Mise à jour 2.0

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3 juillet 2015 par Paul Landriau

Genisys

De toutes les franchises d’Hollywood, il semble que celle du TERMINATOR soit la plus propice à justifier les suites, remakes et autres reboot. Après tout, la saga fonctionne sur un précepte du voyage dans le temps. Chaque opus détaille le combat des humains contre les machines, contrôlées par Skynet, intelligence artificielle destructive. Lorsque les humains prennent le dessus dans cette guerre apparemment interminable, les machines envoient un Terminator (robot tueur) dans le passé pour neutraliser le leader de la résistance. (D’ailleurs, après cinq films, pourquoi les machines n’envoient-elles pas une centaine de Terminators pour s’occuper de la besogne? En tout cas…) Cet opus, bien sûr, revisite la recette mais va pousser l’audace jusqu’à revisiter les opus précédents, en particulier les deux premiers films réalisés par James Cameron, afin de mieux les détourner et de réécrire la mythologie du film. Plutôt qu’un cinquième opus, il faudrait donc parler d’un opus 2.0, tant celui-ci pige à tout va dans les forces du deuxième film, le plus populaire et acclamé de la saga.

Mais la ligne entre l’hommage bien senti et le recyclage paresseux est bien mince, et ce n’est pas la première franchise à se prendre au piège de la nostalgie. Pas plus tard qu’il y a quelques semaines la saga JURASSIC PARK semblait faire du surplace et même prendre du recul avec le film de Colin Trevorrow, quand même l’un des plus gros succès au box-office de tous les temps. On verra donc dans ce GENISYS, au nom aussi improbable que ridicule, une sorte de best of de la saga, joué par de jeunes acteurs plus ou moins de l’heure et surtout un Arnold Schwarzenegger qui s’amuse à brouiller les frontières entre son personnage et sa propre carrière. Vieux, cheveux grisonnants, ce Terminator, modèle T-800, est « vieux, pas obsolète » comme le répète trop souvent l’acteur culte. Si la ligne fait sourire la première fois qu’on l’entend, elle perd de son impact à force d’être répétée comme un mantra. Lorsque Kyle Reese (Jai Courtney) répète « tu n’es pas obsolète », on finit par soupirer. Comme si le film, pas peu fier d’avoir trouvé cette ligne de dialogue métatextuel, nous la rejoue constamment pour être sûr que tout public saisisse la subtilité. Et c’est grosso modo le modus operandi du long-métrage.

Comme lors de cette scène où Alan Taylor, cinéaste à qui l’on doit notamment plusieurs épisodes de GAME OF THRONES et le deuxième THOR, recrée l’ouverture du tout premier TERMINATOR, trio de punks qui déconne et un Arnold au sommet de sa forme. Reconstruction en images de synthèse tout à fait impressionnante d’ailleurs. Et dans ce cas précis, qu’il n’est pas tout à fait l’air d’un humain est justifié par le scénario! Sauf que Taylor introduit une variante, avec un vieux Arnold Schwarzenegger qui « attendait » l’arrivée de cet ennemi, shotgun au point. S’en suit un combat de titans entre l’acteur et le CGI (computer generated imagery) au même titre qu’entre le personnage de Terminator humanisé versus la machine sans émotion. Efficace, même si ce n’est qu’un remix du premier film. TERMINATOR : MIXTAPE, c’est un peu ça au fond, avec les instruments de 2015. Effets spéciaux à tout va, dialogues explicatifs à rallonge et un rythme qui ne s’autorise guère de pause, car le spectateur d’aujourd’hui est sensé avoir l’attention d’un colibri en quête d’une fleur bien parfumée.

Critique également de cette humanité déjà contrôlée par la machine sous forme de toutes ces tablettes et autres iPhones et écrans en tout genre. Skynet prend ici pour nom Genisys (oui vraiment), et se veut un système d’exploitation global. C’est l’un des sujets du moment, tous les blockbusters de l’année semblant combattre un ersatz de Facebook, Google ou autre corporation toute-puissante, signe des inquiétudes soulevées notamment par Wikileaks et autres déclarations récentes. Ce qui effraie n’est plus un monstre mais un système, et ce système est activé par nous tous, qui donnons à la machine tous les outils pour nous détruire. Toute finesse du message est balayée à coup de lasers destructeurs et punchs musicaux pratiquement dommageable pour le tympan. On vous épargnera certains détails scénaristiques et pirouettes en tout genre, mais sachez que l’on retrouve sous une forme ou une autre les personnages qui ont marqué la saga.

On se retrouve donc devant un le problème de la surenchère presque inhérent à une suite Hollywoodienne en bonne et due forme. Depuis que James Cameron lui-même a fait un triomphe en ajoutant un simple « S » au film parfait ALIEN, on multiplie les adversaires à abattre pour nos protagonistes chéris. Plutôt que de développer un antagoniste (comme l’inoubliable Robert Patrick dans le rôle du T-1000), on les passe l’un après l’autre, telles des diapositives, qui formeront les bases d’une structure à niveau pour l’inévitable adaptation vidéoludique. Problème associé, celui des rendements décroissants. Si le Terminator dans le premier film représentait une véritable menace qui nous tenait sur le qui-vive tout le long d’un film, ils sont ici légions et plutôt malhabiles. N’est-il pas étrange à chaque combat entre un homme et un Terminator que ce dernier ne pulvérise pas tout simplement le crâne de son assaillant? Pourquoi chercher à le lancer, le projeter, le repousser; n’est-il pas programmé pour le terminer? Qui dit multiples antagonistes dit multiples acteurs, et là encore on trouve du bon et beaucoup de mauvais. Si la principale attraction niveau distribution reste le bon vieux Schwarzenegger, aussi charismatique que réfléchi (ses affreux sourires de robot mal programmé m’auront toujours), Emilia Clarke en Sarah Connor remplit très bien son rôle, plus vulnérable et jeune que la Sarah de Linda Hamilton (qui sera de toute façon toujours irremplaçable). Jai Courtney, en tête d’affiche, manque d’assurance et de présence, on s’ennuie de Christian Bale (mais moins du film auquel il participait); Jason Clarke, malgré tous ses efforts, ne convint qu’à moitié. Les cicatrices qui le défigurent sont assez cocasses. On a bien hâte d’ailleurs de le retrouver dans un bon rôle. J.K. Simmons lui, qui vient à peine de recevoir un Oscar, est tout simplement gâché ici. Il fait le pantin quelques minutes, et on maudit les producteurs de l’avoir impliqué pour ce petit rôle. Byung-hun Lee est parfait en T-1000, sauf qu’on met de côté son personnage plutôt rapidement.

Cette idée de croiser les souvenirs de lignes temporelles parallèles (vous comprendrez lorsque vous verrez le film) était pourtant source de possibilités extrêmement intéressantes. Mais GENISYS souhaite moins nous faire réfléchir que de montrer deux personnages se faire la gueule. Une occasion de citer le discours de Sarah Connor dans le deuxième film, alors qu’en plein désert mexicain des images apocalyptiques la hantent.

Que se passe-t-il avec le blockbuster contemporain? Est-on à ce point timide qu’on ne fait que remixer les succès d’antan? Est-ce normal que les plus grosses pointures au cinéma soient des franchises datant de plusieurs décennies? Entre-t-on dans l’ère du cinéma Hip-Hop, où l’on cite de vieux classiques et l’on plaque un rythme pop bien familier afin de faire rêver une jeunesse mal éduquée? Parce qu’au-delà des lignes familières comme « I’ll be back » et autre « Come with me if you want to live! », on retiendra au final bien peu de ce nouvel opus, premier d’une nouvelle trilogie — tout comme était sensé l’être SALVATION au passage. C’est du plaisir éphémère qui s’évapore à peine le générique déroulé. Le film est sympathique certes, en sur écran IMAX en jette plein la gueule, mais ne surprend ni ne suscite l’admiration réellement. Pour chaque bonne chose que fait GENISYS, une myriade de paresses et raccourcis stylistiques et textuels font qu’il est dur d’y voir autre chose qu’une version 2.0 d’un film qu’on aimait bien autrefois. De son côté, Schwarzenegger semble presque faire cavalier seul, mais son âge ne ment pas, et il ne peut plus maintenir une telle production sur ses épaules, aussi grand soit son souhait. Ce n’est pas l’interface le problème, c’est le contenu.

5

Terminator Genisys – 2015 – 126 min – États-Unis – Alan Taylor

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