Représenter l’espoir

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22 novembre 2016 par Olivier Bouchard

swagger

SWAGGER n’a rien à faire de présenter la réalité comme on la voit. Dans son documentaire, le réalisateur Olivier Babinet affiche fièrement sa mise en scène et use fréquemment d’effets de style. Le film s’attardant sur les jeunes de la banlieue française, majoritairement des immigrants peu fortunés, le choix d’une mise en scène aussi appuyée apparaît curieux. De ce type de sujets, les spectateurs sont plus habitués à un cinéma de l’hyperréalisme, aux accents sociaux prononcés. SWAGGER n’évacue absolument pas la réalité sociale, loin de là, mais son réel sujet n’est pas l’univers dans lequel les jeunes filmés vivent, mais plutôt leur vie intérieure.

La forme évite tout de même de devenir esthétisante et d’écraser le discours des intervenants. Ceux-ci prennent paroles et, si le montage crée dans leur discours des réponses et continuations inattendues, Babinet se fait très discret face à eux. D’une certaine manière, le discours des intervenants a primauté sur tout le reste. S’ils passent par les poncifs — d’où ils viennent, comment va la vie dans leur milieu, etc. — le film prend une tout autre allure lorsque les jeunes parlent de leurs appréhensions face au quotidien, de leurs rêves et de leurs pensées. C’est sur ces sujets que Babinet reprend le pas avec sa mise en scène pour compléter le discours des jeunes. Du coup, ce sont eux qui dictent le ton, qui informent le style.

Dans des passages grisants, Babinet donne aux jeunes la possibilité de jouer leurs rêves. Le film passe alors carrément au langage du cinéma de fiction, les intervenants qui s’exprimaient ouvertement auparavant devenant acteurs, l’espace d’un moment. Ils en viennent même à en contrôler le film, à en dicter ses scènes et ses effets. Le réalisateur se place alors en intermédiaire. Le film, lui, leur appartient.

Représenter l’irreprésentable, l’abstrait. Les aspirations, si elles ne sont certes pas étrangères au documentaire, celui-ci, de par sa forme, tend à éviter de les représenter autrement que par la parole. SWAGGER, impétueusement, utilise le discours de ses intervenants comme un levier à cette quête de représentation. Loin du misérabilisme qui plombe trop souvent le cinéma social, Babinet voit dans les aspirations de ses sujets autant de réalités, pas toujours compatibles avec l’univers dans lequel ils évoluent. La pauvreté de celui-ci et le rejet systémique dont les jeunes sont victimes viennent à être évoqués, implicitement, dans le rêve des jeunes. L’objectif pour eux, indirectement, vient généralement avec l’affranchissement du système qui les rejette. SWAGGER ne se cache jamais, par naïveté, de l’environnement difficile dans lequel évoluent les jeunes. En fait, tous ses excès positifs se placent directement en réponse à celui-ci.

Babinet réussit son pari difficile et d’autant plus exceptionnel. Il ne s’attarde pas à montrer les inégalités dont une jeunesse défavorisée est victime, mais fait plutôt le pont pour permettre à celle-ci de s’exprimer et, même, de prendre le contrôle sur l’œuvre. Le résultat, surprenant, est foncièrement positif, loin du travail des journalistes qui s’attardent à de tels sujets, parce que la réalité des jeunes se trouve dans leur environnement, certainement, mais surtout dans l’espoir. Ce sont eux qui informent le style.

8

Swagger – 2016 – 84 min – France – Olivier Babinet

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