Les secondes manquantes

2

24 octobre 2016 par Delphine Larose

1-54

1:54, c’est le temps que s’est fixé Tim pour courir le 800 mètres. Depuis le suicide de son meilleur ami Francis, l’adolescent n’a qu’un seul but ; battre son rival et intimidateur pour ainsi lui prendre sa place aux finales nationales. Depuis plusieurs années, le jeune avait délaissé la course, mais avec les événements qui lui ont enlevé son meilleur ami, le besoin de vengeance le propulse à se surpasser et se dépasser.

Pour son premier long métrage, Yan England s’attaque à plusieurs réalités qui touchent les adolescents : l’intimidation, l’exploration de la sexualité, la place qu’a l’école et les amis ainsi que la recherche identitaire. Avec un casting intéressant (Antoine-Olivier Pilon, Sophie Nélisse et Lou-Pascal Tremblay dans les rôles principaux), le réalisateur nous emmène directement dans les coins les plus obscurs de la dure réalité que certains vivent lors de leur passage à l’école secondaire.

Malgré le grand potentiel de 1:54, le film comporte plusieurs bémols. Un peu comme si Yan England s’était lancé dans un projet trop laborieux, trop complexe. À vouloir dénoncer autant d’injustices en moins de deux heures, on se perd rapidement dans les clichés et les exagérations. Les sujets abordés se doivent d’être discutés dans notre société, mais il n’était clairement pas nécessaire d’en mettre autant. À un certain moment, il devient facile de décrocher de l’histoire, à défaut de trouver que les situations sont quasi impensables. Certes, l’intimidation est un fléau, mais elle n’amène pas automatiquement un jeune au suicide ; il en est de même pour l’acceptation de sa sexualité. Il est nécessaire en tant que société d’aborder ces sujets, mais je crois que les amener avec une certaine nuance aurait été préférable dans le cas présent.

Autant Antoine-Olivier Pilon était impeccable dans MOMMY de Xavier Dolan, autant il nous livre ici une performance moyenne, se perdant dans le personnage tantôt complexe, tantôt exagéré de Tim. C’est plutôt certains personnages secondaires qui sont plus intéressants, plus juste. David Boutin dans le rôle du père est excellent et démontre le grand tiraillement et l’impuissance que peut vivre un parent qui voit son enfant vivre de l’intimidation. De plus, la performance de Patrice Godin est extrêmement juste dans son rôle de professeur et d’entraineur. Sa présence nous rappelle l’importance d’avoir des modèles influents adultes chez les jeunes, et que malgré tout, il est possible d’avoir une relation de confiance avec une figure d’autorité. Finalement, il est important de noter la performance de Sophie Nélisse, qui crève l’écran tout en étant le seul personnage principal féminin de 1:54.

D’ici son prochain film, Yan England a encore du chemin à faire. Il serait peut-être profitable pour ce dernier de travailler en collaboration avec quelqu’un d’extérieur pour le scénario, pour ainsi bénéficier de son expertise ou tout simplement avoir une vision différente de celle du réalisateur. C’est à croire que comme son long métrage, England a eu des idées de grandeur et pensait pouvoir tout faire ; comme quoi il n’est jamais trop tard pour apprendre de ses erreurs.

5

1:54 – 106 min – 2016 – Canada (Québec) – Yan England

2 réflexions sur “Les secondes manquantes

  1. C’est le temps que s’est fixé tim pour courrir le 800m **

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

sondage

%d blogueurs aiment cette page :