Top 10 2015 de Pascal Plante

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31 décembre 2015 par Pascal Plante

top10Pascal

De Charlie à San Bernardino, 2015 aura été une année plutôt triste. L’adage « Reality is stranger than fiction » n’aura jamais été aussi vrai. Je ne ferai pas de politique ici, car le but premier de cet exercice annuel est de célébrer le cinéma. Il le faut, oui, car le cinéma est essentiel, plus que jamais, pour affûter la sensibilité, l’ouverture d’esprit et l’empathie vis-à-vis d’autrui. En rétrospective, je me vois heureux de constater que cette sélection coups de cœur 2015 propose une belle variété thématique offrant une tribune à la diversité, quelle qu’elle soit.

Voici 10 merveilleux films.

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10. TANGERINE – 88 min – États-Unis – Sean Baker

« Parce qu’on est en 2015 » (comme dirait l’autre), il est vrai qu’il était grand temps que les transgenres soient représentés de façon plus authentique au cinéma. Cela dit, ce serait réducteur de baliser TANGERINE de façon aussi pointue, car, oui, sous la gamique marketing du « film tourné avec un iPhone » se cache l’un des longs-métrages les plus audacieux sur… l’amitié. Le duo Sin Dee et Alexandra est invincible lorsqu’unifié, et ce, malgré les mille et une faiblesses dissimulées sous leurs façades de femmes fortes. TANGERINE propose un portrait urbain d’une Los Angeles bétonnée, peu reluisante même sous le soleil, qui n’a pas à attendre que la nuit tombe pour fourmiller de tous ses vices. C’est dans ce décor brutal que nos héroïnes tenteront de trouver (ou retrouver) leur dignité.

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9. GUIBORD S’EN VA-T-EN GUERRE – 108 min – Canada (Québec) – Philippe Falardeau

GUIBORD S’EN VA-T-EN GUERRE prend comme terrain de jeu la politique fédérale canadienne. Aride comme sujet ? Pas sous la plume de Falardeau en tout cas. Il partage son évidente passion avec un entrain contagieux doublé d’un parfait équilibre entre l’humour pelure de banane et l’humour satirique tout en finesse. Le pitch est tout simple : le député indépendant Guibord, appuyé par son stagiaire haïtien féru de politique canadienne, se retrouve par inadvertance à avoir la balance du pouvoir sur le vote qui déclenchera le pays en guerre, ou pas. Tiraillé entre le « oui » et le « non », Guibord patauge entre sa conscience et les pressions qui fusent de toute part. L’ingénu (au sens voltairien du terme), n’est pas si ingénu que ça dans Guibord s’en va-t-en guerre : le personnage haïtien, ironiquement appelé Souverain, est une partie prenante de la situation délicate fictive (mais qui ne saurait tarder) qui divise les idéologies divergentes de notre vaste pays. L’indécision de Guibord témoigne de la subtilité de l’agenda politique du film lui-même ; ce film qui a l’intelligence de proposer (avec humour) un vrai, beau, débat sur des enjeux qui nous dépassent, nous, pauvres citoyens.

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8. DOPE – 103 min – États-Unis – Rick Famuyiwa

Pour vendre DOPE, on commence en parlant de sa trame sonore : du Public Enemy, du Tribe Called Quest, du Eric B & Rakim, du Nas… ah, et Freak on a Leash de Korn. J’ai votre attention ? Parce que DOPE, c’est quand même plus qu’un mixtape. Dans cette comédie survitaminée, Malcolm, un jeune geek sans embrouille, se retrouve malgré lui au cœur d’un deal de dope qui tourne au vinaigre à grands coups de quiproquos loufoques. Sous cette comédie de situation premier-degré se cache pourtant un film nécessaire qui a l’intelligence d’aborder des thématiques chaudes, tristement d’actualité. Je parle bien entendu du cercle de la violence des quartiers défavorisés perpétré par les gangs de rues armés jusqu’aux dents, chez nos voisins du Sud. La descente aux enfers de Malcolm, dont l’exagération comique aurait pu stériliser le propos, devient, au contraire, une parabole poignante de la sombre destinée d’un nombre alarmant de jeunes rattrapés par la rue, tueuse d’ambitions, dans laquelle la valeur de l’individu est mesurée à l’éclat des bling-bling, à la lourdeur des guns, à la variété des drogues, et à l’abondance de l’argent dealé dans le sang. Look at mah shit, y’all!

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7. EX MACHINA – 108 min – Royaume-Uni – Alex Garland

Le mythe de barbe bleu, version Frankenstein 2.0, saupoudré de références bibliques, format science-fiction… voici en gros ce que représente EX MACHINA d’Alex Garland. Petit frère sociopathe de HER, EX MACHINA est un thriller futuriste campé dans un avenir qui n’en est peut-être pas un, puisque l’effrayante prémisse (un cyborg intelligent qui se rebelle contre son créateur) relève du domaine du possible. Ce scénario, nous l’avons déjà vu plusieurs fois, non ? Eh bien, pas de cette façon. Alex Garland insuffle à son huis clos une atmosphère inquiétante. Envoûtante, même. Le scénario habilement ficelé de Garland est exempt de superflus. La construction narrative est si précise, si méthodique, que cela rend le film encore plus froid. Inhumain, presque… un peu comme si le véritable point de vue du film provenait du robot lui-même. Au fait… maintenant que j’y pense… c’est exactement ça.

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6. THE ASSASSIN / NIE YIN NIANG – 107 min – Taïwan, Chine, Hong Kong, France – Hou Hsiao-hsien

THE ASSASSIN ramène le mot « art » dans « arts martiaux ». Tout dans ce film est somptueux. Absolument tout. Une mise en garde est d’usage, par contre : ce film exigeant plaira davantage aux amateurs de l’œuvre de Hou Hsiao-hsien qu’aux amateurs de films d’action wu xia. La caméra contemplative de Hou se campe souvent à retrait, préférant observer les personnages dans leur environnement plutôt que de forcer l’intimité. De plus, le jeu opaque de Shu Qi (qui avait travaillé avec Hou sur MILLLENIUM MAMBO et THREE TIMES) permet difficilement au spectateur de s’y identifier. Souvent, son mentor lui dira qu’elle doit « sacrifier ses émotions » si elle veut devenir une tueuse encore plus redoutable. Le récit croise donc l’assassin éponyme à mi-chemin de sa déshumanisation ; il s’intéresse à l’once d’humanité terrée au creux de son être. Les indices permettant de trouver un brin de chaleur au cœur glacé du protagoniste sont parsemés de façon éparse au fil d’un récit énigmatique, raconté en ellipse, sans soucis de synthèse. Tout ce qui est clair, c’est que l’assassin doit éliminer son cousin à qui elle était autrefois promise… et même lorsque les émotions se mêlent de la partie, ce n’est plus si clair que ça… mais qu’importe : THE ASSASSIN est un voyage transcendantal ; une expérience sensorielle unique.

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5. INSIDE OUT – 95 min – États-Unis – Pete Docter et Ronnie Del Carmen

S’il y a bien une chose qu’on a apprise à force de naviguer l’imposant catalogue de Pixar, c’est qu’il ne faut en aucun cas, par snobisme, réduire leurs œuvres à de simples « films pour enfants ». Le thème fondateur de ce studio (initié par TOY STORY, il y a vingt ans déjà) n’est-il pas justement le désaveu de notre cœur d’enfant ? Et bien, Pete Docter, John Lasseter et les autres têtes pensantes chez Pixar ne l’ont pas désavoué, eux, leur cœur d’enfant. Preuve à l’appui, cette année, avec un film qui nous plonge littéralement dans la tête d’un enfant. Une jeune fille, pour être exact. Mais gars ou fille, on s’en fout, au fond, tant le drame exploré dans INSIDE OUT jaillit d’enjeux universels. Je dis drame, oui, car même si les sympathiques bibittes aux commandes du monde intérieur du personnage principal ont quasiment l’air sorties d’un épisode des Pokémon, INSIDE OUT réussit le tour de force de nous tirer des larmes, et ce, à plus d’une occasion. Mais ça, c’est un secret. On est des adultes. On ne pleure pas.

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4. AMY – 122 min – Royaume-Uni, États-Unis – Asif Kapadia

Nous avons été nombreux à avoir jeté une pierre à la star déchue. Aujourd’hui, AMY nous fait amèrement ravaler notre salive. Le bouleversant documentaire se trouve à être le miroir de notre monstruosité collective. De notre hypocrisie, aussi, car la vérité est que nous, le public lointain ou le fan d’occasion, ne connaiss(i)ons pas ces vedettes. Pas vraiment, en tout cas. Nous n’avons aucune idée de ce que Britney Spears, Lindsay Lohan, Amanda Bynes, et tant d’autres (souvent des femmes, ou Charlie Sheen) subissent au jour le jour. Asif Kapadia a visé juste en choisissant le titre de film le plus approprié pour parler de la mythique chanteuse : en l’appelant par son prénom, comme les proches le faisaient. Kapadia peint en Amy un personnage tragique, en quête d’amour, trop sensible pour être catapultée sous les feux de la rampe, et trop autodestructrice pour être exploitée par une industrie impitoyable. Cela dit, le génie de Kapadia aura été de laisser Amy parler d’Amy, car, après tout, pour la regrettée chanteuse, love is a losing game. Pourquoi était-ce si réjouissant d’assister au spectacle morbide de quelqu’un qui y perd, à ce jeu ? Ceci est une vraie question.

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3. GOD BLESS THE CHILD – 92 min – États-Unis – Robert Machoian et Rodrigo Ojeda-Beck

Des enfants sont laissés à eux-mêmes. Une sœur aînée de 13 ans doit s’occuper de ses quatre petits frères en l’absence inexpliquée, et prolongée, du maître du logis. Ce semblant d’histoire n’en est pas réellement une : c’est plutôt un prétexte pour les cinéastes de s’amuser avec des petits monstres issus des États-Unis bien profonds. La fascination crue d’un Harmony Korine rejoint une certaine poésie malickienne dans ce long-métrage collaboratif détourné par d’extensives séances d’improvisation avec les enfants – de réels frères et sœurs, dans la vie. Produit avec trois fois rien, GOD BLESS THE CHILD est un film libre qui se joue de l’ambiguïté de son étiquette (fiction ou documentaire ?). Il est vrai qu’il serait tentant d’en savoir plus sur le modus operandi des cinéastes, surtout lorsqu’on sait que la mère des enfants à l’écran a étroitement collaboré au scénario et que l’un des réalisateurs (Robert Machoian) est le père. Teinté de mystère, GOD BLESS THE CHILD est un film-OVNI exceptionnel portant un regard tendre sur des enfants, parfois cruels.

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2. LA LOI DU MARCHÉ – 93 min – France – Stéphane Brizé

Un énième film sur la crise économique européenne (mondiale ?), mais le bon, cette fois. Stéphane Brizé a compris que les films généralistes, pamphlétaires et didactiques ne résonnent plus : pour transmettre adroitement de vastes idées socio-économiques, il faut, avec empathie, toucher le spectateur au moyen d’un récit concis et humain. Dans LA LOI DU MARCHÉ, la caméra intimiste de Brizé est inlassablement braquée sur le visage déconfit du personnage de Vincent Lindon. Cet homme, il se cherche du boulot. C’est tout. Mais ce n’est pas tout. Cette prémisse d’une accablante simplicité se transforme peu à peu en odyssée symbolique faisant miroiter les multiples non-sens d’un système économique aliénant, dont les règles du jeu ne bénéficient qu’à une élite bien trop exclusive. Tiraillé entre ses intérêts personnels (lire « intérêts financiers ») et sa conscience, le protagoniste de LA LOI DU MARCHÉ passera peu à peu de victime à bourreau dans ce récit qui a l’intelligence d’explorer toute la gamme de gris entre ces deux extrêmes.

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1. CAROL – 118 min – États-Unis – Todd Haynes

Ce troisième mélodrame d’époque signé Todd Haynes (après FAR FROM HEAVEN et MILDRED PIERCE) se pavane sur des sentiers battus. Bien battus, même, tant son filon narratif semble réutilisé, à la corde, comme ô combien de films hollywoodiens de l’âge d’or. L’amour impossible. Encore. Toujours. Alors, pourquoi diantre ce CAROL apparaît-il comme l’expérience cinématographique la plus copieuse cette année ? Pourquoi ce film truffé de clichés semble-t-il paradoxalement si frais ; si novateur ? Je répondrais ainsi : par je ne sais quelle magie, CAROL trouve le tour de faire palpiter notre cœur lorsqu’une main se pose sur une épaule. Lorsqu’un sourire se dessine. Lorsqu’un regard se croise. Lorsqu’une larme s’invite. Ces palpitations au creux de notre poitrine sont les uniques preuves de l’existence de l’amour… enfin, je le pense. Certes, même en utilisant notre tête, la valeur cinématographique de CAROL est indéniable (performances d’acteurs impeccables, musique mémorable, photographie précise, décors et costumes somptueux, etc.), mais ce sera votre cœur le réel baromètre de votre appréciation de l’œuvre. Le mien, il a été étreint, puis brisé, puis reconstruit, puis élevé par l’infinie beauté de ce film.

***

Voilà pour la liste !

J’aimerais nous souhaiter tous, chers cinéphiles, une merveilleuse année cinéma 2016 !

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