Comme en terre

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15 juillet 2015 par Paul Landriau

Director's commentary - Terror of Frankenstein

Depuis les années 80 et l’arrivée du cinéma à la maison par l’entremise de la VHS ou encore du Laserdisc, la cinéphilie aura muté dans une forme étendue qui va au-delà du simple objet filmique lui-même. Soudainement, scènes coupées, bandes-annonces et critiques écrites pouvaient accompagner les éditions dites de luxe des films que l’on ajoutait à sa collection personnelle. Se construisait alors une connaissance des conditions de tournage, des évaluations des artistes, et même un moyen de revisiter une scène en particulier sans passer par les archives d’une cinémathèque. Évidemment, les livres sur l’envers du décor étaient déjà nombreux, mais le cinéma à la maison, qui a connu son apogée avec le DVD dans la première décennie des années 2000, a élargi le discours cinématographique des cinéphiles et du grand public.

Pour plusieurs cinéphiles enthousiastes et sérieux, la piste de commentaire du réalisateur, en voix off qui accompagne le film qui voit son niveau sonore diminuer, s’avère le Graal de l’édition spéciale. L’occasion pour le réalisateur de revenir sur des mois voire des années de travail et nous dévoiler astuces, anecdotes et intentions de tournage. Une maison d’édition comme Criterion a d’ailleurs assuré la pérennité de ces pistes de commentaires en la proposant presque systématiquement sur chacune de leur sortie, dans la mesure du possible. Évidemment, comme toute bonne chose, cette piste de commentaire est en voie de disparition, conséquence de l’érosion de la vente d’éditions maison de films (en DVD ou Blu-ray) au profit du dématérialisé. Les générations à venir verront possiblement ces pistes de commentaire comme une excentricité d’une génération en mal de gadgets.

Le duo Rodney Ascher et Tim Kirk, qui nous avait donné l’inégal ROOM 237 nous propose un nouvel exercice formel à l’accroche séduisante; construire une piste de commentaire fictive qui lèvera le voile sur la vague de crimes récents qui impliquent l’équipe du véritable film TERROR OF FRANKENSTEIN. Film inclassable qui à partir d’un document moule le regard. Exercice ludique métafictionnel, car à l’aide du film de 1977, montré en intégralité, on ajoute un récit dialogué par le réalisateur et scénariste du film, Gavin Merrill et David Falks, pas les véritables noms des créateurs du film original, et qui sont interprétés par Clu Gulager et Zack Norman. Vous suivez? Si Tom Kirk change le nom de ses protagonistes, ceux-ci font néanmoins constamment référence aux véritables acteurs et artisans du film, notamment le célèbre « acteur qui a joué pour Stanley Kubrick » Leon Vitali, qui reprendra lui-même son rôle ici pour une trop courte « scène ».

Concept oblige, le récit se déroule en temps réel. On écoute le film en même temps que Gavin et David qui se remémorent les collaborations et n’ont définitivement pas la langue dans leur poche. On les sent aigris, attristés et fatigués. C’est que le film a ressurgi dans la conscience populaire pour les mauvaises raisons, une vague de meurtres qui viserait les individus ayant recréé la créature de Frankenstein pour ce film qu’on considère comme la plus fidèle adaptation du roman de Mary Shelley.

Quelques clins d’œil n’auront de sens que pour ceux qui sont familiers avec l’environnement d’un menu DVD, comme cet avertissement du FBI d’usage en début de film où apparaît les mentions « not available » et « next » ou « menu ». Quel cinéphile n’a jamais connu la frustration et la lourdeur technique d’un DVD qui refuse de coopérer? Plus loin, les protagonistes commenteront la pauvre qualité visuelle alors que le scénariste demandera au réalisateur s’il pouvait obtenir meilleure copie. « J’aimerais bien, mais le négatif a été détruit. Nous n’obtiendrons jamais une meilleure version ». Des mots qui sonnent comme une eulogie pour les cinéphiles avertis.

Si on est d’abord fortement enthousiaste par le procédé métatextuel et qu’on se plaît à prévoir quelles surprises formelles Kirk nous réserve, le résultat lasse rapidement. La pauvreté du texte est amplifiée par l’accumulation de jurons et expressions vulgaires qui dénotent une simplicité d’esprit des protagonistes. Le jeu des acteurs, plutôt que convaincre d’une certaine nonchalance, d’une certaine improvisation, semble forcé et surfait. L’arrivée de Leon Vitali dans son propre rôle, annoncée à même la construction est retardée jusqu’au point où on en vient à l’oublier. Lorsqu’il se pointe, l’ennui s’est déjà installé. De plus, les révélations que nous promet l’accroche du film seront finalement plutôt banales et inconséquentes pour quiconque a déjà entendu une histoire d’horreur autour d’un feu. Kirk et Ascher souhaitent chambouler les codes du documentaire, et le font visiblement avec passion, mais il faudrait encore que le résultat soit à la hauteur de la promesse. La déception est d’autant plus grande que l’on était séduit par l’idée.

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Director’s Commentary: Terror of Frankenstein – 2015 – 92 min – États-Unis – Tim Kirk

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