Ip Ip Ip, hourra !

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27 janvier 2016 par Paul Landriau

Ip Man 3

Troisième épisode de la saga de Yip Man incarné par Donnie Yen, après deux antépisodes donnant la chance à de jeunes acteurs de se démarquer, ce film livre la marchandise, ni plus ni moins.

Au fil des ans, la cote de popularité de Donnie Yen n’a fait qu’augmenter jusqu’à ce qu’il trouve le rôle qui le définira pour toujours, tant le stoïcisme et la force tranquille du réel Yip Man convient au jeu dramatique limité, mais charismatique de l’acteur. Formidable athlète, il ne peut malheureusement combattre contre le poids des années, et c’est pourquoi ici, s’il est de toutes les scènes ou presque, il laisse une belle part de l’action aux acteurs qui l’entourent. Parmi la brochette, notons le super invité Mike Tyson, aussi mauvais acteur que vous pouvez l’imaginer, mais qui semble prendre son pied. Dur de ne pas apprécier un minimum un acteur qui s’en donne à cœur joie, même quand son rôle consiste en une dizaine de lignes et une épreuve de force aussi improbable que divertissante. Après tout, n’importe quel fan de cinéma d’arts martiaux s’amuse à faire miroiter hypothétiquement tel ou tel duel depuis qu’un certain Chuck Norris et un Bruce Lee se sont affrontés devant le Colisée de Rome. Parlant de la légende chinoise, qui était bien sûr l’élève de ce héros titulaire, grand maître de Wing Chun, il apparaît ici en introduction du film, dans l’une des séquences les plus amusantes, où il implore le maître de le prendre sous son aile, et démontre sa rapidité en attrapant au vol de ses pieds plusieurs cigarettes lancées par le maître. Lorsque ce dernier lui lance un jet d’eau, il s’élance avec fougue, éclaboussant la pièce au passage. Mais le maître a le dernier mot en lui demandant s’il a vraiment atteint le jet d’eau, ou si c’est l’eau qui l’a atteint. L’art martial enseigne tant le corps que l’esprit.

On espérait que dans ce troisième opus, Yip Man donnerait enfin le relais à son protégé le plus célèbre, mais le récit se détourne rapidement du dragon pour plutôt se concentrer sur une série d’aventures tournant autour de l’école du quartier où réside Yip Man, ainsi que le combat perdu d’avance de sa femme avec la maladie.

C’est dans cet éparpillement de sous-histoires que le film perd un peu de sa concentration. À vouloir en donner autant au spectateur, Wilson Yip sacrifie la crédibilité du récit (Yip Man semble attirer la poisse partout où il passe !), et surtout, dilue la force des personnages secondaires, qui n’ont pas, eux, bénéficié de quatre précédents films pour développer leur histoire.

Donnie Yen est toujours aussi juste en maître expérimenté et doté d’une sagesse sans pareil. Son personnage est présenté comme sans reproches, en résulte ainsi un protagoniste finalement assez banal. Il est vrai que personne n’écoute ce style de cinéma pour la profondeur psychologique de ses personnages, mais il est toujours plus prenant lorsque les combats bénéficient d’une charge dramatique bien sentie. Le drame, dans ce film, outre par la maladie de la femme du maître passera par un « frère d’armes », également maître de wing chun, mais à la fortune inexistante, qui travaille comme tireur de pousse-pousse et voit enfin des opportunités se dessiner transgressant cependant les limites morales et légales. Jusqu’où un guerrier est-il prêt à aller pour convaincre qu’il est le plus grand ? Le véritable ennemi de la Chine, c’est le capitalisme ?

Ce nouvel adversaire, joué avec brio et confiance par Zhang Jin, star montante du cinéma d’action chinois, déjà remarqué dans THE GRANDMASTERS de Wong Kar-wai, offrira donc les meilleurs moments du film, où son adresse naturelle sera soulignée par un travail sonore exagérant l’impact des coups qu’il donne. Si Yip Man possède l’expérience et la sagesse, ce jeune homme ambitieux possède la fougue et la force brute, et il a l’habitude d’endurer les coups durs que la vie lui réserve. C’est donc après maints détours que l’affrontement attendu entre ancienne et nouvelle génération de wing chun aura lieu, mené avec toute le brio que l’on peut attendre de Yuen Woo-ping, réalisateur des séquences d’action, appuyé par Yuen Shun-yee et Donnie Yen lui-même. Outre les combats à mains nues, nous aurons droit à un bel échange à la perche ainsi qu’aux couteaux papillon.

Si le film est plutôt satisfaisant pour ce qu’il est, c’est-à-dire un film d’arts martiaux classique et bien construit, le récit tourne en rond, et ne propose rien de novateur qui permettrait au film de se démarquer. Il est peut-être temps pour Donnie Yen de tirer sa révérence et de dire adieu à son personnage le plus iconique. Comme l’enseigne le maître, mettre fin à un combat le plus rapidement possible est la meilleure façon d’en sortir victorieux.

5

Ip Man 3 / Yip Man 3 – 2015 – 105 min – Hong Kong – Wilson Yip

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