À la r’voyure!

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5 novembre 2015 par Paul Landriau

Aiguebelle

Dernière journée au Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. Tôt le matin, une responsable du tourisme de la région vient me chercher à l’hôtel. Avant mon arrivée, on m’avait envoyé une liste d’activités possibles afin de promouvoir la région et pas seulement le festival. J’ai choisi de parcourir le parc Aiguebelle, situé à quelque 50 kilomètres de Rouyn-Noranda. Avant cela, pour prendre des forces, déjeuner au St-Exupéry, où les œufs sont bons et où on peut lire des citations de l’auteur sur les murs de la salle à manger. « Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent. »

Aiguebelle est un peu l’idéal d’un parc. Tranquille, une rivière le sépare en deux, quelques ponts et lieux d’observation en bois, très peu de visiteurs; une oasis où prendre le pouls de l’environnement. La responsable du tourisme me guide et me fait la conversation. Je lui pose de temps en temps des questions factuelles, par exemple quelle est la superficie du parc (268 km2), je lui parle de moi, de mon parcours et mes découvertes. Elle me parle des autochtones du coin, du boulanger alsacien, du chef normand, d’un certain boom d’immigration local. Je m’arrête régulièrement pour prendre des photos destinées aux médias sociaux, question de justifier cet avant-midi.

Nous irons ensuite au Gisement, un bistro/chocolatier. On y sert un menu très chouette (j’ai pris un couscous aux merguez), des bières importées et locales (une Foublonne de Trèfle Noir, la micro-brasserie du coin) ainsi que toute une variété de chocolats chauds fait à l’ancienne. C’est leur spécialité. J’essaie donc le spécial saisonnier, qui se trouve alors être un chocolat chaud au romarin. J’étais aussi sceptique que vous, mais force est d’avouer que c’est très, très bon.

Retour au Théâtre du Cuivre, où un film romantique intitulé AEROBICS est sur le point de commencer. Sauf que cette fois, je ressens un coup de fatigue. Pas une simple baisse d’énergie, que l’on pourrait combattre avec un café, mais un réel coup, comme si mon corps souhaitait reprendre les commandes et me faire comprendre que je n’ai pas été sage ces derniers jours. Sauf que là, ma chambre d’hôtel ne m’appartient plus, mon vol est prévu dans six heures et je n’ai nulle part où aller. Je demande avec espoir si la salle de visionnement réservée aux journalistes est libre. « Dans 15 minutes il y a un visionnement prévu. » Pas de bol.

Je me rappelle alors avoir vu la bibliothèque municipale, située à deux coins de rue du Théâtre. Mon plan : aller dans un coin peu visible, sortir un livre et l’ouvrir au hasard, question que je ne sois pas trop suspect, et piquer un bon somme. On croira que je me suis assoupi en pleine lecture. En entrant, je vois une installation de quatre télévisions et deux fauteuils. Deux paires d’écouteurs attendent sagement sur la petite table qu’un spectateur les enfile. Intrigué, je m’assois dans l’un de ces fauteuils. Le projet, LE PASSAGE DU TEMPS de Pierre Hébert. Quatre vidéos de longueurs différentes tournent en boucle. Filmées à Berlin, ces vidéos sont plutôt contemplatives. La plupart du temps, des plans fixes nous présentent un bâtiment, un travailleur, un coin de rue, un graffiti. Hébert, à son habitude, ajoute de l’animation par-dessus tout ça. Des citations de Walter Benjamin et Bertold Brecht complètent l’œuvre. Niveau sonore, on peut entendre des sons des quatre vidéos simultanément, créant ainsi des liens aléatoires et une lecture soumise à l’œil du spectateur, qui ne sait pas toujours sur quoi se concentrer. Intrigué, et confortable, je regarde au moins deux fois l’ensemble des vidéos. Pas tout à fait une sieste, ce repos saura convaincre mon corps de me laisser tranquille, du moins pour l’instant. Je n’ai plus vraiment envie de dormir.

Je fais donc le tour des allées, je monte à l’étage, je fouine dans les rayons jeunesse. Je redescends à l’étage adulte, prends un fauteuil du fond et entame les derniers chapitres de mon livre sur les cinémas d’Asie. Une fois terminé, direction le Théâtre du Cuivre où mon chauffeur m’amènera à l’aéroport.

En salle de presse, le buzz du jour, c’est LE SOLEIL DE PLOMB, sublime et contemplative histoire d’amour en trois temps sur fond politique de la situation croate, contexte qui m’échappe, je dois bien l’avouer. Les trois couples, à dix ans d’intervalles, sont joués par le même duo d’acteurs. Le film représente la Croatie dans la course du meilleur film étranger, et il ne serait pas étonnant de le retrouver dans les finalistes. Pour qu’il arrache le prix au FILS DE SAUL cependant, il faudrait un miracle. Dans la salle, puis dans la voiture qui m’amène à l’avion, on me parle des autres festivals des environs. « Connais-tu le Festival de musique émergente? Quid du Festival du Documenteur? » Alors qu’à Montréal on peut parfois souhaiter la mort de tel festival ou maugréer contre la quantité immense d’évènements, ici on ressent une solidarité et une fierté associées à ces célébrations culturelles. La ville est fébrile; pas un seul café ni magasin ne possède de prospectus ou d’affiches du FCIAT. Pour les cinéphiles du coin, c’est une trop rare occasion de voir ce type de cinéma sur grand écran, et d’y rencontrer les artisans. Un positivisme qui fait du bien.

Dans l’aéroport déjà, une sorte de blues s’installe. La fatigue elle, n’a pas oubliée son combat, elle est revient avec plus de force. Je passerai le vol de retour dans un sommeil profond. Dur à croire que mon escale est déjà terminée. On souhaite déjà que ça devienne une tradition, et qu’un membre de l’équipe puisse profiter de l’hospitalité et de la tranquillité de la région en 2016 (en voilà une demande à peine camouflée!). Pour notre part, on a un festival à préparer et quelques critiques à finir. L’occasion de se dire, à la r’voyure!

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