Top 10 2015 de Sophie Grech

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15 janvier 2016 par Sophie Grech

Top 10 Sophie

De l’animation parfois très adulte, parfois très Pixar ; deux réalisateurs italiens au sommet de leur art ; de l’immortalité robotique et de la maladie adolescente ; un western enfermé par la glace et une poursuite futuriste dans un désert brûlant ; un réalisateur marocain et une réalisatrice turque pour deux grands films de femmes… 2015, tu fus cinématographiquement éclectique.

The Hateful Eight

10. THE HATEFUL EIGHT – 187 min – États-Unis – Quentin Tarantino

Majestueux retour aux sources pour monsieur Tarantino. Si le réalisateur ne nous a pas épargné cette année avec son égo sidéral (vouloir appeler l’oscar du meilleur scénario le « Quentin » notamment), il nous offre également un savoureux western glacé. THE HATEFUL EIGHT tient plus d’un RESERVOIR DOGS qui aurait vu son budget augmenter, que d’un explosif DJANGO UNCHAINED ou d’un démesuré INGLOURIOUS BASTERDS et franchement ça fait un bien fou. John Ruth (Kurt Russell) s’en va faire pendre sa prisonnière Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh) à Red Rock. Leur diligence rencontre un ancien soldat de la guerre de Sécession (Samuel L. Jackson) puis le nouveau shérif de Red Rock (Walton Goggins). Le blizzard les retient dans l’auberge de leur escale. Dans ce gîte, quatre autres personnages atypiques les attendent (Tim Roth, Bruce Dern, Michael Madsen, Demian Bichir). Deux parties, deux ambiances, deux huis clos. Le premier est un décor mouvant qui pose ses personnages via un excès de dialogues tarantinesques ; une calèche calfeutrée pour une sobriété de ton que nous n’avions pas vu chez Tarantino depuis des temps immémoriaux. La deuxième partie fonctionne comme une impasse mexicaine d’une heure et demie ; plus proche de son style habituel, les friands de punch line et d’aortes percées seront rassurés, Tarantino n’a pas vraiment changé. Déçue de ces deux derniers longs-métrages, je retrouve ici ce goût de la référence bien placée, les personnages atypiques et assumés, le cinéma couillu de ses débuts. Quentin, le huis clos lui va si bien.

Shots from "Mia Madre"

9. MIA MADRE – 106 min – Italie, France – Nanni Moretti

Acclamé lors de la 68e édition du Festival de Cannes, MIA MADRE est un petit bijou de sobriété et d’onirisme. Au travers de son film, Nanni Moretti nous propose de faire un bout de chemin avec Margherita, une réalisatrice de films sociaux en pleine crise de vie. La protagoniste se voit confronter à la maladie incurable de sa mère et au mauvais déroulement de son tournage à cause des gamineries de son acteur principal. Ce qui m’a particulièrement touché, c’est l’ingéniosité de Nanni Moretti pour créer une empathie complète avec son personnage. Malgré une esthétique naturaliste, le réalisateur italien arrive à insérer les rêves de Margherita. Bien moins fantasques que Fellini, les séquences de rêves chez Moretti mettent en avant des symboliques freudiennes, afin de montrer l’inconscient de la réalisatrice. Comme à son habitude le résultat est propre, visuellement il n’y a pas de prise de risque, pas de choses surprenantes, mais c’est beau et efficace. J’y ai retrouvé cette habileté, présente aussi dans LA NUIT AMÉRICAINE de Truffaut, de la mise en abîme d’un tournage pour libérer un discours plus étendu sur la condition d’un personnage. Ici celle du deuil et de l’impossibilité de s’arrêter pour vraiment pleurer qui est une thématique emblématique de notre société actuelle et avec lesquels Moretti jongle avec génie.

Mad Max Fury Road

8. MAD MAX: FURY ROAD – 120 min – Australie, États-Unis – George Miller

Incroyable ! J’étais à mille lieues de penser mettre un MAD MAX un jour dans un top… Seulement, lorsqu’on est face à un chef-d’œuvre, on s’incline et on écrit quelque chose d’élogieux dessus, un point c’est tout. Réfractaire aux premiers volets de la saga, et peu friande de longs-métrages post-apocalyptico-steampunk, MAD MAX : FURY ROAD a pourtant volé toute mon attention et toute mon âme pendant 120 minutes. Ce film porte dans chacune de ses images une beauté organique, un feu puissant de tournage grandiose. Et comment ne pas tirer son chapeau à Gorge Miller, bon il n’a certes pas l’âge de Woody ou de Clint, mais aller tourner dans le désert Namibien à pas loin de 70 ans, et avoir des scènes sans précédent au cinéma, c’est juste beau. Monsieur Miller vous êtes l’incarnation de l’éclectisme, passer de HAPPY FEET à MAD MAX c’est sacrément burné. À mon sens un synopsis n’était pas nécessaire, il suffit de conseiller aux rares personnes qui ne l’auraient pas encore vu, de dévorer rapidement cette course-poursuite désertique, rythmée à la perfection et d’une splendeur incroyable.

Me and Earl and the Dying

7. ME AND EARL AND THE DYING GIRL – 105 min – États-Unis – Alfonso Gomez-Rejon

Attention : public ciblé ! ME AND EARL AND THE DYING GIRL n’a pas fait et ne fera pas l’unanimité. Cette comédie douce amère, sans scène d’amour (titre en France : THIS IS NOT A LOVE STORY) raconte l’amitié de trois adolescents le temps de leur dernière année de lycée. Greg vit tranquillement sa dernière année avant l’université, il se fait discret, n’a de problème avec aucun groupe, et fait des vidéos amateurs avec son ami Earl. Un jour sa mère lui demande de rendre visite à la fille d’une amie à elle avec qui il jouait lorsqu’il était enfant. On a diagnostiqué à cette dernière, Rachel, une grave maladie. C’est à contrecœur qu’il y va au départ, mais un vrai lien se crée entre eux. Sur fond de leucémie, de voix off et de films suédés, ME AND EARL AND THE DYING GIRL se place au croisement de 500 DAYS OF SUMMER, de BE KIND REWIND et de JUNO (pas besoin d’en dire davantage). Au départ le film était à une meilleure place dans ce top, mais malgré la subjectivité de l’exercice, je reconnais bien tristement que ce type d’histoires, de personnages, d’ambiance un peu Gondry me font perdre toute mon objectivité critique. ME AND EARL AND THE DYING GIRL a de grandes chances de sombrer dans l’oubli collectif, mais en ce qui me concerne je le re-re-re-re-re-re-regarderai les jours de pluie. Ce film est joliment poétique, tendrement adolescent et clairement estampillé Sundance.

Ex Machina

6. EX MACHINA – 108 min – Royaume-Uni – Alex Garland

EX MACHINA séduit par sa pureté, déroute par son propos, et nous achève par la perfection de son casting. Ce premier long-métrage nous présente Caleb, un programmateur chez Google (qui ne s’appelle pas Google dans le film), qui gagne un concours lui permettant d’aller passer une semaine dans un chalet tout confort, avec Nathan, son patron multimilliardaire. Il participe au test de Turing face à Ava, une intelligence artificielle absolument bombesque. Ce film est l’un des meilleurs films d’anticipation récents et sans nul doute le meilleur film sur la robotique qu’il m’ait été donné de voir. Je suis restée bluffée par la sobriété de ce huis clos. Le minimalisme de ce premier long-métrage ajoute beaucoup de crédibilité et renforce ainsi le propos sur notre rapport aux nouvelles technologies. Il faut dire que je suis un peu amoureuse d’Alex Garland, connu pour avoir écrit des romans ensuite adaptés au cinéma par Danny Boyle (THE BEACH, 28 DAYS LATER) ; il est à mon sens le spécialiste de l’anticipation à courte échelle. Pas étonnant qu’on lui ait confié la mise en scénario de NEVER LET ME GO (film sensible sur la perte d’humanité dans un futur proche par souci de vouloir « être plus fort que les aléas de la vie »). Petite remarque rigolote, le splendide duo Oscar Isaac et Domhnall Gleeson se retrouve également dans STAR WARS VII, dans des rôles à l’opposée de ceux qu’ils incarnent ici. Deux acteurs magistraux dont la prestance nous ferait presque oublier la plastique parfaite d’Alicia Vikander.

Inside Out

5. INSIDE OUT – 95 min – États-Unis – Pete Docter et Ronnie Del Carmen

Ne présentons plus Pete Docter, appelons-le directement « l’esprit de Pixar » ! Réalisateur de UP, scénariste des deux premiers TOY STORY et de MONSTER INC., cet homme détient sciemment nos âmes d’enfants et les dorlote à chacune de ses nouvelles productions. Au départ INSIDE OUT m’a posé un problème… À mon sens il est trop adulte et complexe pour les enfants et… oui ça me pose un problème. TOY STORY était à notre portée lorsqu’on était bambins à mater la VHS en boucle… Et j’aurais voulu (vraiment vraiment voulu) que ce INSIDE OUT soit le DVD préféré de cette nouvelle génération (et remplace ainsi CARS ou FROZEN), car entendons-nous bien : ce film est un bijou. Déjà vu trois fois en 2015 ; la musique de Michael Giacchino revient titiller ma sensibilité à chaque visionnage. Quelle belle idée ! Quels concepts intelligents ! Quelles intrigues parallèles bien menées ! Joie et Tristesse opèrent aussi bien à l’écran que dans nos cerveaux de spectateurs conquis. Ce film s’impose comme l’une des plus jolies métaphores sur le passage de l’enfance à l’adolescence… Merci Pixar.

Much Loved

4. MUCH LOVED – 104 min – France, Maroc – Nabil Ayouch

MUCH LOVED nécessite un peu plus de contextualisation. C’est une histoire de femmes. De femmes qui vendent leurs corps dans le Marrakech contemporain. Elles sont objets du désir pour certains, « sales putes » pour d’autres, mais Noha, Randa, Soukaina et Hilma sont quatre femmes fortes, joyeuses, dignes et émancipées qui surmontent la violence de la société patriarcale dans laquelle elles sont forcées d’évoluer. Le film a peiné à sortir dans son pays natal ; jugée et stigmatisée, l’actrice principale Loubna Abidar a même été agressée à cause de son rôle. Le film crée la polémique, ne faisant que renforcer le propos du film sur les incohérences et les paradoxes de la société marocaine. En entrant dans la salle, j’avais peur d’être confrontée à un enchaînement de scènes insoutenables, ou pire, au regard d’un réalisateur qui passe complètement à côté de son sujet par manque d’empathie vis-à-vis de ces travailleuses de la nuit. Bien au contraire, le long-métrage surprend par son équilibre et par l’absence de pathos exacerbé. Ces femmes font tout pour survivre, elles oscillent entre malheur sordide et bonheur salvateur. Nabil Ayouch a choisi de construire son film comme une parenthèse narrative ; on ne peut pas vraiment dire qu’il y a un début, un milieu et une fin, mais plutôt un moment de la vie de Noha et de ses proches. Parti pris osé pour le réalisateur marocain, qui tient pourtant en haleine ses spectateurs pendant 1 heure 44 minutes. MUCH LOVED est un pas de plus vers le film de Femme au Maroc, et c’est avec fierté que le réalisateur et ses actrices peuvent dire sans mentir avoir marqué le cinéma maghrébin.

Mustang

3. MUSTANG – 97 min – Turquie, France, Qatar, Allemagne – Deniz Gamze Ergüven

Si THE VIRGIN SUICIDES était porteur d’un message politique fort, si Sofia Coppola avait connu les dures réalités du Moyen-Orient, MUSTANG serait peut-être sorti en 1999. C’est le début de l’été sur la côte turque, la chaleur pousse les étudiants à se baigner, à jouer, rien de déplacé, mais suffisamment pour créer un véritable scandale. Pour Lale, treize ans, et ses quatre sœurs, c’est le début du cauchemar. Une femme de leur village est allée raconter que les cinq sœurs avaient fricoté avec de jeunes hommes. Pour leur famille, les accusations sont lourdes et les conséquences encore plus. Elles doivent être mariées au plus tôt. Commençant par l’aînée qui a à peine 17 ans, elles se voient une à une terrassées par le virus marital. Mais Lale a des envies de liberté. Le film, tout comme MUCH LOVED, est un long-métrage sur la triste réalité féminine dans d’autres parties du monde. MUSTANG hurle la volonté de vivre et d’être libre pour une génération qui subit encore les ravages du mariage forcé. Porté par un casting incroyable, le long-métrage a fait chavirer mon cœur de jeune femme. De gros sanglots ont éclaté durant cette séance, mais j’y ai aussi vécu du dépaysement, de l’empathie et de la joie. De plus, il s’agit du premier long-métrage de la jeune réalisatrice Deniz Gamze Ergüven, qui reçoit un accueil critique mérité pour cette merveille de sincérité et de fraîcheur. Malgré la lourdeur du propos, elle a su mettre en avant un instinct de survie, et le réveil d’une nouvelle génération, grâce une parfaite direction d’acteur de ses comédiennes encore débutantes.

Youth

2. YOUTH – 124 min – Italie, France, Suisse, Royaume-Uni – Paolo Sorrentino

Dans mes nuits j’entends encore « You got the love » de The Retrosettes, la chanson d’ouverture (et de la bande-annonce) de ce chef-d’œuvre ! Paolo Sorrentino continue son ascension dans le cœur des cinéphiles. Adulé pour son très fellinien GRANDE BELLEZZA, il revient avec (à mon sens) une œuvre encore plus aboutie. Nous y retrouvons un casting de choix : Michael Caine dans le rôle d’un mondialement célèbre chef d’orchestre qui a rangé son pupitre, Harvey Keitel incarne un réalisateur ne voulant pas s’avouer vaincu par le temps passant, Paul Dano en acteur cherchant un vrai objectif à sa carrière et Rachel Weiss, magnifique fille fictive pour Michael Caine, tentant de ne pas sombrer au moment de son divorce. Tous résident dans une station thermale, chic et tragique où les personnages les plus improbables se croisent sans forcément se voir. YOUTH scintille, tel un joyau dans la filmographie de 2015. Il n’y a aucun reproche à faire. L’histoire s’inscrit dans la lignée des magnifiques portraits de personnages. Comme une fable, son propos fait écho aux problèmes que notre société rencontre, et les thématiques sont larges : déclin, peur de la mort, surmédiatisation, égocentrisme de masse, crise identitaire pour une nouvelle génération, lâcheté… Ce long-métrage à l’esthétique léchée n’est pas une belle coquille vide. Il remplit les critères de ce qu’est à mon sens « Le Grand Cinéma », une beauté graphique à couper le souffle couplée à un message fort, avec une narration fluide et des personnages vrais et crédibles. Étonnamment il est plus accessible à un public non initié que LA GRANDE BELLEZZA, même si le réalisateur italien n’oublie pas d’où il vient et garde l’onirisme de Federico Fellini (et le décor fait un peu penser à 8½ quand même). Le réalisateur maîtrise chaque facette de son art, de la direction artistique à la photographie, de la musique au montage ; le film est une véritable partition. En réalité le vrai chef d’orchestre, c’est Sorrentino lui-même.

anomalisa

1. ANOMALISA – 90 min – États-Unis – Charlie Kaufman et Duke Johnson

Impossible qu’il ne soit pas dans ce top 2015, rien que la bande-annonce était meilleure que bien des films vus en salles cette année. ANOMALISA c’est Kaufman, c’est cette folie si humaine. Le long-métrage d’animation suit Michael Stone, un auteur de bouquins sur le rapport au client. Il n’est pas beau, il n’est pas riche, il n’est pas heureux, il tient beaucoup à sa toute petite notoriété et à ses névroses. Un jour lors d’un déplacement professionnel, il fait la rencontre de Lisa, une jeune femme complexée pour qui il va avoir un rapide coup de cœur. Nous ne sommes pas si loin d’une ambiance BEING JOHN MALKOVICH, surtout au niveau du traitement du cauchemardesque et du « légèrement décalé avec la réalité ». Ici Kaufman matérialise la névrose de son protagoniste principal de manière ingénieuse, pour Michael Stone tout le monde a la même voix : son ex, sa femme, son fils de cinq ans, le chauffeur de taxi, tous ont une voix d’homme d’âge moyen. Et quand il rencontre une personne à la voix différente, il projette beaucoup sur elle, seulement tout se passe dans la tête de ce pauvre homme à l’existence triste. Vainqueur du prix du jury à Venise et en compétition dans de nombreux festivals, ANOMALISA est sans nul doute le film d’animation le plus impressionnant que j’ai pu voir. Comment a-t-il fait ? Comment un film d’animation produit grâce à une imprimante 3D a-t-il pu produire un résultat si humain ? Les expressions sont plus sensibles, sont plus vraies que certaines performances de grands comédiens. ANOMALISA instaure un rapport unique avec son spectateur, un malaise (si familier au cinéma de Kaufman), mais aussi une réflexion sur les troubles émotionnels et égocentriques de l’Homme. C’est un chef-d’œuvre qui fait une entrée grandiose au palmarès 2015, mais aussi dans le cercle très fermé des meilleurs films de la décennie.

***

Bonne année 2016 bande de joyeux drilles cinéphiles !

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