistes télé, quelques photographes, mais très peu de cette lourdeur protocolaire habituellement associée à ce type d’évènement. Qui plus est, puisqu’on donne dans le court métrage, certains des gagnants seront projetés directement après la fin de la remise des prix pour les curieux souhaitant les (re) découvrir. Pratique.

Vient mon tour, je grimpe sur scène. Démuni de mes écouteurs m’offrant traduction simultanée, j’hésite à monter sur scène. On me fait signe. Je suis fébrile. N’y a-t-il rien de plus beau pour un cinéphile de pouvoir remettre un prix à un cinéaste dont il admire le travail ?

Hymns of Muscovii

Nous avions arrêté notre choix sur un film sans scénario, personnage ou dialogue (et ce n’était vraiment pas le choix le plus radical de la sélection !), l’hallucinant essai THE HYMNS OF MUSCOVY de Dimitri Venkov. Ce film, tout simple, nous montre Moscou sans dessus dessous, alors qu’un simple changement de perspective nous montre ces bâtiments et gratte-ciels historiques tels d’immenses vaisseaux spatiaux, ou encore une cité dans les nuages, à l’image du film de Miyazaki. Captivantes, ces images nous offrent un regard critique sur cette culture à l’ego démesurée, car du mauvais angle, ces bâtiments n’ont rien de naturel. Une incontrôlable sensation de vertige est contrebalancée par l’élégance des mouvements de caméra, qui semblent tournoyer autour des bâtiments comme une sonde spatiale. Une envoutante ambiance sonore et musicale accompagne l’essai. Une séquence à mi-film, dans un tunnel noir, évoquera la finale de 2001 : A SPACE ODYSSEY. En réduisant la sensibilité de la prise de vue au maximum, seules les lumières du tunnel sont visibles. Celles-ci viennent vers nous tel un ballet optique hypnotique. La sortie de ce tunnel est saisissante. On ne peut que souhaiter que le film trouve son chemin jusqu’à Montréal.

On the Wailist

Puisque nous ne pouvions remettre qu’un seul prix, je suis très satisfait que certains de mes autres coups de cœur soient également repartis avec un prix remis par les autres jurys, dont le très classique certes, mais efficace ON THE WAITLIST de Wu Hong Li, un drame sportif, mais avant tout humain à propos de coéquipières de l’équipe de volleyball de leur collège. Lee, travaillante, est réserviste. La vedette de l’équipe, Shao, du style qui remporte des matchs à elle seule, est en retard à un match. Lee la conjure de s’en venir au plus vite afin de mousser les chances de victoire. Shao avait tout simplement oublié le match. Elle lui répond qu’elle arrive. Dans l’intermède, le coach demande à Lee de se tenir prête et de s’échauffer avec ses coéquipières. On sent que le coach n’en est pas à ses premières prises de bec avec sa meilleure joueuse. Shao arrive in extremis et Lee doit même prêter son propre jersey à Shao, sa dernière ayant oublié le sien. Lee, bien sûr, s’exécute, et l’arrivée de Shao motive les troupes, qui remportent le match. Alors qu’elles célèbrent et prennent leur air d’aller vers un restaurant, Lee indique qu’elle va rester afin de pratiquer un peu. Shao lui demande si tout va bien. Il n’en fallait pas plus pour libérer les valves, et permettre à Lee de vider tout ce qu’elle a sur le cœur, à savoir que la vie est injuste et que ses efforts ne sont jamais récompensés, que le talent brut, même mêlé d’arrogance, a toujours l’ascendant sur le travail honnête, mais insuffisant. Scène longue et mémorable où les deux actrices livrent des performances fortes, particulièrement Angel Lee, troublante de vulnérabilité. Qui n’a jamais ressenti ce sentiment de profonde injustice dans le monde. Pourtant, Shao, pour en arriver à ce niveau de jeu, en a souffert et en a passé des soirées à se perfectionner. C’est ce qu’elle rappelle à Lee. À court d’arguments, déversant un flot de larmes ininterrompu, Lee exige de ravoir son jersey. Elle l’obtiendra, et pratiquera encore un peu, plus par rage que par conviction. Son tour viendra peut-être.

***

Pour ma part, dernière soirée, derniers moments. Sur un mur dans le bureau des invités, de minuscules photos identifiant les cinéastes, membres de l’équipe, de la presse, des jurys. Je regarde ce mur, pensif. On dirait une photo de graduation. Cet agencement précis de personnes passionnées ne sera plus jamais assemblé. Ces instantanés, comme ces entrées de blogue, me permettront sans doute dans l’avenir de me remémorer cette belle aventure. Les images sont si précieuses. Nous pouvons toujours nous tourner vers elles dans le besoin. Pas de regret ; le sentiment d’avoir vécu quelque chose de beau. Et maintenant, direction Cannes. Auf Wiedersehen !

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