Vieux jeu

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9 avril 2015 par Paul Landriau

While We're Young

Le nouveau film de Noah Baumbach — qui commence la tournée des festivals avec l’encore plus récent MISTRESS AMERICA —, renoue le cinéaste indie par excellence avec Ben Stiller, avec qui il avait travaillé pour GREENBERG. Dans WHILE WE’RE YOUNG, Ben Stiller incarne le rôle d’un cinéaste (Josh) de documentaire en montage de son nouveau film, qui est trop long, trop lent, et se pose comme illustration parfaite d’une certaine crise identitaire de la quarantaine. Également chargé de cours, Josh maîtrise les codes du genre mais semble avoir perdu l’étincelle de la création. À ses côtés, Cornelia (Naomi Watts) est l’épouse conciliante, qui fait tout pour encourager son mari sans trop le pousser. Leur train-train quotidien, assez banal et convenu, est chamboulé du jour au lendemain par ce jeune couple huppé qui entre dans leur vie : Jamie (Adam Driver) et Darby (Amanda Seyfried).

Il est touche-à-tout, grand, énergique, spontané, enthousiaste, enjoué; il veut faire du documentaire comme son idole, Josh, dont il louange les précédents films… Elle est jolie, partage le côté créatif de son copain, possède une petite opération de vente de crème glacée artisanale, bref, ils ont tout pour plaire. Le couple principal commence donc à les fréquenter et participer à leurs folleries du moment, toujours étonné de la vigueur qui les anime. Louange de la jeunesse et culte du vrai, du fait main, de la texture sur l’immaculé, victoire de la sincérité sur l’habitude et la méfiance, goût du risque et entraide communautaire, soirées improvisées et surtout sans complexes. Ses problèmes, on les vide dans une soirée mystico-new age comme on vide son estomac dans un pot à disposition. Bien vite, le jeune cinéaste Jamie propose à Josh une possible collaboration qui prendra rapidement des allures de rapt idéologique. L’idylle se transforme donc en affrontement et en mépris. La lune de miel est terminée, et on vient à douter de la sincérité des propos échangés et promesses faites.

Ce récit, léger, est d’abord le triomphe d’un quatuor d’acteurs naturels et bien choisis pour leurs rôles respectifs, même si on doit admettre que Ben Stiller est bien meilleur derrière la caméra que devant (d’ailleurs son statut de star depuis la fin des années 90 nous étonne toujours). Adam Driver est un cyclone de charisme au centre duquel repose toujours l’œil du spectateur. Il donne un flegme qui semble si facile à son personnage qui n’a peur de rien et surtout pas de demander service. Naomi Watts elle, est égale à elle-même, c’est-à-dire excellente. Il suffit de la voir participer à un cours de danse hip-hop avec Darby pour apprécier autant son humour physique que son jeu plus restreint (séquence qui sera mise en parallèle avec une sortie pour bébé avec les amis du même âge qu’elle). Les bons mots volent de ci de ça, et on reconnaît le bon dialoguiste qui a participé également à quelques films de Wes Anderson. Le film réserve également son lot de surprises; la direction générale de la trame narrative empruntant des avenues étonnantes, notamment en fin de film où la paranoïa est à son comble. Bien que l’on rit, le film n’est pas sans trace de thèmes plus durs et délicats, comme les fausses couches de Cornelia qui sont abordées plus d’une fois. Elle tente de l’oublier mais la société fait tout pour faire des parents de ses bons citoyens en couple. De même, le film se veut également une réflexion sur l’éthique en documentaire, et plus globalement dans le milieu des arts. Le film peut ainsi s’interpréter comme un règlement de compte en bonne et due forme (sous le couvert de la comédie) entre son cinéaste et le gourou du cinéma indépendant américain Joe Swanberg, tant les ressemblances entre le jeune couple du film et le sien sont frappantes.

Toutes ses touches plus obscures ne devraient pas vous empêcher d’avoir du plaisir avec ce film qui n’est pas tout à fait l’hommage ultime à la génération hipster. Film qui peut-être peut sembler brouillon à première vue, mais réglé au quart de tour avec une narration en constante mouvance, comme ses personnages qui souhaitent naviguer avec souplesse (et style!) les détours quotidiens. Après tout, chacun peut combattre l’ennui à sa façon. Ce film se pose même en parfaite étincelle pour faire fuir le blues hivernal qui n’en finit plus de nous hanter.

7

While We’re Young – 2014 – 97 min – États-Unis – Noah Baumbach

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