Avé Noam Chomsky !

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14 septembre 2016 par Sophie Grech

Certains films n’ont aucun impact ; ils nous divertissent (ou pas) le temps de la séance puis s’évanouissent de nos esprits. D’autres nous emplissent d’opinions, de rage ou d’euphorie et donnent lieu à des débats enflammés autour d’une bonne camomille. Et puis il y a ce genre d’expériences… Films qui ne nous quittent plus, qui ont su, le temps d’une projection, créer un lien unique entre eux et nous. Cela faisait longtemps que ce ne m’était pas arrivé. L’année 2016 est pourtant très satisfaisante et j’ai eu quelques réels coups de cœur (notamment ELLE de Paul Verhoeven et LA TORTUE ROUGE de Michael Dudok de Wit), mais CAPTAIN FANTASTIC a ce je-ne-sais-quoi qui l’a propulsé non pas seulement dans mon palmarès des meilleurs films de l’année, mais bien dans (possiblement) mes préférés. Le dernier film qui avait engendré ce genre d’obsession, c’est HER de Spike Jonze et dans le fond les deux films ont eu les mêmes conséquences : une intense crise de réflexion.

CAPTAIN FANTASTIC c’est l’histoire d’une famille atypique. Viggo Mortensen y incarne Ben, un père de famille qui a coupé ses six enfants du monde « normal » pour faire lui-même leur éducation. L’enseignement se compose d’un entraînement physique intensif, de chasse au couteau et de cours de philosophie très orientés (sur base d’anticapitalisme) ainsi que de la physique quantique (niveau Harvard). Cette gentille famille hippie/communiste/idéaliste/irréaliste se voit tragiquement confrontée au suicide de leur mère. Ben doit prendre une décision, il sait bien qu’il n’est pas le bienvenu dans sa belle famille, qui le pense responsable des problèmes psychiatriques de leur fille, mais c’est un voyage obligatoire, un adieu nécessaire d’un mari à sa femme et des enfants à leur mère.

L’affiche pop n’est pas sans rappeler le fabuleux LITTLE MISS SUNSHINE de Jonathan Dayton et de Valerie Faris, et même si les deux films sont très différents nous y retrouvons pour notre plus grand bonheur des road trip de familles névrosées.

CAPTAIN FANTASTIC est moins un dynamique voyage sur fond de politique radicalement à gauche qu’un merveilleux conte initiatique sur l’éducation. Il questionne le spectateur et l’incite à réfléchir sur des questions telles que : « Une personne avec de belles intentions peut-elle créer une tyrannie ? », « L’amour parental peut-il être lourd de conséquences sur les enfants ? » ou encore « L’utopie peut-elle devenir une dictature ? ». En effet, ces six enfants de cinq à dix-neuf ans environ sont des petits génies, lisent Nabokov, peuvent survivre dans la nature sans aucun système moderne et comprennent les théories des plus grands philosophes, mais sont complètement inadaptés socialement. Ce qui fait qu’ils ne savent pas interagir avec des personnes de leurs âges (ce qui donne des séquences hilarantes), qu’ils n’ont aucune censure verbale, mais surtout, ils ne fêtent pas Noël, il célèbre l’anniversaire de Noam Chomsky !

Une mise en scène dynamique, des couleurs vives, des costumes funky et une musique de Jonsi (le chanteur de Sigur Rós) fait de ce film l’apogée du long métrage hipster et pourtant…

Le film évite, selon moi, les travers d’une œuvre trop « en vogue » et joue la carte d’être accessible à tous de manière intelligente. Ce n’est pas une mauvaise chose de faire un film un peu hermétique avec un propos alambiqué, mais il est, à mon sens, d’autant plus difficile de faire un film mature qui peut plaire à tous, du cinéphile averti au spectateur occasionnel qui cherche du divertissement pur. CAPTAIN FANTASTIC réussit ce périlleux défi ! Cela tient notamment à la magnifique palette de personnages, tous subtilement caractérisés et jamais manichéens. Ce mélange de personnalités donne lieu à des scènes d’humour léger, à des confrontations adolescentes, à des réflexions sur le deuil ou sur la manière de partager ses principes avec des enfants.

In fine, ce premier long métrage brille par son incitation à la réflexion, par les subtilités de jeu de Viggo Mortensen et de ses jeunes partenaires, et par la beauté du voyage qu’il nous offre. Le film n’est jamais ennuyeux, jamais lourd, jamais insistant sur une idéologie : il est joyeux, généreux, original, dynamique, et moi, il a fait mon année cinéma !

9

Captain Fantastic – 118 min – 2016 – États-Unis – Matt Ross

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