Top 10 2017 de Rémi Fréchette

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6 janvier 2018 par Rémi Fréchette

Top10 Rémi

Une autre année se termine, un nouveau Top se dessine. Même si j’ai eu la chance de voir près de 400 courts métrages cette année, en plus des quelques magnifiques séries qui m’ont captivée, j’ai choisi de garder la ligne éditoriale des années précédentes, soit de m’en tenir qu’aux longs métrages. Bref, voici un Top 10 (et quelque bonus) sur l’ensemble des films de 2017 que j’ai vu (d’après les dates sur IMDb, selon les règles de Point de vues™). Un Top très centré sur la déconstruction du genre (peut-être est-ce ma sensibilité qui parle, ou juste une bonne année pour les films décalés ?), ainsi qu’une cuvée personnelle (malheureusement un peu trop) américaine. J’espère vous faire découvrir quelques titres. Bonne lecture !

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10. THE DISASTER ARTIST – James Franco
James Franco écrit, produit, réalise et joue dans cette mise à l’écran du roman du même nom, à propos de la création de THE ROOM, un des pires films de tous les temps, qui était écrite, produite, réalisée et qui mettait en vedette Tommy Wiseau. Une adaptation drôle et même touchante, qui ne s’attarde pas qu’aux coulisses de la création du fameux nanar, mais aussi à la bromance qui s’est formée autour du projet. Une amitié qui se ressent même dans la création de ce film-ci, avec le frère de Franco qui joue l’autre rôle principal, ou encore Seth Rogen qui est bien présent tout au long en plus d’agir comme (réel) producteur. Le film aurait pu bien s’en tirer comme comédie absurde, mais le côté méta de la création de celui-ci, ainsi que la performance bluffante de Franco donnent un tout autre niveau au film. Ce qui aurait pu n’être qu’une grosse blague est finalement une ode à la passion et au besoin de créer, et à l’importance de l’amitié autour de la création d’une œuvre.

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9. MOTHER ! – Darren Aronofsky
Pire film de la décennie, ou œuvre majeure ? Peu importe l’opinion, le dernier film d’Aronofsky a beaucoup fait jaser cette année. Structuré autour d’une allégorie qui vous donnerait un B+ au cégep, ce n’est clairement pas par sa subtilité que l’œuvre a résonné en moi. C’est plutôt par sa construction narrative non traditionnelle, un crescendo cauchemardesque qui gonfle jusqu’à en devenir ridicule. Parce que oui, l’exagération devient grotesque et l’horreur est poussée au risible. Quand on arrive à ce qui serait le point culminant d’un film « conventionnel », on escalade encore d’un coup. Et un peu plus. Et encore… jusqu’à ce qu’on oublie cette dite limite, et qu’on se laisse emporter par cette décadence. MOTHER ! n’est peut-être pas le film brillant que certains attendaient, mais il est certainement l’un des plus marquants de l’année.

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8. BLADE RUNNER 2049 – Denis Villeneuve
Notre chouchou Denis Villeneuve réalise un tour de force avec cette suite magistrale au long métrage culte de Ridley Scott. Tout en y infusant son propre style, avec la photographie léchée du maître Roger Deakins (qui distingue cette suite, moins film noir que l’original), Villeneuve récupère les concepts de science-fiction asimoviens et les pousse à un tout autre niveau. C’est un véritable film d’auteur à mégabudget, une œuvre parfois difficile à avaler, où son rythme lent sert son univers dense. Une dystopie ambitieuse, voir mégalomane, le genre d’œuvre qui est malheureusement trop rare de la part des studios (et on comprend vite pourquoi). Villeneuve remplit un mandat quasi impossible, en réalisant un film qui a une vie en soi, une identité unique, qui n’est jamais une simple suite se contentant de rassurer les fans de l’original.

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7. THE KILLING OF A SACRED DEER – Yorgos Lanthimos
Après une fable décalée (THE LOBSTER), Lantimos revient en force avec ce drame familial qui semble aux premiers abords assez classique. Mais bien sûr, ça ne reste pas ainsi : le jeu détaché et froid des comédiens vient appuyer les moments surréalistes qui se multiplient au fil du récit. La photographie et le rythme des scènes font directement écho au cinéma de Kubrick, mais Lanthimos y infuse sa propre saveur étrange. On y traite de la responsabilité de l’homme et de sa réussite dans le cocon familial moderne, sans jamais être trop direct, sans nous donner toutes les clés. C’est d’ailleurs la grande force du réalisateur : ne jamais trop prendre le public par la main, même lorsqu’un évènement inexplicable survient. On accepte, on se laisse porter, on attend la suite des choses sans trop s’attarder au « pourquoi ». Peut-être son film le plus accessible pour le moment, même si celui-ci fera sourciller les moins avertis.

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6. A GHOST STORY – David Lowery
Grosse surprise, tant par sa trame narrative incongrue, que par sa forme éclatée, A GHOST STORY est un enchainement de scènes fortes, toutes marquantes pour différentes raisons ; soit par une imagerie puissante, un monologue riche, une performance émotive forte, ou encore un simple moment à propos d’un fantôme qui fout le bordel. Chaque moment agit comme une bulle dans le temps, et semble constamment donner un souffle nouveau au film. Le tout entrecoupé du thème de la mémoire, d’une réflexion sur notre place sur Terre, en prenant comme protagoniste un homme décédé dans un accident de voiture. La voix singulière de son réalisateur est présente jusqu’au format du film, un rectangle aux coins ronds qui évoque une diapositive conservant un précieux souvenir.

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5. GET OUT – Jordan Peele
Le producteur Jason Blum se positionne comme le maître de l’horreur moderne à Hollywood, alors qu’il produit quelques dizaines de films par année. Au travers des multiples ratages, quelques succès surprises font surface, comme ce premier long du comédien et humoriste Jordan Peele. Construit autour d’une prémisse de film d’horreur assez classique, le film prend sa « couleur » unique en utilisant le racisme moderne comme trame de fond. C’est ce protagoniste noir, magnifiquement interprété par Daniel Kaluuya, qui mettra en perspective le malaise social d’un héros afro-américain. Un thème qui transcende l’histoire elle-même du film, pour nous faire réfléchir à la structure hollywoodienne d’un film d’horreur en apparence aussi simple, et de leur casting trop souvent stéréotypé. Le film ne s’attarde pas qu’aux sujets durs, il présente également une bonne dose d’humour et emprunte à un large éventail de thèmes classiques du cinéma d’épouvante.

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4. GOOD TIME – Benny et Joshua Safdie
Mon premier saut dans l’univers des Safdie a été radical. Un thriller coup de poing haletant, avec à sa tête le surprenant Robert Pattinson. C’est pour lui un anti-casting : un voleur de bas étage qui tente de sortir son jeune frère handicapé mental de prison (une performance spectaculaire de Benny Safdie). Pattinson et Safdie sont entourés d’un casting secondaire pour la plupart amateur, ce qui donne un ton réaliste et brut aux scènes. On enchaîne donc ces moments forts et marquants qui se déroulent dans un chaos nocturne sur fond d’une bande sonore électronique qui restera dans les esprits. Les réalisateurs savent construire des arcs de personnages denses qui aident à surélever les enjeux du scénario. Grâce à son efficacité et sa simplicité, c’est un film d’auteur que je pourrais facilement recommander à un public non initié.

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3. THE FLORIDA PROJECT – Sean Baker
C’est dans un motel bas de gamme, tout près de Disney World, que se déroule ce drame familial des plus simple. La performance principale, une des plus impressionnantes de l’année, est celle d’une jeune fille de six ans qui est naturelle et spontanée. On a peine à croire qu’un jeu aussi vrai a pu être tiré de cette enfant, au point de pouvoir porter une bonne partie du film sur ses épaules. Le casting qui tourne autour est tout aussi incroyable et naturel, le seul comédien établi étant Willem Dafoe interprétant le gérant du motel, qui réussit à se marier parfaitement aux autres acteurs. En plus de cette caméra témoin qui capte cette réalité d’une certaine classe sociale aux États-Unis, le réalisateur s’offre quelques délires de mise en scène. Le film vous laissera un portrait très honnête de ses personnages, ainsi que quelques-unes des scènes les plus puissantes de l’année.

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2. THE SHAPE OF WATER – Guillermo del Toro
Del Toro a produit un rare phénomène que j’appellerais du cinéma pur. Un univers cohérent et crédible, malgré sa trame fantastique, qui ne nous pousse jamais à remettre en question ce qui se passe à l’écran. Une histoire décalée de notre univers, qui manipule avec soin des émotions réelles avec beaucoup de soin et de respect pour ses protagonistes. Des personnages, tous denses et complexes, construits à partir des performances magiques d’un casting parfait. Précédemment, del Toro laissait souvent place à l’esthétisme au détriment du narratif et de l’émotif, mais il a ici réalisé sa plus grande œuvre en mariant ces deux facettes. Il déclare son amour pour le médium dans une féérie que lui seul pouvait signer.

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1. LES GARÇONS SAUVAGES – Bertrand Mandico
La proposition de ce premier long métrage de Bertrand Mandico m’a laissé la gueule à terre ; un OVNI cinématographique tant dans sa forme que dans ses thèmes. Sorte d’hybride entre Guy Maddin et LORD OF THE FLIES, avec une imagerie qui peut parfois évoquer Jodorowski, l’œuvre semble tout droit sortie d’une autre époque, voire d’une autre dimension. On part dans un voyage fantastique avec ces garçons, dans un récit à la Jules Vernes, avec une quête de découverte sexuelle et de recherche du genre. À travers son visuel authentique et surprenant, Mandico ne donne jamais entièrement les clés de son univers au public, laissant place à une interprétation individuelle de cet univers décalé. C’est définitivement un film qui n’est pas facile d’accès, mais le genre d’œuvre singulière qui me touche droit dans mon cœur de cinéphile.

***

Pour continuer la tradition, et parce que dix films ce n’est pas suffisant à mon avis, voici 5 mentions spéciales pour des coups de cœur personnel. Ce n’est pas vraiment les numéros 11 à 15, mais simplement de bonnes recommandations qui m’auront marqué dans la cuvée annuelle.

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MENTION BLOCKBUSTER
WAR FOR THE PLANET OF THE APES – Matt Reeves
Si quelqu’un m’avait dit il y a quelques années qu’un des films les plus surprenants de 2017 serait le troisième volet du reboot de LA PLANÈTE DES SINGES, je lui aurais ri au visage ! Pourtant, cette méga production n’a rien à envier aux films d’auteur. C’est un récit intimiste (pour ce genre de cinéma, on s’entend !), qui mêle des scènes d’action bluffantes aux moments émotifs puissants, mené par les personnages en CGI les plus bluffants que j’ai vus sur grand écran. Ajoutez quelques performances mémorables (dont Andy Serkis qui est brillant sous son costume généré par ordinateur), et une trame sonore épique de Michael Giacchino ; c’est la preuve qu’un film de studio de cette taille peut encore avoir une signature unique et surprendre le public.

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MENTION HORRIFIQUE
GAME OF DEATH – Sébastien Landry et Laurence Morais-Lagace
Le fameux “JUMANJI gore” made in Quebec. La prémisse suffit à attirer les amateurs de films d’horreur pour une séance de plaisir avec meurtres et têtes qui explosent. C’est définitivement un film à regarder en gang avec un drink à la main, pour que l’expérience soit la plus profitable. L’esthétique emprunte beaucoup aux années 80, et on le remarque dès les premières secondes avec son générique évoquant la première Nintendo, et sa trame sonore électro composée par l’excellent Julien Mineau (de Malajube). Le film contient aussi ma scène préférée de l’année, tous genres confondus, qui est harmonisée à une grande chanson pop-rock québécoise. Je ne vous gâche rien, je vous laisse découvrir ce grand moment !

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MENTION FEEL-GOOD
BRIGSBY BEAR – Dave McCary
Brigsby Bear est sans doute un des scénarios les plus originaux de l’année : entrer dans les détails serait vous gâcher la surprise. Simplement, c’est à propos d’un trentenaire, qui vit comme un enfant, dans un bunker sous-terrain avec ses parents, et qui a comme seul contact avec l’extérieur une émission pour enfant nommée Brigsby Bear Adventures, qui lui est livrée sur cassette chaque semaine à sa porte. Avec beaucoup d’humour (dont la touche Lonely Island), le film réussit malgré toute son absurdité et sa folie à amener un lot fort d’émotions, jusqu’à nous faire verser une larme. C’est l’histoire d’un mouton noir qui triomphe grâce à sa passion, qui grandit avec authenticité. On peut souligner la performance de Kyle Mooney qui réussit à rendre sympathique et attachant un personnage avec un bagage psychologique assez unique.

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MENTION FORMELLE
LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES – Hélène Cattet et Bruno Forzani
Le couple de réalisateurs Cattet-Forzani a au fil de leurs films développé un style visuel unique, une signature qui est très identifiable. Dans ce troisième long, ils adaptent un roman de gangsters, une histoire très traditionnelle comparativement à leurs précédents projets, et lui insufflent leur signature visuelle. Bien que parfois l’esthétique l’emporte sur l’histoire, causant quelques creux dans le film, l’œuvre mérite un regard pour l’incroyable travail artistique. Les idées visuelles intelligentes s’enchainent, autant au niveau de la mise en scène, des mouvements de caméra, des éclairages colorés, du design son, ou même de la bande sonore. Quelques scènes de flashback surréalistes font même écho au travail de Jodorowski. Pour un public qui s’initie au cinéma de ce duo, c’est définitivement le plus accessible de leurs trois longs métrages.

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MENTION FANTASIA
LOW LIFE – Ryan Prows
Véritable bijou de festival, LOW LIFE frappe exactement sur ce qu’un public avide de sensations fortes demande. Des dialogues trash, des personnages décalés, des scènes de violence extrême et de l’humour de mauvais goût. Un peu à la PULP FICTION, le film se développe sur différents points de vue, mais ceux-ci se développent en parallèle. On décortique donc une série d’évènements, qui prennent un sens complètement différent lorsque l’on passe d’un personnage à un autre. Ceux-ci sont très définis, empruntant chacun un style unique : un luchador, un voleur d’organes, une réceptionniste dans un motel crade, un junkie, et un ancien prisonnier (avec une croix gammée dans le front). C’est un film qui transcende son maigre budget par une passion forte derrière la caméra, et qui a suscité de fortes réactions dans le public de Fantasia !

***

… vous êtes encore là, cher lecteur ? Voici pour vous, en bonus, 8 autres suggestions en rafale de coups de cœur de l’année, sans ordre précis.

TA PEAU SI LISSE de Denis Côté, pour son œil unique de documentariste sur un sujet qui peut paraitre surexploité.
ORIGAMI de Patrick Demers, pour son utilisation intime et émotivement poignante de concepts de science-fiction.
IT de Andy Muschietti, pour sa démocratisation de l’horreur vers un public large, sans jamais se limiter dans les codes du genre.
LADY BIRD de Greta Gerwig, pour la justesse de son ton dans un coming of age simple.
GUARDIANS OF THE GALAXY VOL. 2 de James Gunn, pour l’intégrité corrosive du style de son réalisateur à travers les films Marvel qui deviennent des plus homogènes.
LE PROBLÈME D’INFILTRATION de Robert Morin, pour quelques moments très forts, dont son ouverture qui pourrait être un des meilleurs courts métrages de l’année.
LES AFFAMÉS de Robin Aubert, pour avoir fait un vrai bon film de zombie tout court, sans essayer de trop changer le genre, ou de trop y souligner le ton québécois.
LA PETITE FILLE QUI AIMAIT TROP LES ALLUMETTES de Simon Lavoie, pour sa prise de risque dans un film d’horreur comme il s’en fait peu, avec une signature unique.

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