Top 10 2017 d’Olivier Bouchard

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10 janvier 2018 par Olivier Bouchard

Top10Olivier

Bizarre d’année. Je n’aurai jamais vu aussi peu de films en salles depuis mes débuts de critique. Inversement, à passer une grande partie de l’année enfermé chez moi, je n’ai probablement jamais été aussi longtemps scotché devant ma télé pendant une même année. J’ai raté tous les festivals et la majorité des films sortis seulement en salle et, du coup, mon Top ne représente en rien un best of exhaustif du cinéma en 2017. Les films nons vus ne seront pas nommés, pour qu’on puisse allègrement s’insulter devant l’omission de certains dans ce Top ; je ne vous priverais pas de ce plaisir.

Sans blague, l’importance de ses rétrospectives se retrouve dans le texte. Ce pour quoi il me semble tout de même valable d’en écrire une alors que je suis bien conscient d’avoir raté plusieurs œuvres importantes de 2017. Tant pis, au fond. Je me rattraperai l’année prochaine.

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Mentions honorables

Chapter Two: A Touch of Evil

RIVERDALE – Roberto Aguirre-Sacasa
C’est quoi l’idée de commencer un Top avec RIVERDALE, série d’ados où chacun et leur mère a le look d’un mannequin Victoria’s Secret ? Premièrement, il me faut faire un statement, celui que je trouve le débat qui s’efforce à éloigner les séries des Tops cinéma absolument inutile. J’y vois deux pans, et formats, d’un même médium, et, pour mon Top, je n’entendrai pas le contraire. J’y reviendrai plus tard. Deuxièmement, parce que dans une année passée majoritairement enfermée chez moi, la notion de ce que j’ai regardé à l’écran n’était pas la même qu’à mon habitude. Cette série est loin d’être une œuvre qui restera avec moi longtemps, mais c’est celle qui a occupé le plus de mon temps cette année. Dans le genre divertissement très con mais pas trop, fashion à fond et foncièrement pop, on fait rarement mieux que RIVERDALE.

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EVERYTHING – David O’Reilly
Je me permets de parler d’EVERYTHING ici car il représente le premier jeu vidéo éligible pour un Oscar, car il ne nécessite aucune interaction et car David O’Reilly devrait déjà être connu des cinéphiles, étant le concepteur du jeu imaginé dans HER de Spike Jonze. Placer ce jeu dans un top cinéma reste tout de même poussif et les chances qu’il finisse réellement avec une statuette en main sont infiniment minces, mais, tout de même, pour avoir fait sa petite marque dans le monde du cinéma et pour être une des œuvres artistiques qui m’ont touchée cette année, EVERYTHING mérite une mention.

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BOYSCharli XCX & Sarah McColgan
Mon rapport avec ce que je visionne à l’écran était différent cette année et après le binge watching de RIVERDALE, le binge watching de vidéoclips sur YouTube a franchement occupé une grande partie de mon temps. De ceux-là, BOYS est mon clip le plus vu et revu. Rien d’un grand clip, mais un qui parle d’attirance au féminin sans objectifier ses sujets, c’est déjà pas mal. Charli XCX, avec son album POP 2, en est à sa meilleure année, et son clip BOYS l’a aidé à se solidifier comme icône de la culture pop. Encore, rien ici qui mérite franchement de parler de cinéma à proprement parler, alors je passe au Top 10.

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10-brawl

10. BRAWL IN CELL BLOCK 99 – S. Craig Zahler
Entre le cinéma arthouse et grindhouse, BRAWL IN CELL BLOCK 99 ne semble fait pour aucun spectateur. Très calme, presque contemplatif, le film est pourtant ponctué d’une violence extrême légèrement désamorcée par des effets spéciaux old school qui n’essaient même pas de cacher leur facticité. Le tout a des airs d’une autre époque et, malgré tout, Zahler s’efforce de parler des déceptions économiques qui occupent la classe moyenne américaine contemporaine. BRAWL IN CELL BLOCK 99 ne réussit pas parfaitement à juxtaposer tous ses éléments, mais, franchement, vaut la peine d’être vu en tant qu’objet bizarroïde. C’est un film qui, dans les faits, devrait ressembler à plusieurs autres, mais qui, par le caractère hétéroclite de ses influences, devient absolument méconnaissable. Peut-être pas complètement maitrisé, donc, mais absolument casse-gueule et qui fait plaisir à voir.

9-beguiled

9. THE BEGUILED – Sofia Coppola
On sous-estime trop facilement Sofia Coppola. La réalisatrice, en plus de vivre dans l’ombre de son père, est facilement réduite à l’image de la petite bourgeoise. Pourtant, personne n’exprime justement cet univers, celui de femmes recluses et surprotégées, aussi bien qu’elle. THE BEGUILED prend les airs d’un drame chuchoté avant de se transformer en malin jeu sur les troubles dans le genre. Sans présenter ici une grande thèse, Coppola continue de creuser son filon rarement exploité avec ce genre de talent dans le cinéma américain et ce film marque à mon sens le plus haut point de la réalisatrice depuis ses débuts.

8-killing

8. THE KILLING OF A SACRED DEER – Yorgos Lanthimos
Le type de cinéma cruel dans lequel Lanthimos opère mérite toutes les critiques qu’il reçoit. Ceci dit, pour ma part, je trouve chez le réalisateur une beauté absente chez Seidl ou très rare chez Haneke. Lanthimos tient en otage ses personnages, mais moins son spectateur ; pourvu que celui-ci soit prêt à s’engager dans l’exercice. À deux pas du cinéma d’horreur, THE KILLING OF A SACRED DEER possède tout de même ses touches d’humour qui risquent de passer inaperçus chez les spectateurs trop sensibles aux cruautés présentées. Le réalisateur n’est pas étranger aux récits aux accents comiques qui provoquent pourtant rarement le rire : THE KILLING OF A SACRED DEER ne fait pas exception. Peut-être bien qu’il y a quelque chose de tordu à vraiment l’apprécier, mais derrière toute cette torture émotionnelle, Lanthimos affiche une certaine humanité, aussi absurde soit-elle.

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7. COLUMBUS – Kogonada
Foncièrement intellectuel, le réalisateur Kogonada s’est fait connaître en tant que théoricien. COLUMBUS laisse tout de même une impression tranquille et non scolaire. Hormis quelques réserves que je me garde face au récit, trop typique dans certains pans de ses relations hommes-femmes, COLUMBUS réussit dans sa contemplation. L’architecture est au centre de la mise en scène, décorant le paysage de personnages vivant entre deux temps. Dans une année éprouvante, il y a un réconfort dans les accents paisibles d’un film comme celui-ci.

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6. GET OUT – Jordan Peele
C’est peut-être le film américain le plus important de l’année, autant pour son discours politique que pour ses implications sur le box-office. Il est peut-être aussi celui dont je me sens le moins apte à vraiment discuter. Déjà, le film a fait l’objet d’assez de critiques, analyses et essais que je ne me vois pas ajouter au discours. Aussi imparfait qu’il puisse être, GET OUT est simplement un film nécessaire à l’Amérique contemporaine. Tant mieux, alors, qu’il soit aussi bien foutu.

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5. AVA – Léa Mysius
Il est rare de voir un premier film aussi courageux, au point peut-être même d’en être baveux. Tournage en apparence difficile (animaux, foules, jeunes acteurs non professionnels) sur des sujets difficiles à montrer tel que la sexualité adolescente, AVA avait tout pour un être un brouillon impossible. Mysius sait pourtant quand pousser la note ou se faire plus posée. Son premier film a beau alterner entre une curieuse sorte de réalisme social et de surréalisme issu de l’imagination adolescente, il unit ses éléments autour de son protagoniste et dégage ultimement une identité forte. AVA marque à la fois le début d’une réalisatrice à suivre absolument mais, aussi, est une œuvre marginale qui apparaît comme le geste d’une cinéaste déjà parfaitement en contrôle de ses moyens.

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4. THE SHAPE OF WATER – Guillermo del Toro
Si del Toro adore le cinéma de monstres d’antan, il n’a pas peur d’en subvertir les mythes les plus régressifs. Comme c’était déjà le cas dans LE LABYRINTHE DE PAN, c’est une forme violente de masculinité qui représente le grand méchant dans THE SHAPE OF WATER. Déjà, le réalisateur réajuste les formes du cinéma dont il s’inspire pour faire une œuvre profondément positive et progressive. Alors que les mouvements sociaux récents s’efforcent à jeter tous ceux et celles qui sortent des normes, del Toro les place au centre et démontre qu’ils et qu’elles sont, en fait, les personnes les plus nécessaires. Le film n’offre peut-être aucune surprise dans ses développements, mais c’est dans la sincérité de son geste qu’il dépasse toutes les attentes. C’est une œuvre classique adaptée à notre société contemporaine, autant dans la technique que dans le propos.

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3. SONG TO SONG – Terrence Malick
Malick continue son sans-faute (si si !) avec SONG TO SONG où il remplace les dinosaures littéraux pour les dinosaures de la musique rock et le classique pompier pour Lykke Li. À vous de voir si on y gagne au change. De toute façon, les détracteurs habituels ne trouveront rien à aimer ici, le réalisateur restant dans le même univers où les voix off chuchotées et ruminantes occupent la grande partie du film. Pour autant que le procédé s’ouvre facilement au cynisme, Malick me semble particulièrement à part, mais tout aussi constant, dans sa définition du cinéma. Peut-être son art n’est plus de notre époque, son honnêteté face à son discours émotif est le genre de mentalité qu’une ironie ambiante s’efforce de constamment ridiculiser, mais Malick donne l’impression de n’en avoir rien à faire, de continuer son chemin malgré les critiques de plus en plus omniprésentes. SONG TO SONG ne gagnera donc aucun nouveau fan et risquera même d’en aliéner certains mais, pour ma part, il n’y a aucun autre cinéaste dont je respecte autant le geste. Malick m’émeut encore, tant pis qu’on s’en moque.

2-lady

2. LADY BIRD – Greta Gerwig
Gerwig surpasse ses influences et les films qui l’ont mise sur la carte avec sa première réalisation. LADY BIRD ressemble donc à toutes les autres comédies indés américaines dont Gerwig était parfois l’actrice, mais la réalisatrice s’efforce toutefois dans son premier film à ne pas se limiter aux lieux communs du genre. Le film repose comme plusieurs sur sa protagoniste excentrique, sauf qu’il s’attarde à explorer les difficultés à s’affranchir intellectuellement dans une société financièrement exigeante. C’est dans cet aspect de son portrait de la classe moyenne que LADY BIRD se démarque de ses influences.

TWIN PEAKS

1. TWIN PEAKS: THE RETURN – Mark Frost et David Lynch
Bon, on s’accorde que c’est presque que tricher. Influencé par des courts, des longs, des séries et du cinéma expérimental, TWIN PEAKS : THE RETURN est proprement inclassable. C’est seulement sur une durée semblable — quelques dix-huit heures — que les cinéastes peuvent jongler autant de tons et d’idées sans perdre en cohérence. Dans une année où j’ai passé une quantité anormale de temps enfermé chez moi, l’absurdité de TWIN PEAKS n’a pour moi jamais été aussi significative. Rien, en fait, n’exprime mieux les angoisses incompréhensibles, les vagues mouvements mélancoliques, mais aussi les satisfactions indéfinissables que l’œuvre surréaliste de Mark Frost et David Lynch. Du même coup, cette nouvelle saison, qui ne nécessite pas tellement d’être familier avec les précédentes, surpasse de loin les deux autres, au risque de peut-être d’aliéner plusieurs fans. Film ou série, le choc est définitivement cinématographique. Ce pourquoi TWIN PEAKS : THE RETURN est, pour moi, l’œuvre de l’année.

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