Instantanés de l’entre-deux

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27 janvier 2016 par Paul Landriau

Bienvenue à F.L.

Quel type d’étudiant étiez-vous ?

Étiez-vous du genre introverti, le regard souvent porté vers la fenêtre, l’esprit prêt à s’envoler, en attendant patiemment que la cloche vienne mettre fin à cette période barbante ? Ou alors, peut-être, le bouffon de la classe, celui qui trouvait toujours le bon mot, la bonne réplique, qui venait briser cette tension autoritaire entre le professeur et sa classe, qui s’attirait parfois les foudres, mais surtout les fous rires ? Ou sinon, cette fille plongée dans ses romans d’amour, qui avait de très bonnes notes et espérait qu’au détour d’un couloir se trouve son prince charmant…

Ces élèves et tant d’autres sont le sujet du très beau documentaire candide de Geneviève Dulude-De Celles qui retourne à son école secondaire pour y capturer l’air du temps, en cette période où on se prépare, avec enthousiasme, ou à contrecœur, à devenir un adulte, par défaut ou par défi. Cette école, c’est F.L., mais ça aurait très bien pu être n’importe quelle autre (la mienne s’épelait R.C.), tant les réflexions et le regard porté plein de tendresse nous replongent dans cette période ma foi aussi mouvementée qu’insouciante. Vous souvenez-vous quand vos responsabilités consistaient à lire quelques pages par jour, et que votre principal souci était de trouver un(e) partenaire pour assister au bal de fin d’année ? Il m’arrive de vouloir retrouver un tel état, où tous les chemins me semblaient possibles.

Certains des jeunes filmés pratiquent le parkour, qui consiste, comme l’explique l’un des jeunes les plus charismatiques du documentaire, à « aller du point A au point B le plus rapidement possible ». Ces jeunes adroits et pleins d’énergie grimpent, sautent, virevoltent, perdent parfois l’équilibre, et quand ça arrive, ils se relèvent avec un petit sourire espiègle au visage, prêts à affronter l’obstacle aussitôt. N’est-il plus simple et claire métaphore de l’avenir qui se dresse devant eux ?

Ces jeunes en formation, dont la voix change, le vocabulaire aussi, qui ne maîtrisent pas tout à fait tous les enjeux de la vie, et qui discourent avec malaise parfois, sont si attachants, si vrais. C’est qu’ils sont interrogés avec respect, leur permettant ainsi de s’ouvrir et de livrer quelques belles perles de sagesse. « J’ai l’impression parfois que les adultes n’apprécient plus les petits plaisirs de la vie. Comme se promener en auto, moi j’aime ça. » Et s’ils avaient raison ?

Ce portrait d’une école secondaire, que l’on tente d’unifier à travers un projet photographique à grande échelle, est particulièrement plaisant lorsqu’il s’attarde aux spécificités et excentricités de certains des étudiants qui la composent, comme ces deux jeunes cinéastes en herbe, qui tournent des vidéos sans trop de préparatifs, et improvisent tout naturellement une histoire d’accouchement paranormal dans laquelle on donne vie à son double et à une portée de chats. Peu importe la logique narrative quand le montage permet de donner vie à nos idées les plus folles ! C’est d’un rire franc et sincère que j’accueillais ce film, surprenant à de nombreuses reprises. La plus belle folie est celle qui n’a pas encore connu les rejets et les remarques condescendantes.

En leur donnant la liberté d’être eux-mêmes, et de donner leur opinion sincère, dans ces séquences d’échanges sur fond gris, la cinéaste donne à cette communauté un autoportrait attachant et candide. Certaines séquences plus lyriques usent astucieusement du ralenti et des éclairages néon, dans les couloirs menant aux casiers ou sur le terrain de l’équipe de football. Construit de façon très simple et libre, le documentaire possède son lot de temps morts, son récit suivant de manière assez conventionnelle une année scolaire, jusqu’au traditionnel bal, ultime épreuve pour certains, consécration pour tous. Le travail sonore et rythmique vient ponctuer de belle façon, toujours de manière très modeste, les petites saynètes capturées au tournage. En résulte un documentaire certes conventionnel, mais ô combien réjouissant ! Comme j’aurais aimé que la cinéaste me lègue en souvenir mon propre parcours scolaire !

7

Bienvenue à F.L. – 2015 – 75 min – Canada (Québec) – Geneviève Dulude-De Celles

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