Top 10 2017 de Pascal Plante

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29 décembre 2017 par Pascal Plante

Top10

Sans préambule, ni tambour, ni trompette, voici mes 10 coups de cœur cinématographiques de 2017 :

10-disaster

10. THE DISASTER ARTIST – James Franco
J’ai longtemps débattu pour la sélection de cette 10e entrée. J’en profite au passage pour étaler mes mentions : le bizarroïde THE KILLING OF A SACRED DEER de Yorgos Lanthimos et le superbe premier long-métrage AVA de Léa Mysius. Évidemment, 10 films c’est trop peu, car la liste des œuvres dignes de mention est longue. Ceci dit, si je suis 100 % honnête avec moi-même, je dois me ranger derrière THE DISASTER ARTIST. Un film hilarant qu’il fait bon partager, mené avec brio devant et derrière la caméra par un James Franco qui frôle à la fois génie et folie. En se penchant autant sur la relation d’amitié entre Tommy Wiseau et Greg Sestero que sur la création du navet culte THE ROOM, ce récit surfe sur la mince ligne entre hommage et boutade, pour un résultat à la fois sensible et désopilant.

9-fantastic

9. UNA MUJER FANTÁSTICA (UNE FEMME FANTASTIQUE) – Sebastián Lelio
Un homme d’âge mûr décède dans les bras de sa petite amie Marina, une femme trans deux fois plus jeune que lui. S’en suivent des arrangements funéraires houleux avec la famille du défunt, dont cette liaison jugée immorale est source de scandale. Mais Marina est une battante. Une femme digne, qui, par principe, ne se laissera pas marcher sur les pieds en raison de son identité sexuelle. L’œuvre de Sebastián Lelio (sa seconde en 2017) est essentielle pour aider à mieux comprendre les paradigmes changeants de l’acceptation d’autrui au sujet de la définition toujours complexifiée des genres et des sexes. Le véritable coup politique des Oscars cette année serait d’allouer la statuette de la meilleure actrice à Daniela Vega. Elle le mérite amplement. Mais ce serait probablement trop en demander aux Oscars…

8-get

8. GET OUT – Jordan Peele
Dans un contexte global de perte de vitesse dans les salles obscures, certains films d’horreur irréductibles font exception. Cette année, le « petit » film qui aura su rallier critiques et cinéphiles est celui qui s’attaque de front à l’éléphant dans la pièce : à ce « petit » racisme de tous les jours, ce « petit » racisme maladroit qui ne vise pas à faire de mal, mais, comme le supplice de la goutte d’eau, mine à l’usure et tarit les rapports égalitaires du pays de l’oncle Sam (et partout ailleurs, au fond…) Truffé d’humour noir, il est toutefois embarrassant de qualifier GET OUT de comédie. « What are you laughing at? » se questionne Jordan Peele. L’autodérision du spectateur est de mise. La blague se trouve dans notre miroir.

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7. GOOD TIME – Benny et Joshua Safdie
Un vol de banque tourne au vinaigre. Rien de nouveau sous le soleil, vous dites ? Ce serait vrai si ce n’était de ce testament de mise en scène, de cette tension découpée au couteau, de ce rythme effréné et de cette ambiance cauchemardesque. Robert Pattinson se métamorphose en sociopathe traqué, dont la seule ancre émotive est son frère autiste, joué par Benny Safdie lui-même. Sous le flash des néons colorés, et sous le pouls de la musique électronique de Oneohtrix Point Never, GOOD TIME incarne plus que jamais l’adage de Godard qui disait qu’au cinéma, « le style, c’est la substance. » Mais ce qui élève réellement le film, ce sera sans aucun doute le fil d’arrivée de cette ballade en enfer : cette touche finale toute en humanité et en émotion.

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6. THE BIG SICK – Michael Showalter
Que ce soit en tant que réalisateur ou en tant que producteur, Judd Apatow a définitivement le flair pour dégoter les nouveaux talents. Après Lena Dunham (GIRLS), Amy Schumer (TRAINWRECK), Jonah Hill (SUPERBAD) ou Seth Rogen (KNOCKED UP), au tour de Kumail Nanjiani de briller de plein feu. THE BIG SICK se dresse une tête au-dessus des comédies romantiques américaines standards par son côté imprévisible et chaotique. Aux poubelles scénario 101 en trois actes réchauffés ! C’est qu’au fait, Nanjiani co-scénarise avec sa véritable copine, Emily Gordon, le parcours en montagnes russes que fût leur début de liaison. C’est le cas de le dire… reality is stranger than fiction ! Cette trame narrative indisciplinée, conjuguée à une galerie de personnages lumineux, riches et surprenants, insuffle à cette dramédie un vent de fraîcheur quasi inexistant dans le désert des bons films romantiques contemporains.

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5. BLADE RUNNER 2049 – Denis Villeneuve
Voici comment s’atteler à la suite d’un classique : en y rendant hommage tout en s’en affranchissant ; en conservant son essence tout en amplifiant son univers. Par le passé, on a pu critiquer la froideur cartésienne de Villeneuve, mais ici, pour façonner un monde décadent qui interroge l’essence de l’humanité, ce talon d’Achille se transforme en force. La précision de la mise en scène et la maîtrise technique de Villeneuve servent l’atmosphère anxiogène de ces décors urbains pluvieux, ou de ces grands espaces brumeux. Camouflé en intrigue languissante, BLADE RUNNER 2049 est plutôt une ballade ethnographique dans ce monde sordide dominé par des maniaques assoiffés de pouvoir, qui asservissent les femmes à leurs fantasmes et la technologie à leurs chimères. Triste portrait que cette dystopie, certes stylisée, mais judicieusement crédible.

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4. JEANNETTE, L’ENFANCE DE JEANNE D’ARC – Bruno Dumont
Bruno Dumont rapatrie sa troupe d’acteurs amateurs pour rendre les textes centenaires de Charles Péguy, au beau milieu d’un champ, en costume du XVe siècle, et les regarde chantonner une poésie évanescente, sur fond musical signé Igorrr, tantôt métal, tantôt baroque. Ouais… JEANNETTE, c’est un gros mandat ! Dire que cette curiosité ne plaira pas à tout le monde est un euphémisme : elle semble attiser la passion des uns, et la colère des autres. Je me range du camp des stupéfaits : j’en salue l’audace ! En peinture, fin XIXe, on a eu droit à tout un mouvement d’art naïf. C’est la première fois que je peux qualifier une œuvre cinématographique, d’un auteur en pleine possession de ses moyens, de cette façon. Sans nécessairement en réclamer tout un mouvement, JEANNETTE brille d’être si unique. Une fois vu, jamais oublié.

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3. VISAGES, VILLAGES – JR et Agnès Varda
Mémé Varda, quasi aveugle, voit à travers les yeux du fringuant photographe JR dans ce road movie spontané, carburant à l’air pur et l’eau fraîche. Voyageant à travers une France rurale figée dans le temps, le duo comique butine candidement d’un portrait à l’autre, s’intéresse à l’histoire des petites gens au grand cœur et tente d’en cristalliser leur mémoire. VISAGES, VILLAGES s’interroge également sur le rôle de l’Art, avec un grand A. « À quoi ça sert, l’Art ? » Ce documentaire livre sans prétention l’une des réponses les plus éloquentes à cette question, et ce, de façon ludique. Au terme de toutes ces déambulations, le constat est clair : le trésor d’un peuple, d’une culture, est fait pour être raconté. C’est la somme de toutes ces « petites » histoires qui, ultimement, nous permet de comprendre la « grande » histoire.

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2. THE SHAPE OF WATER – Guillermo del Toro
Ce film remporte son premier exploit à même sa genèse. Comment une romance sous fond de guerre froide entre une muette et une créature marine, assumant pleinement la sexualité et des pointes de violences dignes d’un film d’horreur, peut-elle être portée à l’écran sans compromis, de cette façon ? La vision tordue de del Toro a été traduite directement de son cerveau au celluloïd ! Le résultat est sublime. L’énergie bon enfant de l’ultime amoureux de cinéma (et de monstres) est contagieuse au point de percer la carapace du spectateur dès le plan d’ouverture. L’amour que je voue pour cette œuvre est d’une pureté naïve que je pensais enfouie complètement au fil de l’intellectualisation incessante de chaque proposition cinématographique. Pas de doute, j’ai été berné avec THE SHAPE OF WATER ; je suis redevenu un spectateur lambda, brisé en larmes et fourmillant d’étoiles dans les yeux.

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1. THE FLORIDA PROJECT – Sean Baker
Des décombres de l’Amérique de Trump surgit ce bijou inespéré ; ce conte de fées pastel baigné de compassion et de chaleur humaine. Sans jugement, jamais, Sean Baker filme des survivants du capitalisme sauvage des temps modernes, prisonniers au bas de la pyramide, collés à l’opulence oppressive d’un Disneyworld métaphorique incarnant l’inaccessible rêve américain — et à hauteur d’enfant, qui plus est. Mené par le bout du nez d’une fillette de 6 ans ; exit le cliché de la vieille âme dans le corps de l’enfant victime. Non. Baker met en scène une petite peste, qui navigue d’un portrait triste à un autre, en y ajoutant, peut-être, un peu de magie, et quelques traces de crèmes glacées fondues au passage. En évitant la politique de front, THE FLORIDA PROJECT se trouve paradoxalement à être l’un des films les plus politiques de l’année. Le plus humain, aussi.

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