Images-mouvement

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18 novembre 2016 par Olivier Bouchard

mr-gaga

Dans la tension, très spécifique dans le documentaire, du cinéaste par rapport à son sujet, MR. GAGA marche sur une corde raide. Le réalisateur Tomer Heymann ouvre son film sur sa plus grande faiblesse : son besoin de justifier l’existence de ses images. Sur écran noir sont affichées des critiques dithyrambiques des œuvres de l’homme observé qui, pourtant, ne demande pas une telle justification. Celui-ci, Ohad Naharin, chorégraphe israélien proéminent et acclamé, mérite certainement son film. Il ne mérite pas, toutefois, un tel doute. Heymann, du coup, manque de confiance aussi envers son spectateur, l’assumant, avec raison, comme néophyte dans la matière, mais donc, et c’est là qu’il se trompe, comme peut-être désintéressé.

Toutefois, Heymann, dans son doute, touche à un autre point majeur. Esthétiquement, la présence même de son sujet, au cinéma, n’est qu’un substitut. Si la danse est l’art du mouvement, sa représentation au cinéma souffre souvent de suffisance. L’acte de mise en scène d’œuvres qui ont déjà passées par un similaire cheminement est autant un effort d’interprétation qu’un de monstration de celles-ci. Travaillant avec des matières premières difficiles, Heymann trouve tout de même son filon et réussit à présenter la danse sans en oublier le cinéma. Il fait ainsi non par sa manière de filmer — se heurtant de toute façon à des images d’archives impossibles à mettre en scène —, mais par son montage qui imbrique magnifiquement les mouvements de danse au mouvement de l’histoire, à celui de la vie de son sujet.

Ainsi, MR. GAGA, qui opère majoritairement d’entrevues, ne filme que très rarement les têtes parlantes. Les discours sont transposés aux mises en scène de Naharin dans une continuité parfois historique, mais plus souvent interprétative. Si la spécificité du montage exercé par le cinéaste réduit la portée des danses du chorégraphe, l’exercice permet à celles-ci de trouver une nouvelle vie au cinéma. Une danse ou même un seul mouvement est maintenant apposé à une idée précise. Dans cet effort interprétatif, les morceaux de Naharin, maintenant changés, altérés dans leur rythme, parfois même montrés lors des étapes de leur développement, ont leur propre sens filmique, leur propre définition à l’intérieur du documentaire.

Pourtant celui-ci, dans son récit, ne cherche pas à s’éloigner des poncifs. La vie du chorégraphe est suivie chronologiquement et si le film lui laisse exprimer les thèmes qui lui sont chers — il parle notamment de l’importance de la féminité, de l’identité israélienne et du deuil — ceux-ci n’occupent pas une place prédominante dans l’esthétisme d’Heymann. MR. GAGA reste un hommage, fait pour rendre compte de la grandeur d’une personne. Ainsi, si les œuvres de Naharin trouvent un souffle nouveau dans l’image cinématographique, le film limite son interprétation à celles-ci au rythme, aux mouvements, mais pas aux thématiques. Dans les meilleurs moments du film, Heymann laisse son sujet prendre un certain contrôle sur le récit. Ce dernier affirmera que le mensonge peut être la meilleure façon d’exprimer l’intériorité, laissant entrevoir dans l’imprécision de son discours une profondeur émotionnelle. D’un autre côté, le cinéaste se complait parfois dans certaines anecdotes, leur cherchant un sens où elles n’en ont peut-être pas.

La tension qui habite le film n’est jamais complètement prise en contrôle. Dans un passage aussi ridicule qu’inutile, l’actrice Natalie Portman nous explique l’importance dans sa vie de sa rencontre avec Ohad Naharin. Elle est moindre pour le spectateur. Encore, Heymann cherche à justifier son sujet et s’approche dangereusement de l’enlisement se faisant. Ce manque de confiance est regrettable, car, lorsque le cinéaste observe son sujet et se permet même de l’interpréter, il représente non seulement la grande importance de celui-ci, mais filme aussi des moments de cinéma gracieux et magnifiques. MR. GAGA n’a pas la perfection des œuvres du chorégraphe, mais le mouvement que le film opère impressionne tout de même.

7

Mr. Gaga – 2015 – 100 min – Israël, Suède, Allemagne & Pays-Bas – Tomer Heymann

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