Top 10 (+10)

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13 janvier 2017 par Rémi Fréchette

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2016 se termine enfin ; une année globalement détestée au niveau politique et très triste au niveau des décès dans la communauté artistique. Côté cinéma, j’ai aussi entendu des échos assez négatifs sur l’ensemble des sorties, pourtant de mon côté c’est un des points qui me semblent positifs à la fin de cette dure année. C’est pourquoi mon top a été un casse-tête complexe pour caser tous les merveilleux moments de cinéma que j’ai vécus, autant au niveau des « grands » films, que ceux qui ont été du pur bonbon pour mon cœur de cinéphile. C’est donc un top éclectique, que j’ai dû agrémenter d’une dizaine de longs métrages supplémentaires qui m’ont marqué.

Pour les non-initiés de Point de vues™, notez que cette liste est constituée de films qui ont eu leur première mondiale en 2016, peu importe la sortie au Québec. Vous ne trouverez donc pas quelques grandes œuvres que j’aie découvert cette année comme GREEN ROOM, THE WITCH, THE LOBSTER ou ANOMALISA (ces deux derniers, j’avais pu les attraper juste à temps pour mon top de l’année 2015). Sous cette règle, mon échantillon est de plus de 70 films… il me reste quand même plusieurs must see de 2016 à découvrir. N’hésitez pas à nous partager vos suggestions sur la page de Point de vues !

Avant de vous plonger dans mon top, je me permets un petit clin d’œil au Festival Fantasia, toujours aussi cher dans mon cœur, qui m’a permis de voir sept des vingt films ci-dessous.

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10. HUNT FOR THE WILDERPEOPLE – Taika Waititi
Imaginez si l’enfant du film UP de Pixar était un petit truand, et que le vieil homme était interprété par un Sam Neill qui n’en a rien à foutre. Placez-les dans une chasse à l’homme contre les services sociaux néo-zélandais en plein cœur de la forêt. Vous obtiendrez HUNT FOR THE WILDERPEOPLE, une comédie dynamique avec des personnages colorés. Définitivement un feel good movie, avec un humour parfois corrosif, le film est l’un des plus divertissants et originaux de l’année. Et heureusement, grâce à une grande performance de Sam Neill, le film sait tirer la corde émotive au bon moment.

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9. A MONSTER CALLS – J.A. Bayona
Un jeune homme souffre de son impuissance face au cancer de sa mère, et reçoit la visite d’un monstre géant qui lui raconte des histoires afin de l’aider à traverser cette dure épreuve. On entend souvent la citation « digne d’un des meilleurs Spielberg », et pour une fois cette mention est méritée. C’est le genre de film qui ne prend pas les jeunes pour des idiots, alors qu’il aborde des thématiques lourdes comme le deuil et le lâcher-prise, en utilisant des éléments fantastiques. Le film utilise aussi parfois de magnifiques animations afin d’illustrer les contes racontés par le monstre. C’est une histoire hyper touchante qui ne tombe jamais dans les clichés, puisant dans des émotions vraies.

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8. OPERATION AVALANCHE – Matt Johnson
Dans un deuxième long métrage encore plus fou que son excellent THE DIRTIES, Matt Johnson pousse son style à un autre niveau. Ce faux documentaire prend place dans les années 60, et raconte l’histoire d’un groupe de cinéastes se sont retrouvés à fausser l’alunissage. Un des gros points forts du film est cette chimie qu’ont Johnson (qui joue le rôle principal) et ses autres comédiens, qui rendent toute cette folie étonnamment crédible, ce qui mène à des répliques hilarantes. OPERATION AVALANCHE est une mine de bonnes idées de mise en scène, l’équipe ayant trouvée des moyens hyper créatifs pour arriver à tourner des scènes hautes en couleur.

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7. THE WAILING (GOKSUNG) – Na Hong-jin
Sorte d’hybride entre un film policier et un film de fantôme, avec un soupçon de zombies, THE WAILING est à l’image (et au sommet) de ce que nous offre le cinéma coréen des dernières années. Un scénario massif qui raconte l’enquête d’un policier à propos d’un homme qui aurait amené une étrange maladie dans leur village, affectant sa fille. Les genres se métamorphosent, et parfois se superposent, passant du thriller au film d’épouvante atmosphérique, accrochant le film gore au passage. Mais globalement le film baigne constamment dans une ambiance glauque et contient des moments d’horreur hautement angoissants, comme une scène maintenant culte de double exorcisme.

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6. ELLE – Paul Verhoeven
Paul Verhoeven effectue un retour après plusieurs années avec un film qui a allumé les passions tant positives que négatives. Oubliez les accusations à tort d’être un film misogyne, ELLE est une étude d’un personnage profondément troublé, rendu crédible avec la puissance d’Isabelle Huppert au sommet de son art. La réalisation est très sobre, adoptant le look d’un film français conventionnel, voire d’un téléfilm, mais c’est sous cette couverture inoffensive et générique que se cache un scénario tordu qui ne ressemble à rien d’autre. Fidèle à lui-même, Verhoeven crée un constant malaise en parsemant des moments comiques à travers les scènes choquantes et malsaines, nous faisant remettre en question notre propre regard sur certains tabous.

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5. ARRIVAL – Denis Villeneuve
Depuis son arrivée aux États-Unis, rien ne peut arrêter Denis Villeneuve. Il signe encore cette année un coup de maître avec ARRIVAL, de la science-fiction comme il s’en fait trop peu. À l’antipode du Michael Bay et de ses clones, le film évite de tomber dans les clichés hollywoodiens tape-à-l’œil, omettant même d’y inclure un antagoniste principal. La mise en scène est sobre et contemplative, ponctuée par la magnifique trame sonore planante de Johann Johannsson. On sent l’influence de Kubrick ou du CONTACT de Zemeckis, mais Villeneuve réussit à se démarquer avec sa signature personnelle. On peut dire que ça nous met en confiance pour son BLADE RUNNER 2049 qui s’en vient…

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4. LA LA LAND – Damien Chazelle
Que dire de plus d’un des films les plus magiques de l’année ? Un ensorcellement qui a fonctionné de façon viscérale avec moi, autant par la valse de sa caméra dans des scènes musicales à couper le souffle, que par cette trame sonore qui se chantonne à la sortie du cinéma. Multipliant les hommages aux grands classiques, le film trouve quand même sa propre voix, entre autres grâce à la chimie entre Emma Stone et Ryan Gosling, la passion contagieuse du jazz de Damien Chazelle et cette perfection dans l’exécution de chaque scène. À travers un paysage cinématographique de suites, remakes et adaptations, LA LA LAND est une bouffée d’air frais qui était nécessaire pour mon cœur de cinéphile.

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3. TONI ERDMANN – Maren Ade
Du haut de ses 163 minutes, TONI ERDMANN semble imposant vu son synopsis assez simple. Il s’agit d’un père qui cherche à restaurer la relation avec sa fille qui s’est effritée à travers les années. Mais chaque moment du film est important dans cette construction minutieuse de ces personnages singuliers. Au premier degré on peut y voir de la comédie, parce que oui c’est assez drôle par moment. Mais si on creuse, l’humour laisse place à deux personnages seuls et malheureux, parfois même pathétiques. Le film est assez simple dans sa mise en scène, mais c’est avant tout un excellent scénario avec un ton particulier qui a été parfaitement interprété par les comédiens principaux. Et plus spécifiquement, on y retrouve quelques-unes des scènes les plus surprenantes de l’année.

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2. AMERICAN HONEY – Andrea Arnold
Rares sont les road movies qui réussissent à ne pas tomber dans une construction de scènes anecdotiques. Mais AMERICAN HONEY relève le défi de construire à travers sa route sinueuse des personnages complexes et puissants. Le récit est celui de la jeune Star qui décide de tout laisser derrière elle pour rejoindre une troupe de vendeurs porte-à-porte qui sillonnent les États-Unis. Dans une réalisation fougueuse, on apprend à connaître cette bande de personnages criants de vérité, tous bien caractérisés avec chacun des petits moments qui en disent long. Et en plus de ce groupe de non-comédiens qui donne un réalisme comme aucun acteur n’aurait pu y arriver, il y a un Shia LaBeouf en pleine forme, qui réussit à se mêler aux autres et à briser l’étrange image qu’il véhicule depuis plusieurs années.

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1. MADEMOISELLE (AH GA SSI) – Park Chan-wook
Park Chan-wook signe encore un grand film cette année avec MADEMOISELLE, une histoire racontée en trois temps à propos d’une relation entre deux jeunes femmes dans la Corée du début du XXe siècle. La première partie se développe comme un thriller érotique efficace, un peu plus classique dans sa construction. Mais c’est dans les deux parties suivantes que le film change de point de vue, retourne le cœur de l’histoire, change notre regard de spectateur sur les personnages. En plus d’une mise en scène parfaite qui offre quelques-uns des plus beaux plans de l’année, le réalisateur sait tirer les bonnes émotions de ses personnages, manipulant habilement notre regard de spectateur face à eux. Soyez rassurés, malgré un début plus classique, bien que magnifique, le film dégénère ensuite dans une folie propre au cinéaste coréen.

***

Comme suggéré dans le titre de cette liste, voici dix autres films marquants de l’année. Notez qu’il ne s’agit pas d’un top de 11 à 20, où aurait pu figurer MANCHESTER BY THE SEA, MIDNIGHT SPECIAL ou encore EVERYBODY WANTS SOME!!, mais bien des films qui m’ont marqué pour différentes raisons dans la cuvée de 2016.

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Mention docu : O.J.: MADE IN AMERICA – Ezra Edelman
Surfant sur la vague populaire des documentaires basés sur des histoires criminelles, O.J.: MADE IN AMERICA réussit à transcender ce sous-genre. À travers son contenu dense de près de sept heures et demie, on découvre pourquoi O.J. Simpson était une icône aussi importante à une époque, le resituant dans un contexte de tensions raciales aux États-Unis. Le film ne s’attarde pas seulement à prouver si oui ou non O.J. était coupable du meurtre de sa femme, mais plutôt à démontrer comment une accumulation de plusieurs événements tragiques a pu le faire acquitter. C’est un travail massif divisé en cinq parties, un documentaire important qui fait réaliser que le temps passe, mais que les choses changent très peu…

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Mention animée : MA VIE DE COURGETTE – Claude Barras
Touchant, drôle, intelligent, MA VIE DE COURGETTE est un coming of age raconté en animation stop-motion. On suit le jeune Courgette, qui après avoir maladroitement tué sa mère se retrouve dans un orphelinat où il doit faire sa place auprès des autres jeunes. Les sujets lourds abordés sont adoucis par le design des personnages et l’innocence des dialogues, rendant le film très accessible. La technique d’animation est très intéressante, ne cherchant pas à avoir la perfection du stop-motion d’un gros studio, conservant plutôt une petite touche artisanale. Le plus surprenant est que certaines des performances les plus « vraies » de l’année proviennent de ces petites marionnettes qui véhiculent des propos importants et touchants.

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Mention Québec : ÉCARTÉE – Lawrence Côté-Collins
Un peu dommage de proposer un top 10 sans film québécois, voici donc mon coup de cœur. ÉCARTÉE est un faux documentaire qui nous place dans la caméra d’une jeune femme qui tente de dresser un portrait d’un couple dysfonctionnel habitant sur le bord de l’autoroute dans le nord du Québec. Un film hors-norme, qui ne cherche jamais à se coller à un genre, dressant plutôt un portrait complexe de ses personnages. La trame narrative n’est jamais très linéaire, mais les moments ambigus qui constituent ce casse-tête (3D) s’assemblent en douce et finissent par prendre leur sens. On sent l’influence de Robert Morin derrière le film, balançant entre la comédie et le malaise, mais le ton général et le souci du détail restent uniques au cinéma de Lawrence Côté-Collins.

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Mention world cinoche : UNDER THE SHADOW – Babak Anvari
Ma première expérience de film d’horreur iranien n’était pas décevante, mais au contraire très angoissante ! Tourné majoritairement en huis clos, on suit une mère et sa fille dans un Téhéran des années 80 en pleine guerre, alors qu’elles attendent le retour du père de son service militaire. C’est pendant cet isolement qu’un esprit malfaisant apparaît dans l’appartement, terrorisant les deux femmes. Un synopsis très intelligent, qui mêle les codes du film de fantôme assez classique avec un fond politique et social. C’est donc en utilisant l’horreur humaine qu’on alimente le côté fantastique pour créer de grands moments d’épouvantes plus viscérales et réalistes que le dernier film de fantôme à gros budget.

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Mention cool à l’os : PATERSON – Jim Jarmusch
Jim Jarmusch reste un des réalisateurs les plus hors-normes actuellement, n’ayant jamais soumis son cinéma aux standards populaires. PATERSON est la preuve de ce non-conformisme, relatant simplement le quotidien d’un chauffeur de bus dans une petite ville, qui s’improvise poète au fil des jours. Le film est dans un constant flottement, montrant les matins qui s’enchaînent et se ressemblent, les gens que le protagoniste croise, les mots de ses poèmes qui se découvrent durant ses journées de travail. Jarmusch présente de petits moments magiques avec des personnages de passage qui ne reviendront pas, comme si ceux-ci étaient des étrangers qu’on croisait dans une balade en bus. Aussi, Adam Driver dans le rôle principal est captivant, une performance toute en douceur, à contre-courant de certaines de ses récentes performances.

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Mention horrifique : DON’T BREATHE – Fede Alvarez
Après son remake du classique EVIL DEAD qui avait surpassé les attentes des plus méfiants (moi y compris), Fede Alvarez est de retour avec ce thriller en huis clos. Un synopsis simple, soit des cambrioleurs qui se trouvent prisonniers de la maison d’un vétéran du Vietnam aveugle qui sait très bien pallier son handicap. Alvarez justifie parfaitement la raison du huis clos, donnant une crédibilité à ses personnages en leur donnant des réactions très humaines et compréhensibles. Comme dans son film précédent il frappe au bon endroit avec une violence viscérale dans des moments de terreur. C’est un thriller, mais l’ambiance et les tensions qui se construisent à travers son habile mise en scène le rapprochent plutôt du film d’horreur. De loin le film de 2016 qui m’a le plus angoissé.

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Mention WTF : SWISS ARMY MAN – Dan Kwan et Daniel Scheinert
Je pensais avoir tout vu dans la bande-annonce, mais SWISS ARMY MAN réserve beaucoup de surprises qui en font un feel good movie très singulier. Paul Dano qui fait du jet ski sur le cadavre de Daniel Radcliff, propulsé par ses flatulences ? Why not. On se demande tous comment un tel projet a pu être produit, alliant autant de blagues de pets à un mood indy-artsy très Sundance, appuyé par une musique upbeat à la Arcade Fire. C’est insensé comme idée, mais la folie portée par la chimie entre les deux comédiens principaux rend le tout très attachant. Le film a plusieurs problèmes, ne sachant par exemple jamais où il devrait se terminer, mais il contient assez de bons moments surprenants que vous ne verrez jamais ailleurs.

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Mention sérieux-WTF-x-1000 : THE GREASY STRANGLER – Jim Hosking
Après avoir découvert SWISS ARMY MAN, je ne pouvais croire que 2016 allait m’offrir pire (ou mieux ?) dans le domaine de l’étrange. C’est ainsi que j’ai découvert THE GREASY STRANGLER, l’enfant difforme de John Waters et NAPOLEON DYNAMITE, le summum du midnight movie. C’est un film qui laisse un drôle de goût en bouche, mais qui ne peut jamais s’oublier, peu importe le degré d’appréciation. Il y a des meurtres à la graisse, des pénis étranges, un thème musical au synthé qui joue en boucle, des lignes complètement quotable, une blague de chips qui dure au moins 5 minutes… Ce n’est définitivement pas un film pour tout le monde, mais c’est le genre d’ovni qu’on veut partager pour s’assurer qu’on est pas seul à avoir halluciné ce truc.

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Mention film de film : HAIL, CAESAR! – Ethan et Joel Coen
Deux choses que j’adore : les frères Coen et les films qui parlent de cinéma. L’histoire générale, soit une enquête au sein d’un studio hollywoodien menée par l’une des têtes dirigeantes de celui-ci, est brossée très en surface. Mais on s’en fout ; le film se présente en fait comme une courtepointe de vignettes qui donne un regard sur les plateaux de tournages d’autrefois, nous présentant une série de personnages interprétés par quelques-uns des plus grands comédiens d’aujourd’hui. HAIL CAESAR! n’est pas du tout un film parfait, mais il offre certains des plus grands moments de cinéma de l’année, et des performances hors normes par des comédiens adorés. C’est une lettre d’amour au cinéma dans toutes ses coutures, à ses artisans, ses comédiens, sa folie, et sa passion.

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Mention plastique : THE NEON DEMON – Nicolas Winding Refn
Bien qu’il ne rayonne pas grâce à un scénario subtil et intelligent, le nouveau Nicolas Winding Refn mérite une mention pour son esthétique et son atmosphère. Le film est très étrange, se trouvant à mi-chemin entre le film d’horreur et le vidéo d’art, mêlant le malaise à des scènes artistiquement uniques et impeccables. Le film se vit comme une bulle dans un autre monde, multipliant les scènes décalées qui brisent le rythme, les personnages secondaires caricaturaux (comme un Keanu Reeves qui interprète un gérant de motel agressif sans aucune raison). Ma plus grande fascination avec le film est l’ambiguïté entre le premier et deuxième degré. Est-ce que certaines scènes se voulaient aussi drôle ou tombe-t-on dans une vision d’auteur devenue nanardesque ? Quoi qu’il en soit, la curiosité vaut le coup d’œil.

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