Journal de bord (express) Fantasia 2017

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21 septembre 2017 par Rémi Fréchette

Fantasia 2017

C’est plus d’un mois après la fin du festival Fantasia que j’écris cet article pour résumer les projections auxquelles j’ai assisté durant cette édition. Un délai hors de mon contrôle, que je préférais assumer plutôt que de mettre en pause cette tradition du journal de bord que je fais depuis quelques années. En plus, cette année, mon aventure Fantasia a pris un autre envol, alors que j’ai programmé aux côtés d’Isabelle Gauvreau les Fantastiques week-ends du cinéma québécois. Mon histoire avec le festival a donc commencé en 2010, alors que j’ai eu la chance d’être dans l’équipe de projection. J’ai ensuite présenté plus d’une dizaine de courts métrages comme réalisateur, et finalement j’ai eu cette opportunité de participer plus activement à ce festival que je chéris depuis si longtemps. Mon travail comprenait notamment le tri des films reçus, soit plus de 300 courts métrages, pour une sélection de 109 courts au final, en plus de quelques longs comme PUNK FU ZOMBIE, ORIGAMI et GEEK GIRLS.

Mais ce journal de bord est à propos du cinéphile, fan de cinéma de genre, et surtout de l’expérience Fantasia. J’ai donc pu voir 34 projections, ce qui reste très peu dans l’ensemble, car pour cette massive 21e édition il y avait près de 160 longs métrages ! Habituellement mes critiques sont plus détaillées, mais j’opte cette année pour un format plus bref vu la multitude de titres à couvrir.

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D’abord, je voudrais simplement mentionner que deux des projections étaient des évènements particuliers. D’abord l’annuel Zapping Party de DJ XL5, qui arrivait avec une nouvelle sélection de courts métrages, de clips et d’extraits WTF !? qui a, comme chaque année, créé une ambiance de feu pour les 700 spectateurs présents. Le deuxième évènement était la projection sur grand écran de la série web TERREUR 404 de Sébastien Diaz. Une très belle surprise que je recommande fortement, qui est disponible sur Tou.tv. Casting de luxe, plongé dans des histoires magnifiquement écrites dans le genre, réalisées avec soin pour en faire un BLACK MIRROR québécois (mais qui se prend beaucoup moins au sérieux !)

Poursuivons donc avec ces quelques classiques que l’on a pu (re)découvrir sur grand écran.

THE BLUE MAN (ETERNAL EVIL) – 85 min – 1985 – George Mihalka
Une histoire de meurtre par voyage astral(!), un peu trop slow à mon goût. Un jeu de caméra très intéressant pour simuler l’âme qui se balade, et de la musique planante pour l’accompagner. Mais le rythme est très lent, ça laisse assez peu de souvenirs dans l’ensemble.

THE CRAZIES – 103 min – 1973 – George A. Romero
Le classique de Romero, restauré par Arrow Films afin de lui rendre hommage. Le film a pris beaucoup d’âge dans son rythme et ses images low budget. Mais ses thématiques dessinent un intéressant portrait de la réalité de l’époque (en plein milieu de la guerre du Vietnam) et quelques scènes sont très efficaces au niveau horrifique.

SIMON LES NUAGES – 83 min – 1990 – Roger Cantin
Un magnifique film familial, jamais offert en DVD, projeté pour cette occasion en 35 mm. Un récit d’aventures vers un monde imaginaire, avec un groupe de jeunes convaincants et attachants, qui annonce sa suite spirituelle MATUSALEM. Un favori de ma jeunesse, malheureusement oublié dans l’histoire du cinéma québécois, qui mérite d’être redécouvert !

The Man Who Laughs
THE MAN WHO LAUGHS – 110 min – 1928 – Paul Leni
Le genre de classique qui globalement ne vieillit pas. Toujours aussi puissant au niveau émotif, c’est un réel spectacle cinématographique tout aussi impressionnant 90 ans après sa sortie. Les performances iconiques, les décors majestueux, les éclairages expressionnistes… tout est impeccable. Le film était accompagné d’une excellente trame sonore originale composée et dirigée par Gabriel Thibaudeau.

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Passons à la programmation régulière, soit les « nouveaux films » de cette cuvée 2017. Afin de faire durer le suspense, commençons par le « moins préféré » et terminons par celui qui m’a le plus séduit.

27. SAVAGE DOG – 94 min – 2017 – Jesse V. Johnson
Le seul film que je pourrais qualifier de mauvais dans mes choix au festival. Une histoire de vengeance au milieu de la jungle, qui s’assume à fond dans les codes des années 80. Le film est trop cheap, trop mal écrit pour donner la satisfaction nostalgique au spectateur. Quelques bons moments badass et gores dans la deuxième moitié, mais un peu trop tard pour me gagner.

26. SEQUENCE BREAK – 80 min – 2017 – Graham Skipper
La bande-annonce annonçait un mélange entre VIDEODROME et TRON. C’est un peu le feeling que laisse le film, tout en étant trop dilué. On pardonne vu son maigre budget, le film ayant quand même quelques scènes mémorables, mais narrativement c’est un peu trop hermétique pour atteindre ses ambitions.

25. LE MANOIR – 100 min – 2017 – Tony T. Datis
Une bonne comédie à la con, avec son lot de blagues sur le sexe et la drogue. Le casting est constitué uniquement de YouTubers français, nous faisant perdre quelques blagues au niveau des références. Plusieurs gags marchent totalement dans le genre pipi-caca. Narrativement c’est malheureusement très faible, laissant le public dans le néant au profit de scènes qui servent à pousser des blagues inutiles qui ne font aucunement avancer l’histoire. Bof, mais avec un soupçon de lol.

Genocidal Organ
24. GENOCIDAL ORGAN (GYAKUSATSU KIKAN) – 115 min – 2017 – Shûkô Murase
Je dois voir au moins une animation japonaise par année, donc la voici. Un récit de science-fiction ambitieux sur fond de guerre mondiale et de politique internationale. L’animation est sublime, hyper détaillée, avec des designs futuristes impressionnants. Mais c’est ultra chargé, beaucoup trop de concepts philosophiques étalés dans un récit qui aurait besoin de plus de respiration. Très intéressant, un peu moins adapté à un dimanche après-midi relax.

23. DEAD SHACK – 85 min – 2017 – Peter Ricq
Le genre de film que j’ai l’impression de voir chaque année : des zombies intégrés d’une façon quelconque, un chalet dans les bois, une bande de personnages bien typés avec chacun des moments comiques. Ça fonctionne en général, y’a un peu de gore, un peu d’horreur, quelques idées originales… c’est juste un tantinet classique comme canevas. Ça fonctionne bien, ce n’est juste pas un film qui sort particulièrement du lot.

22. JOJO’S BIZARRE ADVENTURE: DIAMOND IS UNBREAKABLE – CHAPTER 1 (JOJO NO KIMYÔ NA BÔKEN : DAIYAMONDO WA KUDAKENAI – DAI-ISSHÔ) – 119 min – 2017 – Takashi Miike
Ne connaissant pas le manga d’origine, le film m’a quand même fait passer un bon moment tout en apportant son lot de confusion. Le style est cartoonesque ; il y a des idées inventives dans les scènes d’action et dans le visuel. Juste pour avoir vu le film dans une salle pleine de fans du manga, l’expérience était beaucoup plus plaisante. Loin d’être un excellent Miike, mais tout de même bien divertissant.

21. VALERIAN AND THE CITY OF A THOUSAND PLANETS – 137 min – 2017 – Luc Besson
Le gros film de Besson, tiré d’une série de bédés françaises cultes. Un magnifique spectacle visuel, dans un environnement qui m’a rappelé mon sentiment d’émerveillement devant AVATAR. Par contre, narrativement c’est un chaos : Besson ayant apparemment essayé de condenser une douzaine de tomes dans l’aventure, nous rappelant au passage les plus grosses failles de STAR WARS EPISODE 1. Dommage, vu la vision mégalomane derrière la production. Le spectacle vaut quand même le coup d’œil.

Punk Fu Zombie
20. PUNK FU ZOMBIE – 105 min – 2017 – Gabriel Claveau
Le genre de film qui donne le goût de faire des films, un réel projet de passionnés qui nous offre ce film d’exploitation 100 % québécois. Avec des idées narratives originales qui pigent dans nos traditions locales, et avec son côté cheap très assumé, le film gagne à être vu en groupe avec quelques consommations dans le corps. C’est un peu long pour ce que c’est, mais il y a assez de surprises pour passer un bon moment.

19. RADIUS – 87 min – 2017 – Caroline Labrèche et Steeve Léonard
Après SANS DESSIN il y a quelques années, le couple Labrèche-Léonard revient avec un film très sobre, qui utilise une prémisse qui pourrait s’apparenter à un épisode de TWILIGHT ZONE. C’est une belle idée exploitée avec soin, bien que celle-ci pourrait être poussée souvent plus loin pour créer des scènes plus surprenantes. On est donc un peu trop en retenue, mais le film est efficace et bien maitrisé.

18. PREY (PROOI) – 108 min – 2016 – Dick Maas
On ne s’attendait à rien d’un film de lion tueur d’hommes en liberté à Amsterdam. Mais le film est beaucoup plus qu’une production Asylum, en donnant pour la peine dans le spectacle série B, dans les répliques cheezy et le gore. Le début est construit comme un JAWS bas de gammes, mais lors de l’arrivée du chasseur british, le film prend une coche et donne ce que le public désire. C’est grossier, mais souvent bien jouissif !

17. GEEK GIRLS – 88 min – 2017 – Gina Haraszti
Un documentaire sur la communauté geek féminine qui ratisse très large le sujet en situant la place de celle-ci à travers un monde souvent représenté par les hommes. Avec des sujets variés, comme une gamer, une cosplayer ou une scientifique, la cinéaste fait des parallèles avec sa propre vie et son identité geek pour développer le portrait de ces femmes. La forme est assez classique, mais le propos est bien recherché, très complet.

16. KILLS ON WHEELS – 103 min – 2016 – Attila Till
Un film très étrange autant dans son ton que son esthétique, qui traite de deux jeunes en chaise roulante qui se lient d’amitié avec un gangster. Les protagonistes font en même temps une bande-dessinée sur ce qu’ils vivent, ce qui influence l’esthétique du film. Excellente bande sonore, des performances crédibles et très chargées ; c’est un OVNI qui doit être découvert.

15. MY FRIEND DAHMER – 107 min – 2017 – Marc Meyers
Basé sur la bédé du même nom, le film présente l’adolescence du tueur en série Jeff Dahmer avant le début de ses meurtres, à travers le regard du bédéiste Derf Backderf qui l’a connu à cette époque. Le film s’étire un peu, et est parfois un peu mou, mais le ton qui ne déborde jamais vers le sensationnalisme est très juste pour le sujet. Les performances sont assez mémorables, et le contenu du film est accompagné d’un incroyable souci du détail de la part du réalisateur.

78:52
14. 78/52 – 91 min – 2017 – Alexandre O. Philippe
J’adore ce genre de documentaire, qui prend un élément très précis et qui le déconstruit. Ici, c’est la scène de douche du film PSYCHO. 78 plans en 52 secondes, d’où le titre. C’est hyper dense comme contenu pour une si petite scène, enchainant aisément les quelques dizaines de sujets interviewés. C’est satisfaisant et excitant pour tous les amoureux de Hitchcock ; c’est un projet de fans pour les fans de ce moment historique du septième art.

13. DAN DREAM – 96 min – 2017 – Jesper Rofelt
Une comédie danoise qui raconte la véritable histoire d’un groupe d’illuminés qui ont tenté de mettre sur le marché la toute première voiture électrique. C’est une belle histoire d’amitié, de persévérance et de passion, fascinante pour sa véracité, et très divertissante dans son adaptation.

12. KING COHEN: THE WILD WORLD OF FILMMAKER LARRY COHEN – 110 min – 2017 – Steve Mitchell
Un portrait de l’immense carrière du scénariste, réalisateur et producteur Larry Cohen qui a, depuis plusieurs décennies, tourné ses films avec un incroyable je-m’en-foutisme envers le système hollywoodien traditionnel. Une série de figures marquantes parlent de sa carrière légendaire, et on suit Larry Cohen dans son quotidien d’aujourd’hui. Bien rythmé et divertissant, un portrait très complet !

11. ABU – 80 min – 2017 – Arshad Khan
Un documentaire très personnel du réalisateur pakistanais à propos de sa relation avec son père, qui n’a jamais accepté son homosexualité. Le film est dense, mêlant beaucoup d’archives familiales sous différents formats, des extraits de pop culture pakistanaise, et des entrevues. C’est un magnifique travail d’écriture et de montage qui donne un attachement particulier à cette histoire, et qui est en somme un des films les plus touchants de l’édition.

10. BETTER WATCH OUT – 85 min – 2016 – Chris Peckover
On en prend plein la gueule dans cette comédie d’horreur qui reprend les codes du film de babysitter en détresse et qui les déconstruit. Le film est un peu comme un HOME ALONE (avec entre autres une scène hommage bien assumée) et l’amène à un niveau très radical, avec du bon gore et beaucoup d’humour noir. Les performances sont très crédibles et en harmonie avec le ton.

The Endless
9. THE ENDLESS – 111 min – 2017 – Justin Benson et Aaron Moorhead
Le fruit de Justin Benson et Aaron Moorhead, qui ont pratiquement tout fait sur le film (en plus de jouer les rôles principaux). C’est une œuvre très dense, avec une histoire qui tourne autour d’une secte, mêlée à des thématiques et des idées lovecraftiennes. Le film est habilement construit et mis en scène, et vu la quantité de détails scénaristiques, on a envie de l’attaquer une deuxième fois pour y découvrir tous les niveaux d’écriture. Une œuvre impressionnante et déroutante.

8. ORIGAMI – 96 min – 2017 – Patrick Demers
Un bijou de film québécois, qui allie un drame familial à des principes de voyage dans le temps. C’est un petit film qui semble inoffensif, mais qui amène un lot puissant d’émotions réelles, autant à travers les performances magnifiques que par sa mise en scène précise et inventive. Une œuvre discrète qui, je l’espère, va se retrouver sur le radar du public québécois qui cherche quelque chose d’original.

7. DRIB – 88 min – 2017 – Kristoffer Borgli
Même après avoir vu DRIB, j’ai du mal à résumer ce que j’ai vu. Mais j’ai beaucoup aimé. On est dans une reconstitution d’un tournage de pub avec un plan de marketing viral. Et l’homme qui a vécu cette histoire joue son propre rôle ! L’ambiguïté entre ce qui est réel et ce qui a été romancé dans le film est fascinante. Une excellente réflexion sur le monde de la pub, à travers une structure hors norme.

6. RON GOOSSENS, LOW-BUDGET STUNTMAN – 83 min – 2017 – Steffen Haars et Flip Van der Kuil
Un cascadeur ivrogne tente de monter les grades dans le cinéma des Pays-Bas, pour coucher avec une starlette et ainsi regagner le cœur de sa douce (???). Le film qui amalgame le mieux les scènes d’action et l’humour (souvent très trash) cette année. Une balance réussie qui est souvent difficile à trouver, qui regorge d’originalité scénaristique, à travers un bon lot de gags de mauvais goût (oui, y’a un blackface).

Game of Death
5. GAME OF DEATH – 73 min – 2017 – Sébastien Landry et Laurence Morais-Lagace
Le fameux JUMANJI gore québécois. Un film festif, même jouissif, qui amalgame le gore « festif » à des références à la pop culture des années 80. Le rythme est intense, accompagné de la trame sonore électro de Julien Mineau (Malajube). À noter aussi cette scène incroyable sur une chanson culte québécoise, qui est un de mes moments de cinéma préférés de l’année.

4. LE PROBLÈME D’INFILTRATION – 93 min – 2017 – Robert Morin
Robert Morin trouve toujours le moyen de se renouveler, cette fois-ci en tournant six plans-séquences qui font écho au cinéma expressionniste. La forme est incongrue, mais sert bien le film qui est ponctué d’un design sonore dense et de la performance intense de Christian Bégin. La scène d’ouverture est particulièrement splendide, un moment d’horreur qui serre au ventre.

3. BRIGSBY BEAR – 97 min – 2017 – Dave McCary
J’avais eu écho de ce feel good movie, mais jamais je n’aurais pensé être aussi conquis. Je ne veux pas aborder l’histoire, puisque les rebondissements se dévoilent dès le début. À travers les rires, on apprend à connaître ce personnage décalé interprété par Kyle Mooney, qui réussit à rendre sa folie attachante et humaine. En plus, pour mon appréciation personnelle : C’est un excellent film à propos de faire des films. Une grosse recommandation.

2. LOWLIFE – 96 min – 2017 – Ryan Prows
On découvre en plusieurs chapitres cette histoire de kidnapping, à travers la vision de quelques personnages très colorés. C’est donc à la façon d’un PULP FICTION que cette histoire se développe, où nos perspectives sont complètement retournées à chaque changement de point de vue. C’est souvent drôle, très violent parfois, et toujours captivant. Un film qui frappe fort à plusieurs niveaux.

Good Time
1. GOOD TIME – 101 min – 2017 – Benny Safdie et Josh Safdie
Le film de l’année pour plusieurs, un coup de gueule des frères Safdie, avec un Robert Pattinson méconnaissable qui déconstruit complètement son image. C’est un film assez dur, parce que l’intensité des scènes est souvent très réaliste, et cette véracité transparait dans les performances de tous, même les rôles très secondaires. Malgré ce côté brut, le film passe très vite, grâce à son rythme enlevant et ses revirements narratifs très fréquents.

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