Top 10 2017 de Benjamin Pelletier

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8 janvier 2018 par Benjamin Pelletier

Top10Benj

Une autre année, une autre pléthore de films tous formats de partout dans le monde. Une autre année de découvertes jouissives en festivals, de surprises inattendues en salles et à la maison sur internet, de déceptions et d’échecs cuisants. Une autre année où l’on se pose encore les mêmes questions sur la « vraie » nature du médium en cette période de flux vers les technologies et plateformes de diffusion numériques, bla bla bla. Au lieu de sombrer en crise existentielle cinéphile ou de me retourner vers les clichés vieux jeu, je préfère en rester sur cette citation partielle de 2014 de Steven Soderbergh qui saura traduire l’essence même du cinéma (et ce depuis l’invention initiale de l’image en mouvement, qu’on parle du zootrope, d’Edison ou des frères Lumière) :

« First, is there a difference between cinema and movies? Yeah… the simplest way that I can describe it is that a movie is something you see and cinema is something that is made… Cinema is a specificity of vision. It is an approach in which everything matters. It is the polar opposite of generic or arbitrary, and the result is as unique as a signature or a fingerprint. And it isn’t made by a committee, it isn’t made by a company and it isn’t made by the audience… So, that means you can take a perfectly solid, successful, acclaimed movie and it may not qualify as cinema. It also means you can take a piece of cinema and it may not qualify as a movie.

Sur ce, voici donc un choix de dix films qui ont marqué mon année cinéma pour le mieux, suivis de cinq autres qui, à mon avis, ont soit déçu en fonction des attentes où ont tout simplement échoué à leur tâche. À noter que plusieurs coups de cœur de l’année demeurent exclus de ce palmarès en fonction de cet exercice spécifique, soit parce qu’ils sont sortis l’an dernier mais n’ont trouvé leur place en salles ou en ligne au Québec qu’en 2017, soit parce qu’ils n’ont tout simplement pas été visionnés à temps : j’inclus à cette liste officieuse des titres comme PERSONAL SHOPPER d’Olivier Assayas, GRAVE de Julia Ducournau, CERTAIN WOMEN de Kelly Reichardt ou bien encore DAWSON CITY : FROZEN TIME de Bill Morrison.

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10. UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR – Claire Denis
À la fois belle, incisive et étourdissante, la nouvelle (anti) comédie romantique de Claire Denis, fable urbaine dans la lignée de son VENDREDI SOIR, offre bien plus qu’une autre superbe performance de Juliette Binoche. On a ici droit, sous les airs trompeurs d’un titre ironiquement jovial, à un véritable chassé-croisé affectif et à un exposé déboussolant sur les relations amoureuses dans la cinquantaine. Binoche a rarement paru aussi vulnérable, notamment lors de la scène finale qui, aussi absurde et touchante qu’elle soit, se classe parmi les dénouements les plus mémorables de l’année cinéma.

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9. SUPER DARK TIMES – Kevin Phillips
Petit grand film sur les horreurs de l’adolescence qui n’hésite pas à basculer vers le cinéma de genre au quart de tour, un premier long métrage d’une rare assurance narrative, le cauchemardesque SUPER DARK TIMES sait se distinguer des typiques coming of age indépendants. D’abord par un souci minutieux du détail d’époque des années 90 qui contourne habilement la nostalgie facile, ensuite par une mise en scène étonnamment versatile, ce premier film de Kevin Phillips laisse déjà présager une carrière à suivre attentivement.

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8. THE MEYEROWITZ STORIES (NEW AND SELECTED) – Noah Baumbach
Noah Baumbach a décidément fait un grand bout de chemin en tant que metteur en scène, comme on a pu le remarquer il y a deux ans avec MISTRESS AMERICA. Alors que THE SQUID AND THE WHALE en 2005 étalait déjà ses préoccupations thématiques clés (relations père-fils précaires, réussite professionnelle versus créative, ambition versus échec), il nous revient cette fois-ci avec une articulation cinématographique bien plus affinée de ces mêmes idées, déployant un sens du rythme et de la répartie qui nous ramène plus près de la comédie classique hollywoodienne que du cinéma indie contemporain. Ça fait d’ailleurs du bien de se faire rappeler qu’Adam Sandler et Ben Stiller demeurent des comédiens de talent lorsque l’opportunité leur est présentée.

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7. CALL ME BY YOUR NAME – Luca Guadagnino
CALL ME BY YOUR NAME, c’est la chaleur réconfortante du soleil estival des meilleurs Rohmer, la mélancolie romantique de Wong Kar-wai et la sensualité brûlante de Guadagnino, le tout cristallisé par une utilisation sublime de la pellicule 35 mm. Obligations contractuelles et pudeur américaine à part, Armie Hammer et Timothée Chalamet auraient difficilement pu faire fondre l’écran (et nos cœurs) davantage. Bref, voilà donc un parfait remède cinématographique pour combattre ce froid d’hiver montréalais.

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6. THE OTHER SIDE OF HOPE – Aki Kaurismäki
Paré de l’humour pince-sans-rire désopilant propre à son cinéma tout en affichant un souci humaniste rarement égalé de nos jours, Kaurismäki réussit avec son dernier film à mettre en lumière la crise mondiale actuelle sans tomber dans les extrêmes du misérabilisme ou de l’hypocrisie condescendante. D’abord et avant tout un récit humain, dans lequel un réfugié syrien arrivé en Finlande se lie d’amitié avec l’équipe d’un restaurant miteux, THE OTHER SIDE OF HOPE réussit à rallier des quotidiens disparates (ceux des migrants et des habitants locaux) dans un alliage génial de genres (le drame réaliste social et la comédie absurde) de manière on ne peut plus harmonieuse.

Film Review Logan Lucky

5. LOGAN LUCKY – Steven Soderbergh
Elle aura été bien brève, cette « retraite » hollywoodienne. Après une pause de quatre ans depuis SIDE EFFECTS et BEHIND THE CANDELABRA ainsi que deux saisons de télévision de haut niveau (THE KNICK), l’iconoclaste cinéaste américain s’approprie à nouveau la comédie de braquage à la OCEAN’S ELEVEN en délaissant cette fois-ci les casinos de Las Vegas pour la scène NASCAR de la Caroline du Nord. Pour ceux comme moi qui s’ennuient des divertissements d’été à 30 millions de dollars et qui n’en peuvent plus de cette homogénéisation oppressante qu’exercent de plus en plus les studios sur nos grands écrans, LOGAN LUCKY se prend comme un petit remontant. Soderbergh n’a décidément pas perdu la main, déployant dans cette comédie rigolarde une maîtrise technique impeccable qui devrait en faire envier plus d’un.
P.S. Points bonis pour avoir fait passer Daniel Craig de James Bond à un redneck du sud.

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4. VISAGES, VILLAGES – JR et Agnès Varda
Il y a une de ces magies paradoxales qui opère tout au long de VISAGES, VILLAGES. D’abord, on a cette énergie contagieuse qui continue de rayonner d’Agnès Varda et de son cinéma, cette fibre créatrice si candide d’une vraie gamine dans l’âme qui se lance sur la route de campagne avec sa petite caméra. Et d’un autre côté, on a du même coup l’impression que cette sagesse et cette sérénité que dégage son regard sur les gens ne pourraient provenir de quelqu’un de plus jeune. En tandem avec l’artiste de collage photographique JR, la cinéaste de 89 ans continue son odyssée exploratrice à travers les zones rurales de France et les humains qui y circulent, ralliant l’art à la vie quotidienne partout où elle et son acolyte passent.

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3. OKJA – Bong Joon-ho
Si THE SHAPE OF WATER suscite énormément d’affection cette année pour son remaniement adulte d’un conte de fée à caractère sociopolitique, c’est plutôt le nouveau Bong Joon-ho, tout aussi désaxé que le del Toro, qui a su capturer complètement mon imaginaire. Il aurait été en effet plutôt étonnant que Hollywood laisse naître un nouveau BEAUTY AND THE BEAST entre une femme de ménage muette et un monstre sous-marin la même année qu’une fable écologique à 100 millions de dollars sur le végétarisme, raison pourquoi la production s’est tournée vers Netflix pour le financement. Mais laissons la controverse de côte pour le moment ; les palmarès sont faits pour célébrer les coups de génie créateurs et non pour crucifier leurs créanciers. Bouder OKJA, ce serait se priver d’un bijou narratif jonglant genres et tons comme le plus habile des saltimbanques, une sorte de blockbuster-ovni disjoncté qu’on a rarement la chance de voir.

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2. LADY BIRD – Greta Gerwig
Certains grands films tentent de repousser les limites et de redéfinir les paramètres de ce que l’on appelle « cinéma », anéantissant au passage les paradigmes préétablis. À l’opposée, d’autres s’ancrent volontairement dans ce qu’on qualifierait de « formule » ou de « convention » puis, dans certains cas, réussissent à les peaufiner et même les faire renaître. C’est justement ce que Greta Gerwig, ancienne reine du mumblecore, éventuelle muse de Noah Baumbach et maintenant réalisatrice pour la toute première fois, parvient à accomplir avec LADY BIRD, un film d’ado au féminin qui évoque à la fois l’effervescence juvénile d’un John Hughes et la conscience sociale humaniste d’un Mike Leigh. Déployant une maturité peu commune autant pour le genre que pour un premier long métrage, le scénario de Gerwig touche chaque note narrative puis exploite chaque personnage secondaire et tertiaire avec une aisance qui frôle la perfection.

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1. THE FLORIDA PROJECT – Sean Baker
Sur le dos de la plus petite héroïne de l’année se tient aussi son film le plus singulier, le plus perçant. Après TANGERINE, Sean Baker nous revient en force avec une autre incursion dans l’Amérique des marginaux, ce royaume destitué en bordure de Walt Disney World où subsistent une fillette et sa jeune mère, toujours à deux doigts de l’éviction. Mais attention, aucune pesanteur moralisatrice à l’appui ici. Éludant toute forme de biais idéologique souligné au crayon, Baker filme ses guerrières du quotidien sans rien condamner ni glorifier d’emblée, se contentant de leur redonner leur place dans l’échelle narrative du cinéma grand public. Car THE FLORIDA PROJECT, c’est avant tout une comédie au grand cœur et à l’esprit frivole, un conte moderne à résonance politique qui cependant refuse de tomber dans les discours élémentaires.

***

Flop 5 (en ordre alphabétique)

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BLADE RUNNER 2049 – Denis Villeneuve
Carburant à la nostalgie épidémique qui caractérise tant de suites et remakes hollywoodiens contemporains, cet appendice fade de l’univers de BLADE RUNNER ne justifie ni son expansion du premier opus de Ridley Scott ni sa durée excessive de 164 minutes. La beauté plastique mise à l’écran par Villeneuve et Deakins nous fait presque oublier le récit maigrelet ; tellement de scènes ne font que s’étirer inutilement sous prétexte d’atmosphère rabattant sans scrupules les vestiges du film original, l’ensemble ne constituant rien de plus qu’un spectre timide de son prédécesseur. Après tout, la science-fiction ne serait-elle pas censée nous amener plus loin en étirant les limites du présent pour mieux imaginer le futur ? BLADE RUNNER 2049 a les pieds coincés dans le passé, incapable de se défaire de sa mythologie culte et de proposer une nouvelle lecture de son univers dystopique.

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DETROIT – Kathryn Bigelow
De bonnes intentions politiques et un sujet incendiaire ne produisent pas forcément un film réussi, DETROIT en étant certainement le meilleur exemple cette année. Profitant du mouvement Black Lives Matter et du zeitgeist actuel dans lequel la brutalité policière envers les minorités repose constamment sous le microscope de l’opinion publique, le nouveau Bigelow peine à offrir plus qu’un simple rendu manichéen des fatidiques émeutes de 1967. Tantôt reconstitution historique, plus tard huis clos oppressant au goût aigre de film d’horreur d’exploitation pour finir en drame légal emmerdant et prévisible, le film n’offre ultimement rien de plus qu’une excuse libérale opportuniste pour rassembler des événements marquants du passé au climat social contemporain. En plus d’une prétention pseudo journalistique par laquelle le scénariste Mark Boal emprunte nombreux raccourcis narratifs clichés pour arriver à ses fins, la mise en scène hyperréaliste et musclée de Bigelow se marie difficilement à un récit qui, au final, ne relève que de la spéculation juridique. Ce spectateur, laissé en plan, s’attendait à bien plus qu’un condensé réducteur dans lequel pions et bourreaux ne font qu’incarner les chats et les souris d’un jeu cinématographique morbide qui, au lieu de pousser plus loin la réflexion du public par rapport aux maux du passé, ne font que valider sa frustration du moment devant des faits accomplis.

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DUNKIRK – Christopher Nolan
Ni un désastre ni une réussite, le dernier Nolan tant attendu se qualifie davantage en tant que brouillon intriguant d’un bon film plutôt qu’un chef-d’œuvre à part entière. Contrairement à plusieurs de ses casse-têtes narratifs précédents, l’auteur-réalisateur n’arrive jamais à avoir une véritable emprise sur le dispositif spatio-temporel qu’il décide d’établir d’entrée de jeu. Certaines scènes coupent le souffle, d’autres ennuient ; la somme de ces moments disparates n’aboutit jamais vraiment à un tout satisfaisant, et ce sans même compter une finale tellement patriotique qu’elle nous fait regretter SAVING PRIVATE RYAN.

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THE KILLING OF A SACRED DEER – Yorgos Lanthimos
Misère bon marché et esthétique léchée néo-Kubrick banale, voilà ce que Yorgos Lanthimos nous réserve après l’excentricité rafraîchissante de THE LOBSTER. Exposé déjà-vu d’un riche bourgeois à la conscience lourde, THE KILLING OF A SACRED DEER ne surprend jamais et ne fait que s’engouffrer lentement mais sûrement dans un fossé narratif qu’on voit venir après trente secondes. Là où son film précédent mixait humour noir et science-fiction alarmiste avec brio, ce sixième long-métrage du cinéaste grec délaisse l’originalité au profit d’une vision de l’enfer familial réchauffée au micro-onde, l’équivalent d’un croisement peu inspiré entre FUNNY GAMES et THE SHINING conceptualisé par un réalisateur de pub.

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MOTHER! – Darren Aronofsky
MOTHER! ou bien ALLÉGORIE : LE FILM!, c’est au choix d’Aronofsky qui, tout à son honneur, a du moins concocté un film dont on ne peut totalement mépriser l’existence dans le contexte cinématographique actuel. En effet, la Paramount a défendu le film suite à la controverse d’une réception publique qui fût, disons-le, divisée. Il s’agissait là d’un des débats de cinéphiles les plus endiablés de l’automne ; avions-nous affaire à un coup de maestro ingénieux ou à un échec prétentieux et insignifiant ? Comptez-moi sans équivoque dans le deuxième camp, et ce même si je demeure foncièrement curieux d’entendre vos avis positifs.

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