Je suis un renard

Poster un commentaire

4 novembre 2015 par Paul Landriau

Église

La veille de mon départ. Déjà? C’est qu’en plus d’être bref, le séjour sera riche. Au rayon des souvenirs, j’amène avec moi quelques anecdotes de fins de soirée qui ne se détaillent pas en public. Entre deux projections, je prends un café, un verre de vin blanc, un rhum & coke. J’écris. Suis-je un bon invité? Je me désiste pas mal de l’horaire établi, préférant là sauter un dîner en gang pour aller écrire seul, ou là quelques courts pour marcher, vers nulle part. Vous savez, enfant, les tours guidés dans les musées, où un employé vous dit quoi voir et quoi penser? Je préfère glander en solitaire, en conversation avec moi-même. Je sais que dès mon retour à Montréal, le festival Cinémania m’attend, je dois reprendre l’écriture de mon mémoire, j’ai des trucs à arranger dans l’appartement. Loin de tout, je ne fais qu’écouter et documenter. Le bonheur.

Il y a des films, que même s’ils sont très bons, possèdent plein de qualités, inspirent très peu la plume. C’est un peu le cas de BROOKLYN, où Saoirse Ronan incarne une jeune irlandaise immigrant à New York au milieu du siècle. Elle deviendra une femme, tombera amoureuse d’un Italien et son pays, son chez soi lui manquera cruellement. Le genre de film très drôle par moments, touchant à d’autres, longuet ici ou là. Un véritable crowd-pleaser, coproduit avec le Canada, et tourné en partie à Montréal. Ça ne changera pas votre vie, mais ça s’écoute très bien.

La familiarité est de plus en plus présente, on se surprend même à aborder de plus en plus de gens, alors qu’on est plutôt du genre discret. Je ne suis pas asocial, quand même, disons que je suis plus distant que certaines personnes. Ou alors est-ce la fatigue? On retourne à notre horaire beaucoup trop souvent, regardant la feuille sans enregistrer une seule information. Allons-y pas à pas, une séance à la fois. Ce matin, j’ai rendez-vous avec une responsable touristique de la région. On va aller se balader dans un parc, question de couvrir un autre album de Michel Rabagliati, et nous déjeunons au St-Exupéry. Comme le renard du célèbre conte de l’auteur, je suis long à apprivoiser, mais lorsqu’on a pris le temps de me connaître, je suis le plus fidèle compagnon.

***

Ce qui est bien avec les régions, c’est qu’ils possèdent chacun leur accent. Dans un contexte professionnel, d’envergure nationale, on tente d’user du plus beau français; on souhaite convaincre de notre argument avec notre style plutôt qu’avec notre contenu. Ceci dit, rapidement, les régionalismes sortent. Chassez le naturel et il reviendra au galop. La plus belle langue est celle qu’on confectionne, qu’on apprivoise, qu’on domestique.

Il y a le souper officiel, réservé aux invités, et le souper officieux, dans la salle de presse, réservée surtout aux bénévoles sur place. On se commande des plats et on mange sur nos genoux une salade ou une pizza. Je suis peut-être petite nature, mais ça me convient bien. Autour de la petite table, on s’échange des anecdotes. Un chauffeur raconte la gestion particulière de foule qui a lieu à Cannes. J’en rajoute avec certaines foules exigeantes au cinéma Impérial, où je travaille depuis 6 ans. C’est sans doute parce que je viens du milieu, que j’ai travaillé (de nombreuses fois à titre de bénévole) à tant de festivals que je me sens de connivence avec les personnes précieuses qui s’occupent du bon déroulement de l’évènement. Un journaliste n’est-il pas là pour couvrir les coulisses?

***

Beaucoup de films-prouesses au festival cette année. Coïncidence peut-être. VICTORIA et son unique plan, LE FILS DE SAUL et son parti pris cinématographique, LES DÉMONS et l’effacement de la trame sonore au profit d’une égalité d’arrière-plan. Ce genre de proposition radicale est souvent un couteau à double tranchant; on risque de se perdre dans son gadget et de manquer le récit au final. Mais quand l’alchimie est parfaitement dosée, il n’y a rien de plus spectaculaire. C’est pour ces quelques moments magiques que l’on revient toujours dans ces salles sombres.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

sondage

%d blogueurs aiment cette page :