Point de vue positif

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27 novembre 2015 par Paul Landriau

Merci

L’actualité cinéma est morose. De mémoire récente, elle l’a toujours été.

Les gens vont voir moins de films au cinéma, les nouvelles technologies menacent le grand écran (que ce soit la télévision, la télévision couleur, le magnétoscope, le DVD, l’internet, le streaming, etc.). Le jeune public n’écoute que du cinéma abrutissant (c’était mieux avant? vraiment?). Les gros méchants studios et les gros méchants distributeurs avalent les petits. Les films québécois font du mieux qu’ils peuvent avec leurs moyens. À Paris, c’est mieux. À New York, c’est mieux. À Toronto, c’est mieux. Ah et puis diantre, je préfère rester chez moi. Netflix and chill.

Sauf que voilà, l’Histoire est cyclique et on a toujours tendance à idéaliser le passer et démoniser le futur. Non, il n’y aura plus jamais l’achalandage en salles de l’Après-Guerre. Oui, il y aura toujours (et sans doute de plus en plus) de gros blockbusters à formule pas spécialement raffinés. Oui les gens téléchargent illégalement pour ensuite écouter des films sur leur téléphone. Oui l’Excentris est encore en difficulté, et cette fois-ci sans doute pour de bon. Peut-être fermera-t-on ensuite l’Impérial, appartenant indirectement au Festival des Films du Monde qui n’en finit plus de s’éteindre dans la disgrâce.

Et alors?

Il y a toujours plusieurs façons de voir et analyser une réalité. La critique est facile, et le défaitisme contagieux. Prenez un microcosme et saupoudrez-y une pincée de négativisme. En moins de temps qu’il en faut pour dire rébellion, vous aurez un environnement absolument toxique. C’est que les pensées négatives circulent avec d’autant plus de facilité et de conviction que les pensées positives. Essayons quelque chose. En 2014, les parts de marché du cinéma québécois représentaient 5,9 %. C’est peu. C’est catastrophique. Comment transmettre notre culture, notre héritage, notre histoire à la nouvelle génération si on écoute si peu de nos films?

Autre regard. 5,9 %. Bravo! Dans un contexte de globalisation et d’une offre toujours plus diversifiée, sachant qu’on produit très peu de films au Québec comparativement à d’autres pays, les États-Unis, la France, etc., le cinéma québécois obtient un très respectable pourcentage et prouve que l’on s’intéresse toujours avec autant d’enthousiasme au cinéma d’ici. Encourageant pour les artisans locaux!

Et voilà.

Donc plutôt que de lamenter la fermeture d’Excentris, qui de toute façon révèle un problème beaucoup plus complexe qu’un simple combat de David contre Guzzo, je vais plutôt savourer les souvenirs que j’y ai vécus, et le privilège de toutes ces fois où j’ai pu y découvrir un film, en projection de presse, festivalière ou en projection régulière. C’est quand même là, dans la salle 3, la Parallèle, que j’ai découvert Leos Carax et son HOLY MOTORS. Ce n’est pas rien.

Plutôt que de rager contre les distributeurs locaux qui trop souvent font l’impasse sur des coups de cœur glanés en festivals, je veux saluer leurs bons coups! La Distributrice n’a-t-elle pas lancé contre vents et marées, pardonnez le jeu de mots, TRANSATLANTIQUE, œuvre aussi difficile que sublime, sur laquelle j’avais écrit quelques mots? J’aurais pu nommer des dizaines d’autres exemples, de tous les autres distributeurs d’ici.

Plutôt que de dépeindre Guzzo et Cineplex comme les ogres affamés qui se partagent sans modération la cinéphilie d’ici, sans égards à sa pérennité, je souhaite saluer l’effort constant mis par exemple dans le cinéma Forum, exemple éloquent de diversité d’offre culturelle, seul endroit où l’on peut attraper notamment des films indiens et chinois presque toutes les semaines. Où d’autre aurait-on pu voir le dernier d’Ann Hui, fresque historique de trois heures?

Plutôt que de maugréer le nombre important de festivals d’ici, qui n’ont pas toujours les films que je recherche, qui sont parfois trop dispendieux, ou trop cérémonieux, ou trop tôt, trop tard, et puis de toute façon je n’ai pas le temps; je souhaite les saluer tout un chacun, car quand même, Montréal c’est une putain de ville de cinéma où il se passe tellement de choses que faire l’impasse sur l’un ou l’autre de ces évènements n’est que le merveilleux problème d’une offre étendue et généreuse.

Plutôt que de jalouser ces individus qui demandent plus de subventions, ou ces bénévoles qui cherchent à créer des liens, ou ces immigrants qui occupent des postes importants dans la hiérarchie québécoise du septième art, je tiens à tous les remercier, de contribuer chacun, à leur façon, et de permettre au citoyen que je suis d’apprécier, la plupart du temps, un film.

Plutôt que de mépriser ces cinéastes qui ne me touchent pas, que de me moquer de ces relationnistes un peu trop entreprenants, que de lancer des flèches envers le milieu critique auquel je fais partie par la bande, que de lever le nez sur ces cinéphiles qui se croient plus fins que moi, que de snober ce « grand public » qui n’apprécie pas ce que je lui suggère, que de m’acharner sur cette frange de la population qui délaisse le cinéma au profit d’autres activités; je tiens à les respecter, les admirer, les choyer.

Pas qu’il faut tout idéaliser, bien au contraire. Il est important et primordial de remettre en question le fonctionnement, les objectifs et les résultats du milieu cinématographique d’ici. Mais voilà, en ce mois de novembre où les journées s’écourtent et la neige menace finalement de couvrir le paysage de son manteau déprimant et froid, il fait bon se rappeler aussi nos bons coups, et payer un peu de respect envers les autres. C’était après tout, aux États-Unis, la Thanksgiving.

Dans un milieu où l’austérité nous fragilise tous, il y aura toujours la place pour l’amitié. Merci à tous.

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