Top 10 télé 2017 de Mario Melidona

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2 janvier 2018 par Mario Melidona

Top10Mario

On pourrait dire que 2017 a commencé du mauvais pied (ou est-ce plutôt le bon ?) dès la cérémonie des Oscars avec un cafouillage historique. LA LA LAND, une comédie musicale audacieuse à propos d’Hollywood, empreint de l’esthétique de Busby Berkeley, était malencontreusement nommé comme le grand gagnant d’une soirée alors qu’avait lieu en coulisses un chaos total. À peine quelques minutes plus tard et MOONLIGHT était couronné. Comme on dit : « It was the best of times. It was the worst of times. » Confusion. Bouleversement. Triomphe. Exaspération. Puis, la clarté. Ce moment résume à lui seul l’année télé 2017. Sans plus tarder, mon Top 10.

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10. FARGO – Noah Hawley
Noah Hawley a réussi l’impossible, le seul créateur à apparaître dans mon Top 10 deux fois (voir l’entrée sur LEGION). Tandis que LEGION est un voyage psychédélique dans l’univers des X-Men, FARGO est ancré dans la réalité ; la série tente de faire sens du sinueux monde contemporain, esclave du capitalisme sauvage. Un monde où tout bon sens commun est facultatif. Les frères Emmit et Ray Stussy (tous deux joués par Ewan McGregor) voient leur relation prendre des proportions bibliques lorsque Varga (David Thewlis, carrément l’incarnation du mal) sème le mal partout où il passe et complote afin de prendre le contrôle des opérations. Les héros de cette saison, Nikki Swango (Mary Elizabeth Winstead) et Gloria Burgle (Carrie Coon, qui apparaît deux fois dans mon Top 10) viennent de milieux opposés : la première est en libération conditionnelle et tente de joindre les deux bouts tandis que l’autre est une agente de police qui tente d’élucider le meurtre de son beau-père. Se déroulant en dehors de l’intrigue principale établie dans les deux premières saisons, cette saison 3 établit avec brio son modus operandi : ce n’est pas tout le monde qui est réglo, et pour arriver à ses fins il faut parfois prendre un raccourci.

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9. GAME OF THRONES – David Benioff et D. B. Weiss
Alors que la série s’aventure en terre inconnue, ne pouvant plus se baser sur la fondation de livres de George R. R. Martin, nous pourrions croire que cela en affaiblit la trame narrative. Plusieurs ont en effet décrié le conflit entre les sœurs Sansa et Arya Stark. Il y a cependant quelque chose d’immensément satisfaisant à sentir le récit total cheminer vers sa conclusion. Winter is coming, le Roi de la nuit est ici et les royaumes sont près de signer un pacte. Les moments spectaculaires s’enchaînent sans temps mort ; quelle exaltation de voir l’armée de Lannister complètement anéantie par les flammes ! Mentionnons également le retour du dragon Viserion et Littlefinger qui a enfin reçu la monnaie de sa pièce. Vivement 2019 (en espérant aucun autre retard) !

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8. FEUD: BETTE AND JOAN – Ryan Murphy, Jaffe Cohen et Michael Zam
Ryan Murphy a pratiquement remis au goût du jour le genre de l’anthologie à lui seul avec les récits éclectiques et captivants qui composent AMERICAN HORROR STORY et plus récemment AMERICAN CRIME STORY. Sa dernière création, FEUD, s’intéresse au duel de titans entre les actrices Bette Davis et Joan Crawford durant le tournage du légendaire WHAT EVER HAPPENED TO BABY JANE ? de 1962. La minisérie s’attarde aux dynamiques féminines et à l’égocentrisme gigantesque requis d’une telle industrie qui n’avait pas particulièrement un penchant d’écrire des rôles pour les femmes d’un certain âge (plus ça change…). Jessica Lange propose un portait fort nuancé de la fragilité de Joan Crawford résultant de son concept personnel de la beauté, tandis que Susan Sarandon en Bette Davis est tout simplement magnétique, malgré que l’on devine la solitude sous la façade. J’en eus le souffle coupé de la voir pavaner dans son costume de Baby Jane.

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7. THE HANDMAID’S TALE – Bruce Miller
La série basée sur le roman éponyme de Margaret Atwood de 1985 propose un futur dystopique qui résonne ô combien juste sous le règne actuel de Trump ! Centrée sur la servante DeFred (Elisabeth Moss), une femme autrefois connue sous le nom de June Osborne, qui doit survivre dans une société patriarcale où les femmes n’ont plus aucune indépendance et ne servent que de corps reproducteurs. Ce qui est d’autant plus dingue est que non content de les avoir complètement subjugué, les hommes (et certaines femmes dans une tranche supérieure de la société) participent à des rituels dégradants pour ces pauvres servantes. Ann Down, déjà fantastique dans THE LEFTOVERS, propose encore une fois une performance marquante en Tante Lydia, militaire qui souhaite protéger la nouvelle République, tandis qu’Yvonne Starhovski est parfaite en Serena Joy Waterford, véritable architecte du nouveau monde en siphonnant en arrière-plan le pouvoir à son mari Fred Waterford (Joseph Fiennes).

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6. LAST WEEK TONIGHT WITH JOHN OLIVER – John Oliver & FULL FRONTAL WITH SAMANTHA BEE – Samantha Bee (ex aequo)
Quel sentiment doux-amer lorsque John Oliver a martelé son gros bouton rouge, proclamant que finalement, « We Got Him! » alors que de nouvelles preuves s’accumulent contre la présidence insipide de Trump, pour finalement réaliser que non, nous ne l’avons pas vaincu. 2017 et son flot ininterrompu de scandales, que ce soit la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, les changements de lois autour de la neutralité du net, l’influence d’Ivanka et Jared sur la Maison-Blanche, les pardons présidentiels, la montée du néo-confédérationnisme, le Rocket Man de la Corée du Nord ainsi que le Watergate du pauvre (sans compter les possibles scandales de destitution) nous donne vraiment l’impression d’avoir vieilli de bien plus d’un an. De façon tout aussi rigoureuse, Samantha Bee n’a aucune pitié et n’accepte pas les balivernes de quiconque. Elle fait cheval de bataille en particulier contre la politique de déportation de Trump qui a commencé lors d’interdictions de voyage, mais s’est aussi attaqué à sa façon autocratique de gouverner, aux néonazis tout en se portant à la défense du journalisme traditionnel et particulièrement local ainsi que du vaste mouvement #MeToo (#MoiAussi), qui dénonce les prédateurs sexuels à Hollywood et ailleurs. Lorsque Trump a décliné d’assister au traditionnel dîner des correspondants de la Maison-Blanche, Samantha Bee et son équipe ont mis en place l’ironique « Not the White House Correspondents’ Dinner », l’occasion de se moquer du président de CNN Jeff Zucker, de permettre à Allison Janney de reprendre son rôle iconique de C. J. Gregg de THE WEST WING en dénonçant Roger Ailes et Bill O’Reilly, et le clou du spectacle, une réalité alternative où l’on dénonce les agissements de la présidente Hillary Clinton. Samantha pour présidente !

The Good Place - Season 2

5. THE GOOD PLACE – Michael Schur
La finale de la première saison avait complètement changé la donne. L’épisode Le Pari de Michael avait révélé que le Bon Endroit était en fait (attention, spoilers à venir) le Mauvais Endroit créé pour Eleanor, Jason, Chidi et Tahani afin de les torturer, l’architecte du Mauvais Endroit étant Michael (Ted Danson). Son ricanement et son rire diabolique avaient surpris plus d’un spectateur. Tout était une ruse : après qu’Eleanor ait compris que cet univers privé rempli de magasins de yogourts glacés et de peintures de clown était un enfer, sa mémoire fût effacée. Les choses tournent mal pour Michael, c’est peu de le dire, car il perd la main mise sur sa création et doit quémander l’aide de ses sujets afin d’éviter l’élimination.

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4. CRAZY EX-GIRLFRIEND – Rachel Bloom et Aline Brosh McKenna
Cette comédie musicale à l’eau de rose a dû surmonter plusieurs obstacles, aucun plus grand que son titre plutôt générique. La co-créatrice Rachel Bloom a renchéri sur la littéralité de son titre dans cette nouvelle saison qui explore toutes les souffrances de Rebecca Bunch (Rachel Bloom elle-même) après que son coup de foudre de jeunesse Josh Chan (Vincent Rodriguez III) l’ait abandonné. Une exploration franche de la maladie mentale (extrait), du sexe et des aprioris genrés (extrait), de l’amitié (extrait) et des rares moments de lucidité (extrait).

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3. TWIN PEAKS : THE RETURN – Mark Frost et David Lynch
Combien de spectateurs ont savouré une bonne tasse de café la journée que fût annoncé le retour inespéré de la série culte de Mark Frost et David Lynch ? Une série qui a, au début des années 90, influencé le paysage télévisuel et dont on ressent encore les conséquences, retourne sous la forme d’un monstre de 18 épisodes d’une heure formant un immense délire lynchien. Une longue route sinueuse que ce récit suivant le triple rôle de Kyle MacLachlan en Dougie Jones, Evil Cooper (qui souhaite se séparer de son enveloppe corporelle) et bien sûr l’agent du FBI Dale Cooper. Mais où s’échappent-ils ? David Lynch est revenu au petit écran donner à tous une leçon : on peut raconter une bonne histoire sans proposer une seule réponse claire. Quel privilège d’assister à la naissance de Bob lors d’une séquence nucléaire époustouflante, d’être témoin de l’évasion de Cooper de la Loge noire après qu’il ait palabré avec l’arbre-cerveau (?), et d’écouter cette finale indescriptible — sans oublier la fantastique performance de Laura Dern. Alors que le débat actuel en est un de classification, la série se trouvant sur de nombreux Tops 10 télé et/ou cinéma, il ne faudrait pas oublier le petit miracle que représente cette nouvelle escale dans le monde irremplaçable créé par Frost et Lynch. En toute sincérité, je ne sais toujours pas exactement ce que j’en pense, ce que j’en retiens.

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2. LEGION – Noah Hawley
Personne n’aurait parié qu’une série télé basée sur un obscur membre des X-Men serait la révélation de l’année du genre hypertrophié de superhéros. Pourtant, c’est bel est bien la réussite de cette série de Noah Hawley et de toute son équipe qui propose des images kaléidoscopiques tout simplement hypnotisantes qui nous rendent tout simplement gaga. La série suit David Haller (Dan Stevens), possible schizophrène, qui découvre qu’il possède des pouvoirs mutants et qu’il est pourchassé par Lenny (Aubrey Plaza), un démon qui tente de le tuer sans apparent motif. Évidemment, le premier tour de force de la série est cette séquence de cinéma muet d’horreur du Bolero (extrait) dans le chapitre 7 durant laquelle les personnages tentent de naviguer d’une réalité à l’autre. C’est trippant, amusant et ambitieux, mais rien pour surpasser la danse fulgurante d’Aubrey Plaza (extrait) ou son regard terrifiant.

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1. THE LEFTOVERS – Damon Lindelof et Tom Perrotta
Après une année de pause, THE LEFTOVERS a rugi (hé hé) en 2017 avec sa géniale saison finale. Non seulement la conclusion est la plus juste, logique, mais également dévastatrice qu’une telle série pouvait offrir, mais le chemin pour s’y rendre fût parsemé de moments complètement fous tel ce soldat courant nu comme un ver à bord d’un sous-marin afin de lancer des missiles nucléaires, ou alors ce guru d’une secte très sexuelle (pléonasme ?) se prenant pour Dieu et vénérant un lion qui le dévora, ou encore cette scène où le protagoniste Kevin Garney (Justin Theroux) doit littéralement scanner son pénis afin de sauver le monde (!), un petit clin d’œil meta à la couverture médiatique de la fameuse scène de jogging de la première saison. Tout cela n’éclipsera jamais cette finale touchante où Nora s’est rappelé pourquoi elle était tombée en amour avec Kevin en premier lieu.

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Mention spéciale – La gaffe des Oscars pour le prix du meilleur film
Comme je le disais plus haut, même si ce n’est techniquement pas une série télé (et je ne parle même pas du gala complet, mais bel et bien de la monumentale gaffe à la toute fin), cela reste l’un des moments les plus iconiques de toute l’année 2017. Du silence très malaisant entre Faye Dunaway et Warren Beatty (de BONNIE AND CLYDE !) en passant par les producteurs de LA LA LAND en plein discours quelque peu illégitime jusqu’à ce que soit révélée la bourde et le prix remis au véritable gagnant, MOONLIGHT ; quelle soirée ! C’était délirant, confus, électrique et prenant — le meilleur de ce que peut produire la télévision en direct.

***

La suite :
11. BATES MOTEL

12. DOCTOR WHO
13. GLOW
14. BETTER THINGS
15. THE AMERICANS
16. CURB YOUR ENTHUSIASM
17. STRANGER THINGS
18. BETTER CALL SAUL
19. CRISIS ON EARTH-X (le cross-over de DC sur CW)
20. BIG LITTLE LIES

***

Je ne suis pas à jour (au moment d’écrire ces lignes) sur ces (excellentes) séries :
ALIAS GRACE, AMERICAN GODS, AMERICAN VANDAL, BIG MOUTH, BLACK MIRROR (saison 4), BLUE PLANET II, CHANNEL ZERO: NO END’S HOUSE, HAPPY!, THE MARVELOUS MRS. MAISEL, MR. MERCEDES, MARVEL’S RUNAWAYS, THE SINNER, STAR TREK: DISCOVERY, TOP OF THE LAKE: CHINA GIRL, THE VIETNAM WAR

Une réflexion sur “Top 10 télé 2017 de Mario Melidona

  1. […] plus des suggestions de mon Top 10, voici quelques autres séries que je vous recommande. Vous remarquerez le grand nombre étant […]

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