20e Fantasia

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10 septembre 2016 par Rémi Fréchette

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Déjà quelques semaines se sont écoulées depuis le 20e anniversaire du Festival Fantasia et j’ai enfin pu écrire quelques mots sur cette magnifique expérience que les programmateurs nous ont fait vivre à travers les 31 projections auxquelles j’ai assisté. Encore une fois, j’ai pu voir des invités de marque, comme Christopher Lloyd ou Takeshi Miike, et j’ai vécu (pas seulement vu) des projections fortes en rires et en terreur avec un public qui réagit comme nulle part ailleurs. Sans plus attendre, voici mes impressions (avec, cette fois-ci, un peu de recul) sur tout ce que j’ai pu voir, dans l’ordre des projections. Suite à ces descriptions, mon Top du meilleur film (YAY !), au pire (DUH !).

FIVE – 102 min – 2016 – Igor Gotesman
Pour débuter le festival, pourquoi ne pas commencer avec une buddy comédie française, au lieu d’un film fantastique ou asiatique ? FIVE, c’est l’histoire de cinq amis qui doivent s’improviser dealers de drogue (et affronter toutes les conséquences qui en découlent) pour arriver à payer l’appartement de leurs rêves. Sans être très original au niveau narratif, la force du film réside dans la chimie entre les cinq comédiens qui sont (selon les dires) très copains dans la vraie-vie-véritable. Ceci transparaît dans la fluidité du rythme des dialogues et dans l’excellent timing des répliques comiques. L’humour pousse justement la note assez loin pour faire réagir par son côté subversif. Pas un film qui va changer des vies, mais il vous fera bien rigoler.

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FOR THE LOVE OF SPOCK – 111 min – 2016 – Adam Nimoy
Leonard Nimoy (M. Spock) nous a quitté depuis déjà un an et Fantasia accueillait cette année son fils Adam pour nous présenter son documentaire hommage à son père. Le projet a débuté alors que Leonard était en vie, avec (ce qu’on a appris avec le Q & A) une approche beaucoup plus centrée sur le personnage de Spock. Mais après sa mort, le documentaire a pris une direction plus large sur la vie de l’acteur, passant par ses multiples rôles ainsi que ses hauts et ses bas dans sa vie personnelle. Bien que très touchant, le documentaire part malheureusement dans beaucoup de directions anecdotiques, perdant le focus de sa ligne directrice. On passe du très personnel au format biographique télévisuel plutôt classique, s’étirant ainsi un peu trop longtemps. À attraper un soir de semaine quand il sera disponible sur Netflix.

SLASH – 100 min – 2016 – Clay Liford
Un jeune garçon se lie d’amitié avec une fille plus rebelle de son école secondaire, alors que tous deux écrivent du slash fiction, soit des histoires érotiques mettant en vedette des personnages de la pop culture. Ils planifient d’assister ensemble à la convention de slash fiction se déroulant pendant le Comic-Con. Un très petit film indépendant, rempli de bonnes intentions, qui coule à pic avec une réalisation trop statique, notamment lors de plusieurs scènes interminables de clavardage sur des écrans d’ordinateur. Quelques moments nous plongent par exemple dans les écrits de science-fiction du personnage, donnant une touche d’originalité, mais ça arrive trop peu souvent. Les deux protagonistes sont pourtant bien joués, et la recherche sexuelle du jeune homme est très intéressante et rarement exploitée de cette façon, mais c’est le rythme du film qui rend le tout très fade.

THE MASTER CLEANSE – 81 min – 2016 – Bobby Miller
Un homme perdu dans sa vie se retrouve au milieu des bois pour suivre une cure de remise au bonheur. Cependant, tout le mauvais en lui ressort sous la forme d’une petite bestiole étrange. THE MASTER CLEANSE est très particulier, et quelques semaines après la projection je suis tout aussi confus qu’à ma sortie de la salle. Le film est loin d’être mauvais, mais le rythme est un peu surréel, balançant entre la comédie de monstre 80s (les créatures étant des animatroniques) et quasi ERASERHEAD dans ses concepts. Il faut croire que le public a eu une réception semblable à ce drôle de flottement, alors que les questions durant le Q & A étaient plus à propos de la créature que du contenu étrange du film. En gros… je sais pas ?

THE TOXIC AVENGER (version doublée française) – 82 min – 1984 – Michael Herz & Lloyd Kaufman
Lloyd Kaufman, président de Troma, n’avait pas le choix de se pointer le nez à Fantasia pour célébrer le vingtième anniversaire du festival ! Et pour l’occasion, les programmateurs ont choisi le grand classique THE TOXIC AVENGER, le superhéros du New Jersey, dans son doublage français. Mais attention : alors que la copie 35 mm francophone avait été à l’époque censurée de ses scènes les plus gores, la version présentée au festival était une copie unique où l’image du Blu-ray a été synchronisée à la trame sonore francophone tirée directement de la VHS (qui contenait ces scènes trash) pour pouvoir présenter le film dans son intégralité avec la bande-son doublée. Bref, tout un travail pour nous donner une projection exclusive et mémorable.

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HUNT FOR THE WILDERPEOPLE – 101 min – 2016 – Taika Waititi
Un coup de cœur instantané. En Nouvelle-Zélande, un jeune garçon obèse qui se prend pour un voyou est envoyé en famille d’accueil au fond de la campagne. Mais lorsque le service de protection des enfants décide de le changer de maison, il préfère prendre la fuite dans la forêt, accompagné par le vieil homme qui l’hébergeait, interprété par l’incroyable Sam Neil. Le film est à la fois touchant, et très (très) drôle. C’est comme une version live du film UP de Pixar, avec le jeune qui suit le vieux monsieur grognon dans la nature, mais avec de l’humour plus trash. La réalisation très rythmée peut rappeler une esthétique à la Edgar Wright, et le montage qui l’accompagne aide à puncher aux bons endroits.

BEWARE THE SLENDERMAN – 114 min – 2016 – Irene Taylor Brodsky
Le Slenderman, c’est le croquemitaine de la nouvelle génération. Alimentés par des histoires et des (fausses) photos sur le web, les jeunes prennent part à ce mythe parfois un peu trop sérieusement. C’est ce qui est arrivé en 2014 lorsque deux jeunes filles de 12 ans ont poignardé leur amie pour échapper au Slenderman. Ce documentaire s’attarde à la saga judiciaire autour de l’histoire, et accroche au passage les légendes qui se rattachent au principe du boogeyman à travers les générations. Le film produit par HBO est construit classiquement tel un documentaire criminel, mais tente en même temps de raconter la légende du Slenderman et le côté anthropologique des histoires du même genre. Bref, le film est divisé entre deux sujets, se perdant souvent dans ses propos et étirant la durée inutilement. C’est produit avec la qualité qu’on s’attend de HBO, mais c’est long…

IN THE VALLEY OF VIOLENCE – 104 min – 2016 – Ti West
Ti West est devenu une icône dans le cinéma indépendant, étant l’un des représentants du côté horreur du fameux mouvement mumblecore. Mais on se rend compte en voyant ses films que malgré sa signature d’auteur (qui écrit, réalise et monte), son aisance se limite souvent à seulement appliquer l’esthétique d’un genre plutôt que le faire briller dans une nouvelle lumière. C’est un peu mon sentiment après ce film, pastiche de western pas meilleur qu’un autre western. Le casting d’Ethan Hawk et John Travolta est intéressant, mais l’intérêt du film se limite là. C’est un copier-coller des conventions du western sans twist particulier, des duels de pistolets jusqu’au générique à la Sergio Leone. Si vous aimez le genre, vous allez bien aimer. Sinon c’est sans grand intérêt.

AS THE GODS WILL / KAMISAMA NO IU TÔRI – 117 min – 2014 – Takashi Miike
La légende Takeshi Miike a eu un week-end libre entre les 12 films qu’il tourne en parallèle pour venir faire un coucou au public de Fantasia ! AS THE GODS WILL est tout ce qu’on peut attendre d’un épique WTF Japan !?, le film racontant de quelle façon un groupe d’étudiants se retrouve à faire une série d’épreuves mortelles pour plaire aux dieux qui prennent la forme de symboles japonais classiques (par exemple le chat porte-bonheur et sa patte qui bascule, mais en version géante qui bouffe les humains). Dans la lignée d’un BATTLE ROYALE, avec la folie qu’on a vu récemment chez Sion Sono, le film n’est pas entièrement cohérent ou même compréhensible en tout point, mais il remplit son mandat. C’est TRÈS divertissant, et oh combien surprenant !

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THE WAILING / GOKSUNG – 156 min – 2016 – Hong-jin Na
Le grand film coréen de l’année, sorti tout droit de la sélection (hors compétition) cannoise où il a fait beaucoup jaser. Malgré une durée de 2 h 30, le film ne laisse rien de côté pour raconter l’histoire d’un policier à la recherche du responsable d’une épidémie surnaturelle qui se propage dans son village. Débutant comme une enquête policière lugubre, on passe ensuite à travers des meurtres sanglants, des exorcismes, des possessions, des zombies… et tout reste important dans son ensemble. On traverse quelques-unes des meilleures scènes d’horreur de l’année, plongé dans une ambiance que seuls les Coréens semblent pouvoir créer, mais le tout ponctué de rires. C’est dense, mais tout a sa place dans l’histoire, faisant du film l’un des meilleurs de l’année toutes catégories confondues.

THE LURE – CORKI DANCINGU – 92 min – 2015 – Agnieszka Smoczynska
Il y a ces films-surprises dans les festivals qui vous touchent droit au cœur par leur originalité. THE LURE est une comédie musicale d’horreur polonaise avec des sirènes. Qu’on aime ou pas, c’est définitivement le film le plus en marge du festival. Moi, j’ai adoré à en frissonner. Le film joue sur le conte traditionnel des sirènes, alors que deux de celles-ci se font recruter dans un club de nuit pour envoûter la clientèle. Bien que le film n’est pas parfait en tout point, souffrant notamment de problèmes scénaristiques au niveau de la temporalité, on pardonne tout vu son identité unique. La mise en scène est fluide, baignant les scènes dans une esthétique plastique colorée. On se laisse séduire par les magnifiques numéros musicaux et les scènes d’horreur plus glauques, au même titre qu’on se fait hameçonner par le charme des deux comédiennes qui interprètent les sirènes. MUST SEE.

THE GREASY STRANGLER – 93 min – 2016 – Jim Hosking
Qu’est-ce qui se passerait si un film de Troma jouait avec l’humour absurde et truffé de malaise à la NAPOLEON DYNAMITE ? On obtiendrait THE GREASY STRANGLER, un film sur un gros loser qui se rend compte que son vieux père est un tueur en série qui assassine les gens après s’être couvert de graisse. Toute la comédie est basée sur le malaise et le rythme off beat ; des blagues trop longues qui perdent leur souffle, mais qui redeviennent drôles après 3 minutes de répétition ou le thème musical dérangé qui joue en boucle. C’est un humour très particulier et hyper trash (par exemple la scène où le personnage principal, obèse, masturbe avidement son micropénis), mais dans une salle comble le malaise se transforme en rire contagieux.

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PSYCHONAUTS, THE FORGOTTEN CHILDREN / PSICONAUTAS, LOS NINOS OLVIDADOS – 76 min – 2015 – Pedro Rivero & Alberto Vazquez
Les deux réalisateurs à l’origine du court métrage d’animation BIRDBOY reviennent avec une version longue de leur histoire. C’est sur une île qui a été dévastée par un incident nucléaire qu’une petite souris nommée Dinky tente de s’échapper. Mais Birdboy, un garçon-oiseau qui vit dans la nature et fuit les coups de feu de la police, est celui qui la retient. Le film est construit comme un conte, à la fois poétique et très sombre. Malgré son imagerie très « familiale », les personnages étant d’adorables animaux, le message derrière le film est sombre et pessimiste et il y a plusieurs scènes qui présentent des prises de drogue pour stimuler l’évasion psychologique des personnages, ou des moments très durs et graphiques avec des créatures sanguinaires. Le film reste une très belle fable, avec une facture visuelle unique.

LES LAVIGUEURS DÉMÉNAGENT / FLODDER (version doublée québécoise) – 111 min – 1986 – Dick Maas
J’ai vu ce film et ses suites à maintes reprises quand j’étais jeune, pensant à l’époque regarder une série de films québécois. Maintenant cinéphile (presque) mature, je redécouvre cette comédie grivoise dans sa vraie nature, soit un film hollandais traduit en joual au Québec, avec un titre qui rend « hommage » à la famille Lavigueur. Une belle redécouverte projetée en 35 mm, avec cette bande-son québécoise qui, tout comme pour SLAP SHOT, rend les blagues pipi-caca encore plus drôles. Un de mes highlights de la projection, c’est le spectateur juste en arrière de moi qui connaissait les répliques par cœur, sans se gêner de les citer tout haut.

TRASH FIRE – 91 min – 2016 – Richard Bates Jr.
Déjà quelques semaines sont passées depuis le festival, ce qui me donne une perspective sur certains films qui déjà s’effacent de ma mémoire. Comme celui-ci qui déjà après la projection m’avait laissé froid. Ça raconte l’histoire d’un connard qui essaie de sauver sa relation en faisant un enfant à sa copine, mais celle-ci lui lance un ultimatum : renouer avec sa grand-mère et sa sœur qui a été gravement blessée dans un incendie. De base, le personnage principal n’a rien de sympathique, il est un vrai salaud avec sa copine et tout son entourage. Et comme le film ne lui donne jamais de réelle rédemption, et ne propose jamais d’autres personnages très sympathiques à suivre, on reste avec un gros con au centre de l’histoire. Le film nous garde donc dans un malaise non intentionnel jusqu’au générique de fin.

RED CHRISTMAS – 82 min – 2016 – Craig Anderson
Une projection de minuit à Fantasia, n’est-ce pas un gage d’ambiance délirante ? En plus c’est un film d’horreur de Noël, promettant du gore ? Pourquoi pas avec Dee Wallace (aka la maman d’Elliot dans E.T.) sur place pour présenter le film, qui en plus d’être comédienne est aussi productrice sur le projet ? Malheureusement, RED CHRISTMAS est le pire film dans cette liste. Un slasher amateur, voir incompétent, sans aucune once de créativité. On sait pardonner une direction photo bâclée ou des incongruités scénaristiques à une série B d’horreur, mais quand celui-ci ne livre même pas un brin d’originalité ou un too much d’hémoglobine, l’intérêt est nul. Seul bon point du film : l’immense talent de Dee Wallace qui est malheureusement complètement gâché car il clash avec la qualité médiocre du film et le reste du casting.

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À LA RECHERCHE DE L’ULTRA-SEX – 60 min – 2015 – Nicolas Charlet & Bruno Lavaine
Le doublage est un art ; quelques micros changements peuvent rapidement altérer le sens initial d’un film. Mais disons que les paroles sont entièrement changées. Et disons que le matériel initial, c’est des extraits de quelques centaines de films pornos remontés pour faire une histoire (presque) cohérente ? Un peu dans l’idée du GRAND DÉTOURNEMENT de Michel Hazanavicius, les deux réalisateurs de L’UTRA-SEX déjà formés à l’art du doublage dans une série française ont construit un délire surprenant et drôle du début à la fin. D’une durée d’une heure, la plaisanterie ne s’étire pas trop et offre exactement ce qu’elle promet : du sexe, des rires, et encore plus de sexe !! Un plaisir à voir dans une salle bien comble.

REQUIEM POUR UN BEAU SANS-COEUR – 93 min – 1992 – Robert Morin
Robert Morin, un de ces cinéastes québécois qui a une voix importante, et qui a toujours tourné comme personne d’autre. REQUIEM est sans doute sa plus grande œuvre, à mi-chemin entre ses films pour le grand public, et sa vision singulière qu’il exploite dans ses « vues » pour un public averti. Avec de grandes performances, notamment de Gildor Roy dans le rôle-titre, c’est sa façon de raconter l’histoire qui le démarque. On change de point de vue narratif, on bondit entre les personnages de l’entourage du criminel au centre du récit (très inspiré de Richard Blass) duquel Morin dépeint le portrait, et le tout se passe en vue subjective, à la première personne. Quand on arrive dans les souliers d’un nouveau personnage, on retourne parfois dans le passé pour revoir des scènes sous un tout autre regard. C’est brillant, un des meilleurs films de l’histoire du Québec, disponible maintenant dans une version restaurée par Éléphant.

DJ XL5’S VIBRASLAP ZAPPIN’ PARTY
« Rémi, si j’avais l’occasion de voir une seule projection durant le festival, que me suggèrerais-tu ? » Pour bien comprendre l’ambiance unique de Fantasia, la réponse est définitivement la compilation annuelle de Marc Lamothe (aka DJ XL5). Cette programmation de courts métrages, vidéoclips, vidéos à la con tirés d’internet est construite comme si on « zappait » d’une chaîne à l’autre devant une télé, sans temps mort entre les segments. Les films sont punchés, drôles, absurdes, souvent dans les extrêmes des genres, et cette harmonie est un délice pour une expérience de groupe devant un écran. Dans les highlights de cette année, un excellent et très original film de loup-garou intitulé OVERTIME, un film d’ours tueur ponctué d’humour belge noir foncé nommé L’OURS NOIR, et le retour des classiques PANIQUE AU VILLAGE et SIMON’S CAT dans de tout nouveaux courts métrages.

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FEUILLES MORTES – 100 min – 2016 – Thierry Bouffard, Carnior, Edouard A. Tremblay
Les longs métrages de genre au Québec sont malheureusement très rares, mais quand un de ceux-ci se pointe le bout du nez, on ne peut résister. Réalisé par deux des membres de Phylactère Cola (Carnior aka Steve Landry et Eddy69 aka Edouard Tremblay) ainsi que Thierry Bouffard qui a fait sa marque dans les festivals de genre, FEUILLES MORTES est une reprise du genre post-apocalyptique, tourné à très petit budget, et infusé des racines québécoises. Par ceci j’entends des références à notre culture, soit nos racines amérindiennes, la nature, les villages, la façon de réagir et d’interagir des gens d’ici. Même si quelques parties semblent plus convenues dans le genre post-apocalyptique, le film réserve plusieurs retournements (et payoff) assez surprenants.

UNDER THE SHADOW – 84 min – 2016 – Babak Anvari
Rares sont les films iraniens d’horreur, et rares sont les films d’horreur aussi efficaces de nos jours. Basé sur la légende des Djinns, des esprits malfaisants tirés des légendes islamiques qui s’attaquent aux humains, le film raconte l’histoire d’une mère qui tente de protéger sa fille à travers les bombardements de Teheran dans les années 80, et en même temps, de l’arracher des griffes d’une de ces créatures qui se manifeste dans leur bloc appartement. Très minimaliste, et jouant sur le parallèle entre l’horreur réelle de la guerre et la légende traditionnelle, le film est plus efficace et beaucoup plus intelligent que la majorité des films de fantômes sortant des gros studios. L’ambiance est tendue, et les performances rendent le tout très crédible. Aussi efficace dans la portée politique de son scénario que dans sa mise en scène propre au cinéma de genre.

ÉCARTÉE – 80 min – 2016 – Lawrence Côté-Collins
Premier long métrage de Lawrence Côté-Collins, ÉCARTÉE est un faux documentaire qui navigue dans les eaux de Robert Morin, mais infusé d’une bonne dose d’humour au deuxième degré. On suit une travailleuse sociale qui réalise un documentaire portrait sur un couple habitant sur le bord de l’autoroute en Abitibi. Lui, sortant de prison, passionné par les puzzles 3D, et elle, beaucoup plus jeune, rêvant d’un beau futur mais sans se donner les moyens pour y accéder. Le film est à propos de la vie rêvée que le couple se crée dans cette maison isolée, l’homme se créant littéralement son propre monde avec ses puzzles 3D. C’est simple, mais tellement ingénieux et efficace, et le film est remplit d’easter eggs (par exemple, la télé toujours ouverte, qui diffuse seulement de fausses émissions conçues pour le film).

YOGA HOSERS – 88 min – 2016 – Kevin Smith
J’ai vu Yoga Hosers au BIFFF il y a quelques mois, et je n’avais pas l’intention de le revoir à Fantasia (voir ma critique mitigée sur Pointdevues.net™). Mais la présence de Kevin Smith, et l’abondance de blagues sur le Canada pouvant s’interpréter différemment en terre canadienne m’ont donné la motivation pour revoir le film. Après une introduction de 50 minutes, dans laquelle Smith a littéralement rempli la carte mémoire de la caméra de Fantasia, j’ai revu le film. Toujours aussi mauvais ; l’ambiance y était au moins beaucoup plus plaisante, le réalisateur qualifiant cette projection d’une des cinq meilleures de sa carrière. Comme quoi la foule de Fantasia peut donner l’illusion qu’une bouse sent les fleurs le temps d’une projection, mais au final ça reste un tas de caca.

Vue de même (programme de courts du Week-end fantastique québécois)
J’ai malheureusement eu la chance de ne voir qu’un seul programme de courts métrages et égoïstement c’est celui où mon film CAMERA CHAOS était projeté. Tout de même, j’ai pu découvrir quelques bijoux. Par exemple SPARKLE de Alexander Digiacomo, qui raconte le trip hallucinogène d’un chien en première personne (qui a remporté un prix d’ailleurs) film qui explore le médium cinématographique de façon créative pour mettre ce concept à l’image. Aussi le très drôle JOHNNY EST UN CAVE d’Alexandre Savard et Samuel Boisvert, qui est probablement un des films les plus caves du festival, rappelant presque un sketch des Chick’n Swell boosté aux stéroïdes. Aussi, le film FAUCHEUSE, VOUS AVEZ DIT FAUCHEUSE d’Olaf Svenson, racontant l’arrivée du Diable dans une auberge jeunesse, qui séduit avec son côté coloré aux inspirations 80s.

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OPERATION AVALANCHE – 94 min – 2016 – Matt Johnson
Matt Johnson et son équipe avaient épaté la galerie en 2013 avec leur faux doc à micro budget THE DIRTIES. Ils reviennent cette année avec un des films les plus surprenants du festival, encore un faux documentaire, mais cette fois-ci se déroulant dans les années 60. On suit un groupe de cinéastes qui mettent en scène l’alunissage pour battre la Russie dans la course spatiale. Le charisme et la chimie des personnages (interprétés par Matt Johnson et ses collaborateurs habituels) sont deux des forces du film, mais les surprises dans la mise en scène sont ce qui fait sortir le film du lot. Entre autres, l’équipe a tourné clandestinement à la NASA en se faufilant à travers des visites guidées, ou a tourné sans effets numériques une poursuite de voiture spectaculaire. Le film est une étoile de créativité et un délice à découvrir. (Spoiler : Il est au sommet de mon Top.)

MIRUTHAN – 106 min – 2016 – Shakti Soundar Rajan
Que serait une année de Fantasia, sans un petit visionnement de Bollywood ? Ok… on me dit à l’oreille que ce n’est pas un Bollywood, mais plutôt un film tamoul, puisque le film a été tourné dans le nord de l’Inde, mais reste que le mélange de comédie populaire et de film de zombie, avec des numéros musicaux qui poppent au travers, ça entre pour moi dans une grande famille similaire. Tout se passe très vite, on n’a pas le temps de comprendre qui sont les personnages, sauf leurs enjeux très larges qui sont expliqués en quelques moments sans subtilité. Rien ne fait de sens, le ton n’est pas constant, balançant entre la comédie romantique trop kitsch et le gros film d’action badass. Mais on s’en fout un peu dans ce contexte : on est dans une séance de minuit et on en rit tous en chœur dans la salle.

UN PETIT BOULOT – 100 min – 2016 – Pascal Chaumeil
Deuxième comédie française à travers le festival, qui raconte comment un raté accepte d’assassiner la femme d’un ami pour faire un coup d’argent, et se retrouve finalement à faire plus qu’un seul meurtre. Dernière œuvre de Pascal Chaumeil, réalisateur de L’ARNACOEUR, qui est décédé après avoir complété le film. Sans être un film très surprenant, Romain Duris y est excellent dans le rôle-titre et rend crédibles les maladresses d’un tueur à gages en devenir. C’est de l’humour de situation qui frappe en général au bon endroit. La réalisation n’a rien de spectaculaire au niveau visuel, mais la direction d’acteurs et le sens du tempo dans les gags fonctionnent très bien.

I AM NOT A SERIAL KILLER – 104 min – 2016 – Billy O’Brien
Christopher “Doc Brown” Lloyd à Fantasia… WAAAAHHHH !!! Qui vient avec un film où il a un vrai rôle, pas juste un caméo… double WAAAHHH !! Basé sur un best-seller, le film raconte l’histoire d’un adolescent qui apprend graduellement que son vieux voisin assassine sauvagement les gens du village. L’esthétique du film rappelle le polar, avec des plans très statiques et des couleurs désaturées. Quand même, on sourit à plusieurs reprises dans cette enquête à la limite du voyeurisme menée par le jeune homme, pour se faire mieux replonger dans l’horreur lors des scènes lugubres. La finale est malheureusement trop étrange et fantastique par rapport au reste du film, mais j’ai pu mieux la digérer suite au film avec l’explication de la vision que Christopher Lloyd avait de son personnage.

THE DEVIL’S CANDY – 90 min – 2015 – Sean Byrne
Sean Byrne avait fait un énorme succès à Fantasia avec son précédent long métrage THE LOVED ONES (qui ne m’avait fait ni chaud ni froid), et retourne quelques années plus tard avec celui-ci. Le film raconte l’histoire d’un père « métalleux » qui déménage avec sa famille dans la maison d’un psychopathe en cavale, qui a tué sa famille suite à des appels de Satan. Le problème principal du film est le ton beaucoup trop sérieux, alors qu’il pourrait avoir le potentiel d’aller plus loin dans les excès. C’est lent, c’est trop classique dans les moments horrifiques et les personnages agissent sans arrêt de manière irrationnelle. Ça devrait être plus drôle, plus gore, mais c’est juste un film qui tombe à plat.

DON’T BREATHE – 88 min – 2016 – Fede Alvarez
Fede Alvarez a épaté la galerie en 2013 avec un remake d’EVIL DEAD qui avait, à la grande surprise de tous, de la gueule (!!!). Il revient en force avec ce thriller où une bande de jeunes cambrioleurs tentent de dérober la maison d’un vétéran aveugle de la guerre du Golfe, bien entrainé pour faire face à toutes les situations. Un scénario si simple, mais efficace en tout point, qui retourne sans cesse les rôles du chat et de la souris. La mise en scène nous tient en haleine comme un bon thriller devrait le faire, en donnant toujours des réactions très naturelles à ses personnages. Très heureux de voir qu’un film aussi intense, qui souvent se limite seulement aux festivals de films de genre, se trouve en salles commerciales. Une grosse recommandation pour les adeptes de thrillers horrifiques.

DJ XL5’S MONDO SUPERHERO ZAPPIN’ PARTY
J’ai eu la chance de voir à la dernière minute cette deuxième compilation de Marc Lamothe. Alors que la première est un zapping autour de courts métrages, sa deuxième programmation annuelle est plutôt composée de clips tirés de l’histoire du cinéma. Celle-ci devient à la fois une grosse étude anthropologique et un bonbon pour les fans de films de genre. Après avoir couvert entre autres le blaxploitation, il s’attaque aux films de superhéros (jusqu’à 1999, où on a connu le boom moderne du genre). On peut y découvrir les premières scènes de héros masqués à l’époque des daredevils du cinéma, des publicités kitsch et des films oubliés qui ne sont même pas si vieux que ça. Une approche différente et dynamique, qui nous fait réfléchir sur le genre.

***

Pour terminer, le traditionnel Top en ordre de préférence, excluant les compilations de courts métrages et les projections de films « classiques » :
01 – OPERATION AVALANCHE
02 – THE LURE
03 – THE WAILING
04 – HUNT FOR THE WILDERPEOPLE
05 – DON’T BREATH
06 – UNDER THE SHADOW
07 – ÉCARTÉE
08 – AS THE GODS WILL
09 – THE GREASY STRANGLER
10 – PSYCHONAUTS
11 – À LA RECHERCHE DE L’ULTRA-SEXE
12 – I AM NOT A SERIAL KILLER
13 – FEUILLES MORTES
14 – UN PETIT BOULOT
15 – FIVE
16 – BEWARE THE SLENDERMAN
17 – THE MASTER CLEANSE
18 – FOR THE LOVE OF SPOCK
19 – IN THE VALLEY OF VIOLENCE
20 – MIRUTHAN
21 – SLASH
22 – YOGA HOSERS
23 – TRASH FIRE
24 – DEVIL’S CANDY
25 – RED CHRISTMAS

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