BIFFF 2016

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7 mai 2016 par Rémi Fréchette

BIFFF 2016

À deux semaines du BIFFF (le Brussels International Fantastic Film Festival), un évènement tragique a fait trembler Bruxelles, menaçant la tenue du festival et même sa survie à long terme. C’est avec une attitude très belge que les organisateurs ont resserré les mesures de sécurité et sont allés de l’avant avec l’évènement, faisant un gros doigt d’honneur aux terroristes. Peu importe la menace dans la ville, le festival et son public étaient de retour dans son microcosme bien particulier, tous les spectateurs bien à leur aise pour prendre part aux projections horrifiques les plus colorées au monde (AU MONDE !). Pour m’expliquer, je dois souligner l’atmosphère unique d’une salle du BIFFF où des codes bien gravés dans la tête du public continuent d’évoluer depuis 34 ans. À la façon d’un ROCKY HORROR PICTURE SHOW, les gens vont, par exemple, crier comme un loup à la vue d’une pleine lune, « LA PORTE ! » quand un personnage passe une porte sans la refermer, ou le classique « ÇA C’EST UN BON FILM ! » quand une paire de seins apparait à l’écran. Et ce, autant dans un film comique que dans un film à saveur plus dramatique. Mais c’est une convention acceptée par tous ceux qui visitent l’évènement ; on ne peut pas se plaindre des gens qui parlent et qui gueulent des conneries dans la salle, parce que c’est ça qui rend le festival aussi unique. Ce qu’il faut en tirer aussi, c’est qu’un mauvais film ne sera jamais aussi plaisant à regarder que dans cette ambiance du BIFFF.

Cette année, j’ai vu plus d’une trentaine de projections. Et comme on ne change pas une formule gagnante, je reprends la forme des critiques express comme pour Fantasia, et je vous donne brièvement mes impressions de chaque film dans l’ordre des visionnements. Suite à tout ça, mon classement du meilleur au pire (parce qu’à Point de vues, on adore les listes). C’est parti pour le BIFFF 2016 :

BASKIN – 97 min – Turquie, États-Unis – Can Evrenol
Une des rares entrées du cinéma turc dans le fantastique, Baskin met en scène un groupe de policiers qui se retrouve dans une messe satanique. La première moitié du film est centrée sur le développement de la camaraderie de la brigade, avec de délicieux dialogues qui construisent bien les personnages. Le tout est exploité à travers des atmosphères glauques et des éclairages colorés, un peu à l’image du cinéma d’horreur italien. La deuxième moitié marque le passage vers les scènes viscérales et les représentations sataniques. Malheureusement, c’est seulement là que l’histoire commence véritablement, et c’est en même temps là où le film dérape, perdant toute construction narrative pour plutôt développer une longue séquence de cauchemar (qui dure près de la moitié du film). Même si l’ambiance est réussie, on perd la dynamique des personnages qui avait si bien commencé le film au profit d’une symbolique lourde qui ne raconte plus rien.

PANDEMIC – 91 min – États-Unis – John Suits
Probablement que deux des sous-genres surutilisés dans l’horreur ces dernières années, c’est les zombies et le found footage. Mais quand un film comme PANDEMIC utilise les deux pour raconter son histoire de façon originale, on ne peut qu’embarquer dans l’aventure. On suit une équipe de survivants qui quittent leur camp pour essayer de retrouver un autre groupe qui a disparu dans une mission. Côté narratif, l’histoire reste assez classique, traitant de l’anéantissement de la population d’une grande ville comme dans maints films de zombies. Mais la twist originale arrive dans la technique, où le spectateur est plongé dans l’histoire à travers les caméras installées sur les casques de l’équipe. Le procédé est utilisé comme moyen narratif en bondissant d’un casque à l’autre, parfois lors de discussions entre les personnages (qui nous regardent directement dans les yeux), ou dans les scènes de terreur et d’action sauvage. Excellent divertissement, surtout dans une salle du BIFFF à minuit trente.

SENSORIA – 81 min – Suède – Christian Hallman
J’ai toujours une petite réticence face aux films de fantômes, qui se centrent souvent sur des ambiances vides et des jump scares bas de gamme. J’ai donné une chance à SENSORIA… et j’ai eu tout ce que je ne voulais pas avoir. Un film de 81 minutes qui se ressent comme s’il durait trois heures, racontant l’arrivée d’une jeune femme dans un appartement où les voisins sont étranges, et où une jeune fille blonde apparait. Le film n’est pas à blâmer sur sa technique ou ses intentions ; il est simplement sans saveur. De longs plans sur le lavabo qui coule, des ralentis sur le voisin qui la regarde étrangement, quelques tentatives pour raconter le passé de la jeune femme… On essaie, mais rien n’est passionnant. Si seulement le film avait été bien raté, ça aurait déjà été plus amusant d’en parler, mais c’est pas mal tout. OK bye.

The Similars

THE SIMILARS / LOS PARECIDOS – 89 min – Mexique – Isaac Ezban
Un superbe huis clos qui rend hommage au cinéma de science-fiction des années 60, 70. On retrouve huit étrangers qui sont prisonniers d’une station de bus au milieu de nulle part, alors qu’un orage violent fait rage à l’extérieur. Graduellement, on découvre qu’un étrange phénomène commence à affecter tous les personnages et l’environnement lui-même. Je ne peux pas trop en dire sans brûler quelques revirements délicieux. Le film se développe comme un long épisode de TWILIGHT ZONE qui se transforme graduellement comme ses personnages. Tout est là pour donner le ton vintage au film ; le décor détaillé et l’éclairage studio, les comédiens qui jouent un peu gros, la teinte désaturée de l’image, la musique très épique qui souligne chaque émotion… et ce jusqu’à l’affiche. C’est drôle, surprenant et hyper bien maitrisé.

31 – 102 min – États-Unis, Royaume-Uni – Rob Zombie
Je ne peux pas me considérer comme un fan du cinéma de Rob Zombie, mais j‘ai définitivement une curiosité morbide à voir chaque fois ses nouveaux films. 31 était très mystérieux ; aucune bande-annonce ou affiche officielle disponible, tout pour nous laisser dans le suspense. On suit un groupe d’amis qui se retrouve prisonnier d’une usine désaffectée, où sont relâchés des tueurs en série. Après un plan d’ouverture quand même efficace qui nous donne un filet d’espoir, le film devient un gros n’importe quoi : des personnages aucunement développés, interprétés par des comédiens 20 ans trop vieux pour leurs rôles, des scènes de violences gratuites dans le but de choquer pour choquer (dont un nain nazi fanatique de la lame)… Spoiler : la femme de Rob Zombie, qui interprète le personnage le plus vide et le plus faible du film, survie à la fin. Pourquoi ? Parce que.

BLOOD ON MÉLIÈS’ MOON – 125 min – Italie – Luigi Cozzi
Luigi Cozzi a fait sa réputation à travers des nanars comme STARCRASH (rip-off assumé de STAR WARS) ou le HERCULES de 1983 avec Lou Ferrigno. 25 ans après son dernier film, il fait un retour attendu (par une poignée de personnes) avec BLOOD ON MÉLIÈS’ MOON, se mettant lui-même en scène alors qu’il est à la recherche du film perdu de Méliès, qui réécrirait l’Histoire du cinéma. Le film joue avec l’autodérision et le concept du nanar assumé en additionnant le mauvais jeu d’acteur (Cozzi dans le rôle principal), la direction photo bâclée, les effets spéciaux numériques probablement gérés avec Windows Movie Maker. C’est très touchant de voir cette histoire complexe racontée avec autant de cœur, mais malheureusement il y a un minimum technique à accomplir pour empêcher le spectateur de décrocher. Le film est clairement tourné avec un appareil photo sans prise de son externe (vu le vent qui entre dans le micro), et le montage s’éternise avec près de deux heures de n’importe quoi. Ça prend un peu plus que du cœur pour raconter une bonne histoire au cinéma.

RETRIBUTION / EL DESCONOCIDO – 102 min – Espagne – Dani de la Torre
RETRIBUTION c’est un peu la version espagnole de SPEED. Un homme est prisonnier de sa voiture avec ses deux enfants, et reçoit des instructions au téléphone d’un homme qui menace de faire exploser son véhicule s’il n’effectue pas un transfert d’argent. Synopsis simple réalisé à la perfection comme les Espagnols savent si bien le faire. L’action est bien construite pour un film qui se passe seulement à l’intérieur d’une voiture en mouvement ; tout est efficace dans son exécution. Plans de grues épiques avec les hélicos de la police suivant la voiture, plans-séquences incroyables pour montrer l’ampleur des évènements ; rien n’est fait à moitié. Le film néanmoins manque une signature spécifique qui aurait rendu le tout moins froid, mais il livre quand même la marchandise. Luis Tosar, le comédien principal, tient le film sur ses épaules, et offre encore une excellente performance qui donne une belle profondeur au personnage.

Spy Time

SPY TIME / ANACLETO: AGENTE SECRETO – 87 min – Espagne – Javier Rulz Caldera
SPY TIME, du même réalisateur qui avait remporté le prix du public et le grand prix en 2012 au BIFFF avec GHOST GRADUATION, devait quand même arriver à combler certaines attentes au festival. Le film, adapté de la bande dessinée espagnole ANACLETO, raconte de quelle façon un jeune homme à la vie chaotique découvre que son père lui a caché depuis toujours qu’il est un agent secret. Tous deux doivent maintenant travailler en duo pour démanteler le réseau du vieil ennemi du père. Heureusement, malgré son histoire conventionnelle pour un genre qui est un peu saturé, SPY TIME trouve sa force dans la comédie, spécialement au niveau des dialogues, et la dynamique du duo père-fils qui est excellente. C’est classique comme comédie d’espion, mais l’exécution est efficace et dynamique. Il y a quelques bons moments qui restent en tête, comme la construction du repère des méchants en mode Ikea, ou une scène de sérum de vérité qui déclenche des révélations tordues au sein d’une famille.

THE PHONE / DEO PON – 115 min – Corée du Sud – Kim Bong-ju
J’ai toujours la crainte de tomber sur du pareil au même en regardant des thrillers coréens, avec les classiques histoires de vengeances exploitées avec un ton très sérieux. Mais à chaque fois je me prends au jeu et je sors de la salle le cœur battant d’adrénaline, comme ça a été le cas avec THE PHONE. En utilisant ici un peu de fantastique pour épicer la recette : l’histoire est celle d’un policier qui reçoit un appel de sa femme qui a été tuée exactement un an auparavant, revivant la soirée de son meurtre au bout du fil. À la façon d’un effet papillon, il l’aide à changer le cours des choses dans le futur en résolvant l’enquête, alors qu’elle de son côté tente de se protéger durant la nuit de son meurtre. L’action est constante, baignant dans une ambiance glauque, et l’idée de travailler l’histoire dans deux espaces-temps amène les deux fils narratifs à constamment s’entrechoquer. Le film a quand même quelques longueurs, mais réussit quand même à se renouveler pour garder son public rivé au bout de son siège.

THE VIRGIN PSYCHICS / EIGA: MINNA! ESUPÂ DA YO ! – 114 min – Japon – Sion Sono
Un des six films de Sion Sono de 2015, THE VIRGIN PSYCHICS est un des longs-métrages les plus niais du BIFFF dans sa thématique. Mais dans un festival comme celui-ci, ce n’est pas une mauvaise chose, car les réactions dans la salle étaient incroyables. C’est l’histoire d’un petit groupe qui acquiert des pouvoirs psychiques après s’être masturbé par une nuit d’orage. Et ce qu’ils ont en commun, c’est leur virginité. Bref, c’est grosso modo une blague de petites culottes et d’érections qui dure près de deux heures. Il n’y a rien de plus à gagner dans le film, c’est simplement le penchant WTF Japan ?! des comédies érotiques pour adolescents. Heureusement, la réalisation dynamique et originale de Sion Sono donne un plus au film, parce que sinon, c’est seulement des blagues un peu cheaps à prendre au premier degré. Probablement à éviter, sauf dans une salle remplie de gens en état d’ébriété (et en chaleur).

DEMON – 94 min – Pologne, Israël – Marcin Wrona
Et si je vous présentais le film comme on nous l’a introduit sur scène : voici le dernier film de Marcin Wrona, qui s’est suicidé peu de temps avant sa sortie en Pologne. Le ton du film n’est effectivement pas taillé dans la joie, même si celui-ci reste un des plus beaux films que j’ai pu voir au festival. Inspiré d’une légende juive traditionnelle, celle du dibbouk, DEMON raconte comment un homme s’est fait posséder par le démon d’une femme le jour de son mariage. Le récit se développe en subtilité, les éléments fantastiques n’étant pas trop prononcés. Il crée un parallèle entre le déclin psychologique du héros et cette possession par un fantôme venant du passé de la famille. Les longs plans à travers la campagne polonaise asséchée et terreuse donnent cette atmosphère froide au mariage pourtant festif qui se déroule dans la vieille maison familiale. Une réussite autant dans son ambiance singulière que dans la profondeur de son récit.

Summer Camp

SUMMER CAMP – 81 min – États-Unis, Espagne – Alberto Marini
Un énième film de zombies au festival, dans la lignée zombies-qui-ont-la-rage, avec une base narrative qui nous rappel les FRIDAY THE 13TH de ce monde. Des animateurs d’un camp de vacances préparent l’arrivée des enfants. Réalisé par Alberto Marini, qu’on connait comme un des collaborateurs de Jaume Balaguero ([REC], SLEEP TIGHT), SUMMER CAMP se construit sur une twist intéressante du genre. Limitant les effets de la contamination, le film propose comme postulat que les héros peuvent parfois redevenir eux-mêmes après l’infection. Et l’idée géniale a été de donner la clé aux spectateurs avant de la donner aux personnages, on est souvent les premiers à savoir si un protagoniste est en état zombie ou non. On n’a malheureusement pas des personnages très charismatiques ni même intéressants, malgré quelques tentatives forcées de leur donner de la profondeur, mais avec sa courte durée et sa gimmick narrative originale le film remplit amplement son mandat.

SCHERZO DIABOLICO – 91 min – Mexique, États-Unis – Adrian García Bogliano
Un fonctionnaire (en fait on ne sait jamais trop ce qu’il fait) à la vie décevante décide de kidnapper la fille de son supérieur pour changer sa vie. Mal tourné, avec une direction photo moche qui donne un look bas de gamme, le film n’est même pas sauvé par les comédiens qui sont mal dirigés, et qui travaillent avec des répliques incohérentes ou trop explicites. On ne comprend pas exactement les intentions du protagoniste, et ni lui ni sa victime ne deviennent attachants durant le récit. On s’attend à une vengeance sur lui pour le punir de ses mauvais actes, mais même celle-ci est décevante, alors que le déclic beaucoup trop exagéré de sa victime la plonge dans une psychose qui finit en quelques effets gores dignes de Dollarama. Le malaise se couronne avec une surutilisation de plans de drones tournés par quelqu’un qui est juste content d’utiliser un nouveau gadget sans savoir correctement sans servir. Ark.

ATTACK OF THE LETHERHOSENZOMBIES / ANGRIFF DER LEDERHOSEN ZOMBIES – 77 min – Autriche – Dominik Hartl
Encore des zombies… mais cette fois avec du snowboard ! Ce n’est certainement pas une planche à neige qui va rendre le tout très original, mais cette invasion d’un centre de ski reste tout de même très divertissante. Ce qui est très surprenant, c’est que malgré sa construction classique de l’épidémie de zombies et ses personnages très typés, la réalisation est efficace et n’a pas l’air cheap du tout. Quelques scènes intenses de tueries de zombies sont très comparables à celles de BRAINDEAD de Peter Jackson (mais le tout réalisé avec de l’équipement de sport d’hiver), et l’humour punch aux bons endroits. OK, ce n’est pas un grand film, et je dois avouer que même à 77 minutes le film est un peu long lorsque l’histoire stagne pour laisser place aux bains de sang, mais ça fonctionne dans son ensemble et les moments épiques sont très payants ! Mention spéciale au personnage de Rita, une vieille dame qui bute des zombies à la Rambo, qui a provoqué des réactions intenses dans la salle du BIFFF.

THE FOSTERING / O DIABO MORA AQUI – 80 min – Brésil – Rodriguo Gasparini, Dante Vescio
Trois jeunes vont dans une vieille maison pour s’amuser avec l’esprit de l’homme qui possédait la demeure, un riche apiculteur qui maltraitait ses esclaves. Les jeunes se retrouvent vite dans un affront entre les descendants des esclaves qui utilisent le vaudou pour empêcher l’esprit de l’ancien propriétaire de revenir dans notre monde. Le contexte de l’histoire est très original, des flashbacks montrent la cruauté de l’homme à l’époque de l’esclavage, et le présent narre l’histoire surnaturelle des trois jeunes qui font face au fantôme. Vu la complexité du récit que les réalisateurs ont raconté en peu de temps et les rituels du vaudou, une doctrine qui demande explication pour une bonne partie du public, les fils s’entremêlent à quelques reprises dans l’histoire. L’atmosphère est assez angoissante, n’allant jamais dans le tape-à-l’œil, et la signature du film est assez unique pour sortir du lot !

Yoga Hosers

YOGA HOSERS – 88 min – États-Unis – Kevin Smith
Ah Kevin Smith… j’aime beaucoup ta personnalité et ton je-m’en-foutisme dans ton art, mais TUSK et YOGA HOSERS sont de tristes échecs. Après avoir annoncé qu’il ne partait finalement pas à la retraite, Smith est revenu à la réalisation pour faire des films juste pour lui. Remarquable pour un artiste, mais très dommage pour le public. Construit comme un gros inside joke à ses podcasts, YOGA HOSERS raconte comment deux jeunes filles et le policier québécois Guy Lapointe (interprété par Johnny Depp) vont sauver le monde des nazis (qui se manifestent sous la forme de petits bonhommes fait en choucroutes et en saucisses, qui sont interprétés par Kevin Smith « WONDERBAR ! ») L’histoire est décousue, le style est irrégulier, les scènes de combats sont statiques, les effets spéciaux sont hyper cheaps. Comme fan des podcasts de Smith, j’ai apprécié la blague, mais quand on voit qu’une salle de 700 personnes est en silence total pendant une grande partie du film, on se rend compte du coup raté.

SEOUL STATION / BUSAN HAENG – 92 min – Corée du Sud – Yeon Sang-ho
Devinez quoi… encore des zombies ! Bon, malgré son histoire très convenue (vous savez, celle de la métropole envahie par les zombies, où un groupe d’individus tentent de survivre), SEOUL STATION gagne en originalité grâce à deux facteurs. D’abord, une magnifique animation qui semble mélanger le 2D et le 3D, rappelant le style d’animation japonais, mais qui reste quand même assez singulière dans ses designs et dans le rythme de ses mouvements. Deuxièmement, le film ramène le zombie à ses origines politiques, alors que de nos jours le style est plutôt associé à du cinéma de divertissement au premier degré. C’est donc un discours sur l’écart entre les classes sociales qui est exploité, en l’abordant à travers la perspective de la survie dans la société coréenne moderne, avec ses personnages qui traversent l’épidémie. Bref, classique dans son approche, mais bien dense dans son contenu.

Intruders

INTRUDERS / SHUT IN – 90 min – États-Unis – Adam Schindler
Les huis clos sont souvent les films les plus surprenants dans les festivals, usant de créativité pour développer une histoire intéressante avec une petite poignée de personnages. INTRUDERS le fait à merveille, en racontant l’histoire d’une jeune femme agoraphobe qui se retrouve seule chez elle suite au décès de son frère, et où débarque un groupe de voleurs qui tente de lui piller sa fortune. Thriller très efficace, le film réussit à nous garder en haleine avec plusieurs revirements de situations, changeant à plusieurs reprises les rôles des traqueurs et de la traquée, laissant découvrir des secrets bien cachés dans la grande demeure. Les motifs des personnages et leurs actions sont souvent tirés par les cheveux, mais le film ne cherche pas à exposer un incroyable réalisme mais plutôt à offrir un bon divertissement bien original, ce qu’il fait à merveille.

THE CORPSE OF ANNA FRITZ / EL CADÁVER DE ANNA FRITZ – 76 min – Espagne – Hèctor Hernández Vicens
Il n’y a que les Espagnols pour nous offrir un thriller abordant la nécrophilie sans que ça soit choquant ou de mauvais goût. Le récit commence alors que la starlette Anna Fritz (un genre de Scarlett Johansson) décède. Un employé de la morgue fait entrer ses deux amis pour voir le corps, et un de ceux-ci, a l’idée de profiter de l’occasion pour se taper la star avant la mise en terre. Mais Anna n’était peut-être pas tout à fait morte au final… Le film aborde donc le thème du culte de la célébrité sous un angle très radical. Au niveau de la forme, il prouve encore que le huis clos peut être très efficace, aidé par une direction photo aseptisée et lumineuse. Les quatre personnages ont le temps d’être bien caractérisés dans la courte durée durant laquelle se déroule l’histoire, réussissant du même coup à créer des scènes de tension prenantes alors que nous sommes bien attachés (ou dégoutés) par ceux-ci.

GREEN ROOM – 94 min – États-Unis – Jeremy Saulnier
La réputation de GREEN ROOM et de son réalisateur Jeremy Saulnier n’est plus à faire. Le film est voué à devenir culte pour la maitrise du médium et les thèmes qu’il exploite. On suit un groupe de métal underground se retrouvant devant une scène de crime, dans un club géré par des néonazis. Leur but : trouver un moyen de sortir de la place sans se faire tuer. Dès les premières scènes, on sent une signature très singulière, et un « tout-peut-arriver-dans-son-histoire ». Les personnages sont poussés à des situations extrêmes autant que les spectateurs. J’ai vite compris comment un festival de genre comme le BIFFF pouvait programmer un thriller à propos d’un groupe de musique underground. En effet, la tension est plus forte qu’un film d’horreur, et l’imagerie glauque pince au cœur plus que n’importe quel autre film de la programmation. De loin le meilleur film du festival. Et pour en entendre plus, écoutez l’épisode 136 de Point de vues où j’en parle avec Pascal Plante.

darling

DARLING – 78 min – États-Unis – Michey Keating
C’est une étrange bande-annonce en noir et blanc, avec très peu de dialogues, qui m’a convaincu d’aller voir ce film. Et celui-ci est tout à l’image de sa promotion, soit un OVNI de festival construit autour d’un seul personnage et d’ambiances étranges. On suit cette jeune femme qui doit surveiller une immense demeure où la dernière personne avec le même boulot a fini par se jeter en bas du balcon. Très simplement, il y a peu de choses qui se passent dans DARLING. Mais la maîtrise du montage des images parfois à la limite de l’expérimental, appuyé par des drones sonores et des musiques angoissantes, crée une ambiance unique pour un film de fantômes sans fantôme. Les seuls moments où l’expérimentation dérape sont lorsque le réalisateur tente d’aller dans des réflexes de montage du cinéma d’horreur, comme des flashs « effrayants » ou des accélérés étranges qui rappellent les films de fantômes japonais. DARLING est une curiosité très artsy, à voir dans le noir, le son très fort !

BACKTRACK – 90 min – Australie, Royaume-Uni, Émirats arabes unis – Michael Petroni
Commençons avec une petite morale : ce n’est pas parce qu’on a l’« Academy Award Winner » Adrien Brody qu’on fait un film intelligent et profond. Peu importe l’intention initiale. Dans BACKTRACK on se retrouve avec un psychologue qui se rend compte que ses clients sont tous des fantômes (ça vous rappelle quelque chose ?), et qui doit retourner dans sa ville natale pour découvrir la raison de ce phénomène. Le concept est exploité hyper sérieusement, malgré les multiples trous béants dans l’histoire (mais pour vrai… comment les fantômes le paient-ils à la fin d’une séance ?), un personnage très important qui arrive à une heure dans le film, et un accident de train en 3D digne des meilleurs films des productions Asylum. Avec un peu de légèreté le film aurait peut-être été passable, mais c’est lourd, c’est long, c’est chiant.

TAG / RIARU ONIGOKKO – 85 min – Japon – Sion Sono
Un des meilleurs films de 2015 qui est apparu sur mon Top de fin d’année. J’ai eu le plaisir de le revoir sur grand écran, connaissant maintenant la finale et redécouvrant beaucoup de subtilités que j’avais manquées la première fois. On suit cette écolière qui échappe à un drame, alors que son bus scolaire et les étudiantes à l’intérieur se font couper en deux par un coup de vent. S’en suit une course dans la folie, dans les rebondissements inattendus à la saveur typiquement japonaise. La réalisation de Sion Sono est spectaculaire et dynamique, et l’histoire est captivante du début à la fin. L’action constante est là pour faire progresser le récit, et les moments plus calmes nous font découvrir le fond des personnages et extrapole la philosophie derrière le récit. On en sort confus, bouleversé, et surtout énergisé. Un MUST SEE ! (notez les majuscules.)

Howl

HOWL – 89 min – Royaume-Uni – Paul Hyett
Je crois avoir une bonne culture du cinéma d’horreur, et pourtant les bons films de loup-garou se comptent sur les doigts d’une patte (de loup). HOWL, heureusement, pourrait se joindre à la poignée de films iconiques, utilisant l’intérieur d’un train pour raconter son histoire en huis clos (encore !), et en donnant au public exactement ce qu’il attend d’un film de loup-garou au niveau du ton. Réalisé par Paul Hyett, un maître des maquillages qui a entre autres dirigé le département des effets pour THE DESCENT, il réussit à balancer la tension horrifique avec ses moments comiques en utilisant son groupe de personnages bien typés. Avec Hyatt aux commandes, les créatures sont évidemment efficaces et originales dans les designs, trouvant un juste milieu entre l’homme et le loup. La fin est toutefois un peu cheap, mais au moins le film est cohérent dans ses inspirations et ses intentions.

ABCS OF SUPERHEROES – 86 min – Allemagne – Jens Holzheuer, Oliver Tietgen
Han ? C’était quoi ça !? Dans cet abécédaire anthologique, on assiste à une série de vignettes sur différents superhéros (par exemple F pour les Fist Fuckers ou T pour Tarentulawoman). C’est tourné à la manière d’un Troma, avec le plus de sang et de nudité possible. J’ai effectivement rarement vu autant de boobs dans un festival… tellement qu’une des superhéroïnes se demande elle-même : « why am I naked now? » Le film est tourné sur un écran vert bâclé même quand ça n’est pas nécessaire, et se concentre plus sur l’humour choquant que sur le fait de raconter une histoire. C’est affligeant, mais au moins, ça s’assume à fond dans ce mauvais goût. Le réalisateur le présentait lui-même comme un « trash on screen », et appuie ça en donnant des caméos à Lloyd Kaufman (président de Troma), Uwe Boll (un des pires réalisateurs de tous les temps qui interprète ici le président des États-Unis) et Bai Ling qui fait quelques pirouettes sur écran vert. Warning : le titre du film est chanté en boucle dans la chanson de générique, et ça nous reste dans la tête.

ASSASSINATION CLASSROOM / ANSATSU KYÔSHITSU – 110 min – Japon – Eiichirô Hasumi
Eh oui, après un visionnement à Fantasia j’ai revu ASSASSINATION CLASSROOM. Je croyais cette fois aller voir le deuxième volet qui suivait, mais honnêtement les deux heures du film suffisent dans leur folie. Deux heures de plus auraient été une overdose de WTF Japan !? Tel que décrit dans mes critiques de Fantasia, c’est à propos d’une classe où l’enseignant est une créature à tentacules et à tête jaune qui demande à ses élèves de l’assassiner, sinon à la fin de l’année il détruira la planète. Le pitch ne fait pas de sens, et le film ne répond jamais à la plupart des questions, mais depuis mon premier visionnement j’ai eu la curiosité de lire le manga sur lequel l’histoire est basée et j’ai découvert que le film est très fidèle à sa source. À côté de ses personnages vides et son enchainement de scènes étranges où presque aucune tension n’est palpable, il est plutôt bien réalisé avec des moyens très impressionnants pour ce genre de scénario incongru à mettre à l’écran. Ce n’est pas une grande recommandation, mais la curiosité vaut le détour (pas deux fois par contre).

INTO THE FOREST – 101 min – Canada – Patricia Rozema
Un crash technologique coupe entièrement la population d’électricité pour une durée indéterminée, laissant deux sœurs et leur père dans leur maison au milieu des bois encore plus coupés de la civilisation. C’est bien joué, c’est bien tourné, l’idée de science-fiction légère en trame de fond est bien exploitée. Mais c’est lent, c’est long, et il n’y a pas beaucoup de revirements scénaristiques. C’est à propos des deux sœurs, de leur relation au fil du temps alors qu’elles sont coupées de tout, et de leurs souvenirs qui s’effacent. Ce n’est pas un mauvais film, mais le concept aurait pu être poussé beaucoup plus loin, au lieu de laisser le récit dans une zone sans risque, beaucoup trop lisse et contemplative pour ses possibilités.

Hardcore Henry

HARDCORE HENRY – 96 min – Russie, États-Unis – Ilya Naishuller
On l’attendait avec impatience, ce délire en première personne où le spectateur est dans la peau de Henry, un homme en partie machine qui prend d’assaut une organisation criminelle. C’est HYPER violent, enchainant les scènes d’actions spectaculaires filmées dans une perspective qui n’a jamais été vue. L’histoire est assez simpliste, comme on peut s’attendre d’un film de ce genre, focalisant plus sur le concept que sur le contenu. Quand même quelques éléments originaux rafraichissent le film de temps en temps, comme les multiples rôles (très bien justifiés au scénario) de Sharlto Copley. La mécanique en première personne s’essouffle un peu par moments vu l’intensité qui ne diminue jamais, un peu comme un tour de montagne russe d’une heure et demie, ce qui a comme résultat de ne plus sentir l’intensité qui reste pourtant à un maximum. Mais la scène finale est on ne peut plus épique, avec une des vengeances sur le méchant les plus gores et satisfaisantes que je n’ai jamais vue.

NIGHT OF THE LIVING DEB – 85 min – États-Unis – Kyle Rankin
Est-ce que les comédies romantiques de zombies c’est bientôt fini ? Car après SHAUN OF THE DEAD, la première et la meilleure de ce sous-genre, on n’avait pas déjà fait le tour ? NIGHT OF THE LIVING DEB essaie de recycler cette prémisse, alors que les deux personnages principaux qui sortent d’un one night doivent s’unir pour survivre au travers d’une invasion dans leur village. Les dialogues qui se veulent awkward charmants sont seulement lourds, vides et pas du tout comiques, la réalisation n’a pas de saveur, et surtout il n’y a pas de nouvelles idées apportées à ce genre qui a déjà été épuisé autant du côté zombie que du côté comédie romantique. C’est très oubliable, et le public du BIFFF l’a bien fait entendre tout le long de ce navet.

BLOODSUCKING BASTARDS – 86 min – États-Unis – Brian James O’Connell
Dans un bureau rappelant THE OFFICE, suite à l’arrivée d’un nouveau superviseur, les employés se font graduellement transformer en vampires, ce qui les rend plus productifs que jamais. Écrit et joué par une troupe de comiques de Los Angeles, le film avait bien des chances de devenir culte. Malheureusement, la réalisation n’est pas à la hauteur des textes et des performances de la troupe, tuant quelques blagues par son rythme, passant à côté de l’ambiance d’une comédie d’horreur avec son esthétique très… quelconque. Dommage, vu la force humoristique des dialogues, et surtout l’interprétation du groupe qui a une chimie qui transperce l’écran.

Deathgasm

DEATHGASM – 86 min – Nouvelle-Zélande – Jason Lei Howden
J’avais entendu parler de son passage remarqué à Fantasia, et DEATHGASM est bien à la hauteur de sa réputation. C’est l’histoire de deux métalleux qui libèrent des démons en jouant l’album satanique d’un musicien devenu fou. Ils devront, par la suite, détruire les forces du mal et sauver leur ville. C’est un film avec beaucoup de personnalité qui n’hésite pas à emprunter à EVIL DEAD 2, autant dans l’humour que dans l’horreur, et au cinéma d’Edgar Wright pour son rythme et sa folie. On voit la passion véritable du métal par son réalisateur, et son désir de la partager avec le public (moi-même, inculte dans le domaine, j’ai beaucoup apprécié sans me sentir en dehors des références). Vu à la fin de la nuit blanche du festival vers 6 h du matin, le film a quand même réussi à me maintenir énergisé grâce à sa folie et son humour trash. Probablement le film le plus divertissant de la programmation.

***

Pour conclure, voici mon classement, du meilleur au pire :
1. GREEN ROOM
2. TAG / RIARU ONIGOKKO
3. THE SIMILARS / LOS PARECIDOS
4. THE CORPSE OF ANNA FRITZ / EL CADÁVER DE ANNA FRITZ
5. DEMON
6. DEATHGASM
7. HARDCORE HENRY
8. INTRUDERS / SHUT IN
9. THE PHONE / DEO PON
10. PANDEMIC
11. HOWL
12. DARLING
13. THE FOSTERING / O DIABO MORA AQUI
14. SEOUL STATION / BUSAN HAENG
15. SPY TIME / ANACLETO: AGENTE SECRETO
16. RETRIBUTION / EL DESCONOCIDO
17. ATTACK OF THE LEDERHOSENZOMBIES / ANGRIFF DER LEDERHOSEN ZOMBIES
18. INTO THE FOREST
19. THE VIRGIN PSYCHICS / EIGA: MINNA! ESUPÂ DA YO!
20. SUMMER CAMP
21. BLOODSUCKING BASTARDS
22. BASKIN
23. ASSASSINATION CLASSROOM / ANSATSU KYÔSHITSU
24. ABCS OF SUPERHEROES
25. YOGA HOSERS
26. BACKTRACK
27. BLOOD ON MÉLIÈS’ MOON
28. NIGHT OF THE LIVING DEB
29. 31
30. SENSORIA
31. SCHERZO DIABOLICO

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