Une conception moderne

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13 août 2016 par Mario Melidona

Shelley

Il est coutume pour les films d’horreur traitant de possession de bien définir et rendre tangible les origines du mal. Hollywood souhaitaint ainsi rassurer son public. Dans le film SHELLEY d’Ali Abbasi, au contraire, la créature apparaît comme inoffensive et gentille. Elena (Cosmina Stratan), une bonne roumaine, s’installe dans une maison de campagne isolée et tranquille appartenant à un couple danois, Louise (Ellen Dorrit Petersen) et Kasper (Peter Christofferson), pour tenter d’économiser assez d’argent afin d’éventuellement s’offrir un appartement pour son fils et elle-même. Sans électricité ou l’eau courante, Elena doit s’adapter à sa nouvelle vie et développe rapidement une complicité avec Louise. C’est ici précisément que SHELLEY diverge des autres films du genre, on pense bien sûr à ROSEMARY’S BABY ou THE OMEN, en s’intéressant à la grande tragédie qu’est la vie d’une mère. Le film est avant tout une exploration des non-dits sur la conception, la grossesse et l’accouchement.

Grâce à leurs confidences mutuelles, Elena apprend que Louise est stérile et se propose de devenir porteuse. Ils pourront ainsi avoir un enfant et Elena une maison. Après tout, n’est-il pas noble de vouloir être parent ? Au cours des mois, Elena développe de nombreux symptômes douloureux, démangeaisons, maux de tête, qu’elle attribue au fœtus. Alors que la protagoniste de ROSEMARY’S BABY souffre son martyre seule, ici Louise est toujours aux côtés d’Elena, la réconfortant et lui apportant support moral. Louise est forcément reconnaissante du sacrifice consenti par Elena, mais à mesure que la grossesse suit son terme et qu’Elena multiplie les caprices, Louise se met à ronger son frein. Non content de la tension ainsi générée, Ali Abbasi introduit le personnage de Leo (Björn Andrésen), un guérisseur venant exorciser la douleur que ressent Louise et qui lorgne du côté de l’entité qui a envahi Elena. L’enfant devient esprit, la grossesse possession. Et si le devoir maternel était une malédiction religieuse ? Si sur papier de telles transitions semblent grossières, le naturel avec lequel la narration évolue est tout à l’honneur du cinéaste. Son talent à nous faire ressentir de l’empathie pour des personnages parfois repoussants est impressionnant. Il serait malencontreux de révéler les aboutissements du troisième acte, disons simplement que l’amour d’une mère est aveugle.

La malveillance dont est victime Elena peut être perçue comme interne, sa propre vision hallucinée de la grossesse, sauf qu’Abbasi traite ce mal telle une figure inconnue et éphémère. En alternant entre deux ratios différents et en usant de magnifiques zooms très lents sur les paysages embrumés, le cinéaste présente la nature comme une force à l’égal des démons. Tout est traité au niveau de l’inconscient. Les esprits existent et n’existent pas à la fois. Les rêves sont différents reflets des peurs qui se manifestent en symboles associés au mal ; du sang coule une goutte à la fois, un chien jappe frénétiquement à la mère, un cliquetis insupportable emplit l’espace sonore. L’atmosphère méticuleusement construite élève SHELLEY au-delà des clichés d’usage et permet au spectateur de méditer sur des questions morales. Est-ce que le Mal existe ? La réponse bien sûr est évasive, tout comme est poreuse l’illusion de devenir un parent parfait. Le voile tombe, la peur s’installe et l’inconnu domine.

8

Shelley – 2016 – 92 min – Danemark, Suède – Ali Abbasi

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