Ready? Fight!

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14 juillet 2015 par Paul Landriau

Kung Fu Killer

Les plus grandes vedettes du cinéma d’arts martiaux approchent la retraite. C’est que les Jackie Chan, Jet Li, Sammo Hung et dans ce cas-ci, Donnie Yen ne rajeunissent pas. S’il y a peu de jeunes acteurs qui font consensus pour prendre leur place, c’est aussi parce que ces mégastars ne veulent pas la laisser tout de suite. La meilleure recette pour donner un second souffle à une carrière? Revenir aux bases. Jackie Chan nous a récemment donné un nouvel opus de la saga POLICE STORY et a conclu la trilogie ARMOUR OF GOD avec CHINESE ZODIAC. Donnie Yen, pour sa part, a déclaré en entrevue qu’il n’avait plus que très peu de choses à apporter à ce cinéma qui a fait de lui une icône internationale. Pour ce KUNG FU KILLER (aussi connu sous le nom de KUNG FU JUNGLE, en original YI GE REN DE WU LIN), le cinéaste Teddy Chan et la dizaine de producteurs ont voulu créer un hommage au genre déguisé en intrigue policière portée par Donnie Yen et Baoqiang Wang (que l’on a vu briller notamment dans BLIND SHAFT, MR. TREE et A TOUCH OF SIN). Pour Yen, c’est également l’occasion de revisiter une formule qui avait été un grand succès avec WU XIA.

Cette formule c’est le mélange des genres et des tons. D’un côté, une enquête policière sommaire façon CSI, de l’autre des combats spectaculaires à grand renfort de CGI et Wire fu (scènes de combats amplifiés par les harnais et cordes que l’on supprime en postproduction). La première scène nous montre Hahou Mo (Yen) qui se rend, ensanglanté, poings crispés, à un poste de police. « J’ai tué un homme », déclare-t-il. Puis, un générique stylé nous présente des objets et symboles du cinéma d’enquête de même que de celui d’arts martiaux. Unes de journaux, portraits en noir et blanc, ainsi que des sacs de sable et muk yan jong (ces mannequins de bois sur lesquels s’entraînent les athlètes). Ces moments nous sont présentés au ralenti et à l’envers, déstabilisant notre regard. Après le générique, on retrouve Hahou en prison, 3 ans plus tard. Après qu’un bulletin de nouvelles annonce la mort d’un homme, Hahou tient absolument à donner un coup de fil à la détective en chef de la police. Le garde se moquant de sa demande et lui répétant les procédures fastidieuses pour faire un appel, Hahou se voit dans l’obligation de créer une bataille générale afin d’attirer l’attention sur lui. En réalité, c’est surtout l’occasion pour Donnie Yen de démontrer son savoir-faire et ainsi propulser le film dans l’action dès les premières minutes.

Cette première scène donnera le ton et nivellera nos attentes. Car si le travail de chorégraphie de Donnie Yen est véritablement impressionnant (c’est aussi lui qui signait les combats des IP MAN), la composition de Teddy Chan ne lui rend pas service du tout. Grands angles, cadrages diagonaux, coupes excessives, effets sonores sombrant parfois dans le ridicule; la mise en scène de Teddy Chan est grosse, et grossière. L’amateur d’action se voit donc déçu de ne pas pouvoir admirer convenablement les prouesses des cascadeurs et acteurs. Pire, dans certains cas (la plupart des autres combats du film), on se croirait dans un jeu vidéo tellement le travail de postproduction et d’effets spéciaux donne un aspect irréaliste et légèrement faux. On a bien l’impression que les acteurs se battent en studio sur écran vert plutôt que sur les lieux réels. Il nous semble, à notre souvenir, que le précédent film de Teddy Chan, BODYGUARDS & ASSASSINS était beaucoup plus sobre dans sa forme. Peut-être que de tourner un film contemporain a inspiré le cinéaste à en mettre une couche niveau effets spéciaux?

Le récit du film ne fait que commencer à la prison, et la détective Luk Yuen-Sum (Charlie Yeung) fera libérer Hahou afin qu’il collabore avec elle sur l’enquête de cet individu qui élimine d’anciennes sommités du milieu des arts martiaux. Cet individu (Baoqiang Wang) affronte les spécialistes des différentes étapes de l’entraînement d’arts martiaux, c’est-à-dire le spécialiste des coups de pieds, puis le spécialiste des coups de poing, des armes, etc. Il désire les vaincre un après l’autre afin de devenir le meilleur athlète possible et être considéré comme le #1 du monde des arts martiaux. Un film donc qui jongle entre SILENCE OF THE LAMBS pour le côté policier et la trame de n’importe quel jeu vidéo Pokémon pour les affrontements successifs de spécialistes précis.

L’assassin, Fung Yu-Sau, a droit au même traitement que le protagoniste, et des motifs nous sont dévoilés pour son comportement. Cela permet de donner du poids à sa quête et d’augmenter la tension pour le spectateur, faisant de l’antagoniste plus qu’un simple obstacle. Comme tant de films de Kung fu, il souffre d’un handicap physique qu’il devra compenser pour devenir encore meilleur. Il a une jambe plus petite que l’autre et compense en portant un soulier à la semelle démesurée. C’est l’un des enseignements ultimes de tout ce cinéma; le travail acharné et la discipline personnelle peuvent venir à bout des plus grandes faiblesses. Ce qui sera particulier dans ce film est que la majorité des scènes d’action nous montrera l’antagoniste Fung, tandis que le personnage qu’incarne Donnie Yen sera mis de côté. On se doute que ce dernier, dans la cinquantaine, souhaitait donner plus de place à Baoqiang Wang, qui ici ne trouve pas un rôle à la hauteur de son talent d’acteur, devant se contenter de grimaces caricaturales.

Si le film se laisse regarder sans trop de peine, il ne surprend pas vraiment. Les scènes d’action s’enchaînent rapidement, l’enquête progresse de façon linéaire, et quelques scènes de pathos n’ont pratiquement aucun impact. N’ayez crainte, l’affrontement ultime entre les deux personnages principaux aura bien sûr lieu, et celui-ci ne déçoit pas. Si les chorégraphies sont efficaces, c’est tout le reste qui fait pâle figure. Le travail sonore qui agace, les effets spéciaux qui enlèvent toute trace de réalisme et fait qu’on ne ressent pas les combats comme on devrait. Un cinéaste plus posé aurait grandement bénéficié au projet. En accompagnement de générique, plutôt que de montrer des prises ratées, on nous énumère les nombreux caméos d’artistes de légendes qui ont façonné le milieu du Kung fu. En guise d’hommage, le film n’est cependant pas du tout à la hauteur. Pour les fans de Donnie Yen, ce sera surtout un amuse-gueule en attendant IP MAN 3, qui, on l’espère, conclura la trilogie d’une belle façon. Les autres passeront leur chemin de toute façon.

4

Yi ge ren de wu lin / Kung Fu Jungle / Kung Fu Killer – 2014 – 100 min – Chine, Hong Kong – Teddy Chan

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