Riesenbockwurst

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4 mai 2018 par Paul Landriau

Oberhausen jour 1

Guten morgen ! Bon matin ! bonjour ! je pratique ma prononciation probablement catastrophique des quelques mots essentiels qui me serviront cette semaine au mythique Oberhausen International Short Film Festival, dit le Kurzfilmtage. J’y suis invité à titre de représentant canadien sur le jury Fipresci (Fédération internationale de la presse cinématographique). Pincez-moi, je rêve. Ce n’est que le matin du départ que la réalité me frappe ; je me rend toutes dépenses payées en Allemagne, dans une petite ville au Nord Ouest pour écouter des courts de tout acabit ! On n’ira pas trop se plaindre alors de la turbulence du vol Montréal-Newark, qui fût d’ailleurs retardé et m’a fait pratiquement manqué mon transit.

C’est lors de ce premier vol d’ailleurs, en attendant le décollage, que je parcoure le menu du Système de divertissement™Air Canada : quelle joie d’y voir le programme Québec Gold (une énième initiative de Danny Lennon), une poignée des meilleurs courts québécois de l’an dernier. L’occasion d’apprécier, avant le service de boisson, le très beau PRÉ-DRINK de Marc-Antoine Lemire. Une transsexuelle, en transit, pas encore tout à fait femme, plus du tout un homme, se préparant pour aller à une soirée avec son meilleur ami, gai. Ils boivent, ils rigolent, ils s’insultent de bonne guerre. Ils font une trêve, ils font l’amour. Le rugissement des moteurs de l’avion s’ajoute à leurs gémissements. Mon cœur, déjà chamboulé, est écrasé par la force g du décollage. Ces personnages si vrais, si tendres, s’envoient en l’air à peu près au même moment que moi. L’extase.

Je me dirige donc au sud pour mieux aller vers l’est, on passe d’une canadienne à une américaine, et niveau entertainment, on suit la parade. Autour de moi, beaucoup de films d’action, et une certaine fierté à voir BLADE RUNNER 2049 sur l’écran de l’un de mes voisins. L’écran de 6 pouces et l’immense compression visuelle ne font peut-être pas tout à fait honneur à l’équipe artistique du film, mais on ne va pas gâcher son plaisir. Pour ma part, c’est la découverte du sympathique documentaire KING OF THE UNDERDOGS consacré au cinéaste américain le plus influant que vous ne connaissez pas : il a remporté l’Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur film, il a mené 7 acteurs à des nominations, il a offert à Susan Surandon son premier rôle et à Martin Scorsese son premier tournage professionnel. Il s’agit de John G. Avildsen, qui, en signant ROCKY et THE KARATE KID, s’est retrouvé affublé du sobriquet. Loin d’être objectif, le portrait est parfois un peu maladroit ; on s’approche dangereusement de l’opération de presse par moments, de nombreux interlocuteurs appelant Hollywood à l’engager de nouveau. Avildsen nous ayant quittés avant la sortie du film, ces appels répétés laissent un mauvais goût dans la bouche. Ceci dit, ça ne saurait gâcher notre plaisir de cette formule biographique qui fait toujours bon à voir ; extrait de ces films marquants, témoignages d’illustres collaborateurs (ou qui le sont devenus) et anecdotes amusantes. De l’homme, on retiendra sa passion et son humilité certaine. Sa volonté à vouloir faire parler les films à sa place n’est pas étrangère à sa relative obscurité dans les livres d’histoire du cinéma. Et pourtant, qui n’a pas vu un de ses films ?

Arrivée ensuite à la 7e ville en nombre d’habitants d’Allemagne, où un sympathique chauffeur me conduit à la 36e ville où a lieu la 64e édition de l’un des plus gros festivals dédiés au court-métrage dans le monde. Cette riche histoire fait la fierté du festival, sa radicalité fait sa saveur. Sur l’affiche, sur le programme, à la cérémonie d’ouverture, on ne voit que ce chiffre imposant, soixante-quatre. Le festival a lancé George Lucas, Martin Scorsese et Christopher Nolan. À sa 3e édition à peine, il publie un manifeste implorant une défense du cinéma pointu par les instances gouvernementales. Ici, guère de remise en question du format. Il suffit de voir les centaines d’enfants âgés de 5 à 15 ans prendre d’assaut les salles du sympathique cinéma Lichtburg pour se dire que le cinéma fait ici partie de la vie courante. Il semble même que l’on défie le public en proposant certaines œuvres radicales dans la compétition qui n’aurait de place que dans des sélections expérimentales lors d’autres évènements. Peut-être juge-t-on qu’un public prêt à se rendre dans cette petite ville modeste pour cet évènement consacré à cette forme très peu vendeuse n’a pas besoin qu’on lui serve du cinéma rassembleur. Moment assez surréaliste après les discours protocolaires de la cérémonie où l’on propose un trio d’œuvres ayant marqué le festival dans les dernières années. Le premier, RITE OF SPRINGS, sans son, montre des enfants allumant au briquet le pollen accumulé sur le bord des rues. Pendant les 8 minutes silencieuses de l’œuvre, pas de sifflement, de murmures trahissant l’agacement ou de sortie, le public reçoit. Ensuite, un film à la durée indéterminée, un court très long, je ne sais plus trop, le décalage horaire ayant finalement le dessus de ma détermination, après quelques 36 heures, 3 pays et plusieurs films plus tard. Je sombre et émerge du sommeil. Le film, à la trame narrative décousue, m’apparaît encore plus mystérieux. Finalement, comme dessert, un clip vidéo époustouflant et très simple par le penchant allemand de Michel Gondry, une bulle créative, WHAT THE FUCK AM I DOING, que je ne suis plus certain d’avoir vu ou rêvé. Ce qui est sûr, que ce soit à bord d’Air Canada ou en Europe : le court-métrage a atteint des sommets.

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