Top 10 2015 d’Olivier Bouchard

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5 janvier 2016 par Olivier Bouchard

Top 10 Olivier

Qu’on m’excuse une fois de plus mon interminable négativité, l’année 2015 fut personnellement traumatisante. Je vous épargne les détails et un étalement personnel dans ces lignes, je crois simplement que mon appréciation du cinéma en fût touchée. Le choix de mes dix films « préférés » de l’année se trouve donc à représenter ce qui, pour moi, fût une année difficile mais qui fût tout de même très belle en matière de cinéma.

Taxi Téhéran

10. TAXI TÉHÉRAN – 82 min – Iran – Jafar Panahi

Chez Jafar Panahi, l’acte même de filmer, ou d’exister en tant qu’intellectuel, devient un acte de subversion. TAXI TÉHÉRAN est un film de dissidence politique qui, loin de se laisser emporter par la colère, travaille tranquillement ses idées. Il incite à penser, à s’insurger, et à le faire avec une clarté d’esprit irréprochable qui ne met jamais l’humain de côté au profit du geste politique.

Chorus

9. CHORUS – 97 min – Canada (Québec) – François Delisle

On critiquera du nouveau film – beaucoup plus faible que son précédent, LE MÉTÉORE – de François Delisle, qu’il se complait trop dans son malheur. Pour ma part, je vois dans CHORUS un désir, malsain mais sincère, d’aller au plus profond de ses propres problèmes. C’est un désir radical de vivre avec la tristesse pleinement pour mieux s’en affranchir, un désir qui rebute lorsque l’on préfère regarder ailleurs. Un mal nécessaire pour certains, peut-être.

L'Ombre des femmes

8. L’OMBRE DES FEMMES – 73 min – France – Philippe Garrel

L’OMBRE DES FEMMES est un très simple film. J’apprécie dans la démarche de Philippe Garrel la capacité à s’en tenir au strict minimum d’un récit amoureux et d’en extraire tout de même des personnages denses. L’OMBRE DES FEMMES n’est pas un film d’une grande portée ni un film qui aspire à plus que d’exposer discrètement sa petite histoire, ce qu’il réussit parfaitement.

The Whispering Star

7. THE WHISPERING STAR / HISO HISO BOSHI – 100 min – Japon – Sion Sono

J’ai vu trois des six films que Sion Sono a réalisés cette année. De ceux-ci (avec TAG et LOVE & PEACE, donc), THE WHISPERING STAR est celui qui détonne le plus dans la carrière récente du cinéaste. Loin de son énergie habituelle, Sono réalise un film calme, à la progression routinière évoquant JEANNE DIELMAN… Hanté par Fukushima, c’est pour moi un film d’une grande beauté, malgré une difficulté d’approche certaine. C’est, évidemment, une œuvre personnelle pour Sono, ce qui la rend, à mes yeux, encore plus précieuse.

Carol

6. CAROL – 118 min – Royaume-Uni, États-Unis – Todd Haynes

Rejouant avec des idées qu’il avait touchées dans FAR FROM HEAVEN, Todd Haynes réalise avec CAROL un mélodrame selon les règles classiques qui s’attaque pourtant à des sujets qui étaient tabous à l’époque de Douglas Sirk. C’est un film sans surprise, qui ne cherche pas non plus nécessairement à surprendre, mais merveilleusement fait dans tous ses éléments, perfectionné dans toutes ses facettes. Du grand cinéma comme il s’en fait peu tant le désir de se démarquer prend souvent le pas sur un simple travail bien fait.

Trois souvenirs de ma jeunesse

5. TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE – 123 min – France – Arnaud Desplechin

Pour moi, Desplechin est le dialoguiste le plus enivrant du moment, élevant dans TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE d’éternels ados plutôt exécrables au niveau de sujets d’œuvre d’art. À mon sens, la structure plutôt foutraque retient son film d’égaler ses meilleures œuvres, mais il se trouve dans le texte certains de mes moments préférés de l’année. C’est toujours ça.

No Home Movie

4. NO HOME MOVIE – 115 min – Belgique, France – Chantal Akerman

Si une mort annoncée se présente comme un violent choc, son arrivée est une lente attente marquée par le désespoir. Le dernier film de Chantal Akerman étant si personnel, il est maintenant impossible de le visionner sans avoir en tête les derniers moments de la réalisatrice elle-même, qui s’est suicidé peu après la mort de sa mère présentée dans NO HOME MOVIE. La cinéaste affirmait en entrevue que ses films faisaient ressentir le temps au spectateur pour ne pas leur voler, NO HOME MOVIE est donc les derniers temps, infiniment triste mais tout aussi précieux, qu’Akerman partage avec ses spectateurs. Ceux-ci sont à chérir.

World of Tomorrow

3. WORLD OF TOMORROW – 17 min – États-Unis – Don Hertzfeldt

Don Hertzfeldt est assurément un des grands cinéastes de l’animation contemporaine. En plaçant sa vision nihiliste d’un futur inhumain face aux yeux d’une enfant complètement incrédule, il frappe de naïveté l’appréhension anxieuse de l’avenir. Constant dans sa démarche de cinéaste, Hertzfeldt expose dans WORLD OF TOMORROW des idées tout aussi folles que pertinentes, regardant dans le futur pour caractériser une angoisse bien contemporaine.

The Assassin

2. THE ASSASSIN / NIE YIN NIANG – 105 min – Taïwan, Chine, Hong Kong, France – Hou Hsiao-hsien

Qu’on ne me demande pas d’expliquer dans tous ces détails le récit du dernier film de Hou Hsiao-hsien, comme plusieurs, je n’y ai compris au mieux que la ligne directrice. Pourtant très austère, THE ASSASSIN est tout de même parvenu à m’émouvoir dans la puissance de ses images qui prennent le pas sur l’intériorité du protagoniste, elle-même ascétique et ne générant donc aucune empathie. Et puis tant pis, je n’aurai donc pas besoin de comprendre un récit pour en adorer le résultat.

Right Now Wrong Then

1. RIGHT NOW, WRONG THEN – JI GEUM EUN MAT GO GEU DDAE NEUN TEUL LI DA – 121 min – Corée du Sud – Hong Sang-soo

C’est bien parce que mon année 2015 fût si difficile que je place un film « léger » tout au haut de ma liste. Le cinéma de Hong Sang-soo m’est tout simplement plaisant et, ce, sans jamais devenir trop naïf. RIGHT NOW, WRONG THEN reprend ses thèmes, ses méthodes et ses idées habituelles, qu’il travaille de film en film en les affinant à chaque fois, de sorte que son cinéma est maintenant émotionnellement dense tout en restant foncièrement anecdotique dans ses récits. RIGHT NOW, WRONG THEN est donc pour moi le film le plus prêt de la réalité, elle aussi anecdotique, et reconfirme l’importance de la carrière d’un cinéaste qui trouve dans une apparente légèreté une valeur définitive.

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