Quelques mots sur le BIFFF 2018

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29 avril 2018 par Rémi Fréchette

bifff-2018

Cette année encore, je me suis trouvé une bonne raison (j’ai fait un film) pour visiter un des festivals que j’aime le plus au monde, le BIFFF à Bruxelles. Une programmation qui célèbre le fantastique, où le public habitué se permet de crier des blagues pendant le visionnement des films, peu importe la nature. Une tradition qui se poursuit depuis 36 ans, alors que j’en suis à ma troisième visite. Bref, tout en présentant le long-métrage collectif MONTRÉAL DEAD END, j’ai pu satisfaire mon côté cinéphile en assistant à plusieurs projections festives. Voici en quelques mots mon journal de bord en ordre décroissant, du film que j’ai le moins aimé à mon préféré.

18. TASTE OF LIFE (DER GESCHMACK VON LEBEN) – 2017 – 88 min – Allemagne –Roland Reber
On nous l’avait vendu comme une comédie trash allemande avec des blagues sexuelles graphiques, et c’était programmé à minuit pour une projection devant un public en fort état d’ébriété. Le film était finalement une comédie plus « philosophique » sur la sexualité, wanna be intello avec quelques blagues perverses au travers. Quelques bonnes idées dans le lot, mais le film est assez incompréhensible globalement. Peut-être aussi simplement le mauvais type de contexte pour présenter un tel film.

17. CORBIN NASH – 2018 – 94 min – Royaume-Uni, États-Unis –  Ben Jagger
Un policier traque des vampires, se fait capturer par les vampires, se fait transformer en vampire. Il veut se venger ! Grrr. À part un Corey Feldman qui semble s’éclater dans son rôle de vampire transgenre avec de l’overactingqui ferait grincer des dents Tommy Wiseau, le reste du film est incroyablement fade. Un p’tit deux minutes de Rutger Hauer afin d’inscrire son nom sur l’affiche, et quelques scènes de Malcom McDowell qui ont probablement être tournées en deux heures, le film termine sur : « It’s only the beginning. » I hope not!

16. HUNTING EMMA – 2017 – 102 min –  Afrique du Sud – Byron Davis
La voiture d’une femme tombe en panne dans le désert d’Afrique du Sud : elle voit alors au loin un policier se faire assassiner par un groupe de criminels. Ceux-ci aperçoivent la jeune femme et commencent à la traquer… mais (here’s the twist) elle a été entrainée à se battre et à survivre par son père, un ancien commando. On aurait pu s’en permettre beaucoup plus avec une telle prémisse, mais c’est standard, caricatural, souvent risible dans des moments où ça ne devrait pas. Ça se termine sur une bonne scène d’affront, qui semble être l’excuse initiale de faire un tel film, mais cela prend 75 minutes de souffrance pour s’y rendre.

Frontier

15. FRONTIER (RUBEZH) – 2018 – 98 min – Russie – Dmitriy Tyurin
Un gros film russe à gros budget sur l’héritage militaire du pays. Le personnage principal est un douchebagà qui on ne souhaite rien de bon, et qui ne devient jamais sympathique. Il y a de belles images à gros budget qui font pow ! pow !, mais c’est généralement inintéressant.

14. MERCY CHRISTMAS – 2017 – 83 min – États-Unis – Ryan Nelson
Un gros monsieur soumis à son patron se fait inviter dans la famille d’une de ses collègues de bureau pour Noël. Il s’agit en fait de la famille de son patron qui le déteste, et notre homme réalise que la famille est cannibale ! Un film autofinancé fait par des techniciens de cinéma qui travaillent à Hollywood. Très petit budget, beaucoup de passion, mais très maladroit. Ce n’est jamais très drôle, jamais très effrayant, et le personnage principal est insupportable. Presque tous les acteurs, sauf deux ou trois, jouent hyper faux. Il y a quand même quelques très belles scènes très gore, et une finale très divertissante.

13. CHARISMATA – 2017 – 96 min – Royaume-Uni – Andy Collier et Toor Mian
Un film de détective britannique, où des policiers traquent un tueur en série qui use de forces occultes. Les dialogues sont bien écrits et c’est merveilleusement joué. Les personnages sont sympathiques et attachant, ils ont des moments comiques, mais sont capables de basculer rapidement dans les grosses émotions. La réalisation est malheureusement un peu télévisuelle, très statique et beige. Ça reste quand même une bonne enquête paranormale qui vaut le coup d’œil !

12. THE PLACE – 2017 – 105 min – Italie – Paolo Genovese
Une brillante idée, très simple, mais parfaitement accomplie : un homme, toujours assis à la même table dans un restaurant, reçoit la visite de gens qui lui demandent de les aider. C’est un huis clos à très petite échelle, alors qu’on voit ces successions de visites sur plusieurs jours, à la même table. Sans tomber dans le paranormal, en ne donnant aucune explication, les visiteurs qui s’assoient à la table sont interpellés à faire des choix, parfois inhumains, pour avoir ce qu’ils veulent. Malgré la petite échelle du film, la réalisation et surtout le montage restent très dynamiques, nous gardant ainsi en haleine entre chaque visite. Les performances de tous sont aussi un atout qui permet au film de réussir son pari.

Freehold

11. FREEHOLD / TWO PIGEONS – 2017 – 80 min – Royaume-Uni – Dominic Bridges
Un jeune vendeur immobilier essaie de remettre en ordre sa vie, mais un étranger vit dans son appartement sans qu’il en ait conscience. Ce squatteur qui dort dans un mur au fond d’un placard, utilise les objets (brosse à dents, nourriture) de l’homme et empoisonne sa vie graduellement lorsqu’il est parti travailler, ou pendant son sommeil. La réalisation en huis clos est très originale, usant d’éclairage coloré et parfois de ralentis artistiques, tandis que le concept est super bien exécuté. Narrativement le film tourne parfois en rond et il manque une bonne conclusion satisfaisante, mais c’est très bien rythmé et assez drôle, donc jamais ennuyant.

10. RETURN TO RETURN TO NUK’EM HIGH AKA VOL. 2 – 2017 – 85 min – États-Unis – Lloyd Kaufman
C’est avec le public du BIFFF qu’un film Troma prend tout son sens. Surtout en présence du maitre Lloyd Kaufman, qui présente ce délire sans queue ni tête, la suite du rebootde la trilogie CLASS OF NUK’EM HIGH, qu’il avait réalisé dans les années 80. Vous me suivez ? Il y a des boobs, du gore très trash, de l’humour de mauvais goût, mais ce qui tient tout ensemble c’est la passion derrière le film, et l’autodérision face au non-sens de l’œuvre. Kaufman réussit même à insérer à travers le chaos jouissif quelques références politiques, critiques sociales, qui pavent le second degré du film souvent enterré en dessous de 8 gallons de liquide vert gluant. Pas pour tout le monde, mais un film Troma reste un gage de plaisir unique dans son genre.

9. PARALLEL – 2018 – 104 min – Canada – Isaac Ezban
Le réalisateur mexicain d’origine m’avait séduit il y a trois ans avec THE SIMILARS (disponible sur Netflix Canada, je le recommande à fond !) Il revient avec une nouvelle exploration d’un sous-genre de la science-fiction, en suivant un groupe d’amis qui ont trouvé un miroir leur permettant de voyager dans différentes dimensions parallèles. C’est plus accessible que son film précédent, mais il perd un peu de sa signature unique, vu qu’il ne signe pas le scénario cette fois-ci. Malgré quelques incongruités narratives, le film est réalisé d’une main de maitre, avec fougue et passion. Une petite pépite amusante et créative, parfaite pour ce genre de festival.

8. BEES MAKE HONEY – 2017 – 90 min – Royaume-Uni – Jack Eve
Une belle surprise festivalière qui se décrit comme une enquête style « Meutres et mystères » le soir d’Halloween, dans les années folles. C’est hyper stylisé, avec un montage ultra rapide, un peu dans la veine d’Edgar Wright. Mais le film est tellement dynamique que les moments plus « traditionnels », pourtant assez rythmés, semblent s’essouffler rapidement. L’enquête n’est jamais hyper intéressante, mais elle suffit à maintenir le récit au minimum. Reste que l’attrait de ce beau pastiche, c’est les idées de mise en scène et de caméra, les performances délirantes et l’ambition pour un premier film.

The Cured

7. THE CURED – 2017 – 95 min – Irlande – David Freyne
Je suis un peu blasé des films de zombies, mais lorsqu’un nouveau sous-concept du genre survient je suis le premier excité. Ici, on est après le Z Apocalypse. Un remède a été trouvé et une bonne partie de la population a été soignée. Mais les gens anciennement contaminés gardent tous les souvenirs des jours qu’ils ont passés dans la peau d’un zombie. On exploite donc le genre sous une forme plus dramatique, centrant l’histoire autour des personnages, plutôt qu’au profit de scènes tape-à-l’œil. Le troisième acte revient vers les clichés du genre, mais les performances sont assez fortes et le concept sort assez de l’ordinaire ce qui donne une saveur unique au film.

6. FIVE FINGERS FOR MARSEILLES – 2017 – 120 min – Afrique du Sud – Michael Matthews
Un western sud-africain dans le petit village de Marseilles (à ne pas confondre avec la ville française du même nom). C’est réaliste et cru, socialement chargé et enraciné dans la réalité, tout en s’appropriant habillement les codes du genre : l’étranger qui fait surface dans le village, le chef de gang qui sème la terreur et qui a pris le contrôle de la ville, les fusillades en plein village, ou les classiques duels. Le film se place dans un contexte plus contemporain, explorant de vraies problématiques sud-africaines, notamment la corruption policière. Notons aussi la magnifique direction photo, qui reprend les couleurs et la texture du genre.

5. COLD SKIN – 2017 – 108 min – Espagne, France – Xavier Gens
Un bon film à la structure très classique, au jeu hollywoodien, aux images spectaculaires. On raconte l’arrivée d’un météorologue sur une île supposément déserte, qui réalise que la nuit des créatures sortent de l’eau pour tenter de le tuer. Il rencontre le gardien du phare, avec qui il tentera de chasser la menace. Très peu de personnages, et très peu de lieux, mais de grandes ambitions. On utilise les vieux codes spielbergiens ; une bonne balance de comédie, de drame, de fantastique, et d’aventure, ainsi qu’un bon mélange d’effets de maquillage et d’effets numériques pour les monstres. C’est efficace et bien balancé. Une belle expérience classique de cinéma.

4. MEMOIR OF A MURDERER (SALINJAUI GIEOKBEOB) – 2017 – 118 min – Corée du Sud – Shin-yeon Won
Dans tous les festivals de genre, il y a le film coréen qui mélange enquête policière, thriller, des éléments d’horreur et un peu de comédie. L’image est souvent teintée de la même façon, et surtout : c’est toujours excellent et satisfaisant ! Le voici, celui du 36eBIFFF : l’histoire d’un tueur en série, qui agissait avec des motifs précis et « justifiés », devant faire face à un nouveau tueur qui s’installe en ville. L’histoire est parfois tirée par les cheveux, les personnages sont dessinés à gros traits, mais tout cela contribue au charme de ce genre de film. Le rythme est impeccable, les moments trashs sont efficaces, et on réussit même à s’attacher à des personnages détestables… excellent !

3. TIGERS ARE NOT AFRAID – 2017 – 83 min – Mexique – Issa Lopez
Les Mexicains étaient en puissance au festival ! Ce film met en scène une jeune fille se retrouvant seule suite à la disparition de sa mère, qui se lie à un groupe d’enfants qui ont tous perdu leurs familles en raison de la forte criminalité dans leur communauté. C’est un drame qui utilise un contexte politique très lourd, mais les éléments fantastiques apparaissent telles des visions pour la jeune fille, ce qui vient alléger le film, en même temps qu’expliquer sa psychée. Les images sont magnifiques, les performances toutes très justes (malgré un casting principalement composé d’enfants), et tout l’aspect thriller qui rythme le film rend l’expérience haletante. Une excellente balance entre le cinéma d’auteur social et le cinéma de genre.

How to Talk to Girls At Parties

2. HOW TO TALK TO GIRLS AT PARTIES – 2017 – 102 min – Royaume-Uni, États-Unis – John Cameron Mitchell
Le réalisateur John Cameron Mitchell revient aux racines de son premier film HEDWIG AND THE ANGRY INCH, dans une comédie queer-punk-britishsur un culte d’extraterrestres sexués, basée sur une histoire du fort adoré Neil Gaiman. On suit un jeune punk à la fin des années 70, qui, avec ses amis, tombe sur un regroupement d’êtres venus d’ailleurs. Il s’éprend d’une jeune extraterrestre et ils décident tous deux de vivre leur amour pendant son passage sur Terre ! C’est punk dans son sujet, mais aussi dans son approche visuelle, où tout est permis niveau caméra et couleurs. L’humour est cru et décomplexé, tout en ayant un discours sur le genre, l’amour, l’identité sexuelle et la découverte de soi. C’est un beau délire unique en son genre, qui repousse beaucoup de limites, et propose toujours de nouvelles surprises jusqu’à la fin. Grosse recommandation !

1. CRONOS – 1993 – 94 min – Mexique – Guillermo del Toro
C’est un peu de la triche de mettre dans cette liste le premier long de Guillermo del Toro, surtout qu’il s’agissait d’une séance présentée par le réalisateur lui-même. Mais le film reste un chef-d’œuvre qu’il faut voir impérativement : c’est l’histoire d’un vieil antiquaire qui se transforme en vampire suite à la piqûre d’un objet conçu par un alchimiste. Le cinéaste impose d’emblée son style unique qui se développera durant les 25 années à venir, tant au niveau des thématiques que de l’esthétique. C’est poétique, créatif, magnifique : un début déjà très prometteur. À noter aussi, la première d’une longue série de collaboration avec l’acteur Ron Perlman, qui encore une fois crève l’écran dans un rôle secondaire.

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