Fudge au chocolat

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3 novembre 2015 par Paul Landriau

Paramount

Après une bonne nuit de sommeil (trop courte, comme toujours), on entame la première journée des festivités. Ce qui frappe, c’est la générosité des gens, et l’aisance qui s’installe rapidement. Un bras tendu vient prendre le sel devant nous, une dame nous offre un « fudge au chocolat que j’ai fait moi-même! » en souriant à pleines dents, un bénévole se glisse dans notre conversation sans trop de cérémonie. Faut bien s’habituer l’un l’autre, loin de la métropole, au fond des bois, la plupart logés au Quality Inn. Nous mangeons tous ensemble, un animateur s’occupe de présenter à la foule les célébrités présentes (un peu tout le monde peut aspirer au titre) et les artisans venir proposer leur création. Ici, le court occupe la même place que le long, l’étudiant obtient la même tribune que le maître, le fantastique est écouté avec autant d’attention que le drame. On ne fait pas de façons, on aime le cinéma de toutes les façons.

À bien des égards, le FCIAT, de son acronyme, est un festival à échelle humaine. La région, ça vient avec ses avantages et sa modestie. Un seul programme principal, tout ou presque jouant dans la même salle; on fait le tour du centre-ville en quelques minutes. On se rappelle alors notre adolescence passée dans la ville de la nature (Val-Bélair). On prend des photos, on donne des bonnes poignées de main (celle de Louis Dallaire, l’un des cofondateurs du festival, est particulièrement soutenue!) on rigole devant certains films et on s’offusque devant d’autres.

Tout n’est pas parfait, loin de là. On nous informe qu’il fait particulièrement chaud en ce début novembre à Rouyn, ce qui explique que la salle du Théâtre du Cuivre est particulièrement étouffante. C’est qu’avec salle comble sur salle comble de cinéphiles au cœur battant, l’air conditionné ne fournit plus. Sinon, et c’est le fait de tous les festivals que nous connaissions, on souhaiterait quand même devoir endurer moins de discours de remerciements, de présentation, de commanditaires, surtout lorsque ceux-ci se répètent d’un programme à l’autre. Inévitablement donc, on prend du retard et on fatigue. Pas facile de rester concentré lorsque la chaleur donne envie de somnoler!

On persiste et signe cependant, car on sent véritablement que notre présence, et notre opinion, sont appréciées. Les éventuelles oppositions seront débattues autour d’une bière dans la salle réservée à l’hôtel en fin de soirée, où l’on se sert soi-même sans gêne lorsqu’un des nombreux bénévoles s’absente momentanément. Ainsi, que le film LES DÉMONS m’ait répugné, que je l’ai trouvé banal, prétentieux, tape-à-l’œil, lourd et inconséquent n’est pas une tragédie mais qu’une simple position personnelle. Comprenez bien que je ne choisis pas d’embarquer ou non dans un film. Ce n’est pas une politique personnelle ou une rancœur personnelle envers tel ou tel créateur. Je ne suis que mon cœur et ma tête. C’est aussi ça la joie du cinéma, de sentir des choses et de vivre personnellement un parcours avec un objet, que ce parcours soit positif ou négatif. Je préfère cent fois être rebuté par une proposition radicale que d’être satisfait d’un film sans tâche, sans saveur. Philippe Lesage a énormément de talent, le film me déçevant donc autant plus. J’attends son prochain avec impatience. Contradictoire? Non, passionnel.

D’autres films par contre vous renversent complètement, et pour les bonnes raisons. Le FILS DE SAUL, film prodigieux hongrois, ponctuait la journée d’hier d’un point final éloquent. On en reparlera.

Pour se dégourdir un peu, on s’échappe aux chauffeurs et au programme prévu et on marche un peu au hasard dans les rues de Rouyn, qui à chaque coin de rue donne l’impression de se retrouver dans une case de Chris Ware. Appelez ça de la nostalgie ou de la mélancolie, j’appelle ça du repos spirituel. On entre dans une librairie sociale qui vend des livres usagés et envoie une partie des profits en Afrique. On est moins là pour faire une bonne action que pour voir les rayons disparates et sentir le papier usé, toucher le roman qui a vécu, qui a connu plusieurs aventures. Est-ce qu’il y a quelque chose de plus merveilleux qu’une petite librairie tenue par une vieille dame qui a oublié de barrer la porte car elle fermait son magasin? Elle me laissera tout le temps nécessaire pour faire mes emplettes me rassure-t-elle. Je n’aurai besoin que de quelques minutes, le temps d’attraper un gros Stephen King de 1000 pages format poche, au cas où j’aurais terminé mon exemplaire des Cahiers. Ainsi va la vie en Abitibi.

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