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3 avril 2015 par Paul Landriau

Furious Seven

Tel un phœnix renaissant de ses cendres, la saga FAST & FURIOUS aura su habilement et à la surprise de tous se renouveler d’une belle façon pour revenir plus en force que jamais. Chaque opus semble chercher à aller toujours plus loin dans le spectacle, le casting, les scènes extravagantes, les cascades improbables et les retournements de situation. D’un premier opus efficace et tellement sobre en comparaison, basé avant tout sur la relation amour/haine ou plutôt respect/crainte entre Brian et Dom (Paul Walker et Vin Diesel), en passant par un détour nippon sous forme de glissades nocturnes assistées de couleurs néons et effets spéciaux par ordinateur nous en sommes maintenant à un septième opus (chanceux?) gargantuesque et opulent. Pour le mieux? Pas nécessairement.

Là où à peu près n’importe quelle franchise hollywoodienne aurait plié bagage ou à tout le moins, aurait pris la direction du direct-to-DVD, cette saga familiale racée a non seulement bâtie sa propre mythologie de plus en plus complexe (en jouant au passage avec la chronologie des épisodes) mais a su respecter (avec plus ou moins de succès) les évènements des opus précédents. Plus excessif feuilleton américain que tout ce que vous pouvez voir au petit écran, ce septième épisode se veut donc comme le point culminant d’une franchise devant dire adieu à l’un de ses fondateurs (la mort de Paul Walker venant court-circuiter les plans d’une nouvelle trilogie après le renouveau FAST & FURIOUS/FAST FIVE/FURIOUS 6), mais également comme un récapitulatif des origines de la saga. Et c’est un peu le problème de cet opus, qui est un peu trop métatextuel pour offrir le même souffle énergique des deux précédents opus. Plutôt que de voir évoluer des personnages, nous voyons maintenant des acteurs s’amuser de leur personnage et des mythes qui les entourent, rendant plusieurs moments presque ironiques. Comme si l’on assumait plus cette bromance kitsch au possible et ces cascades défiant toutes les lois de la physique.

En guise de commentateur/regard omniscient sur son propre univers, le producteur/acteur parfois réalisateur (le court LOS BANDOLEROS) Vin Diesel alias Dom Toretto lance les boutades venant désamorcer les situations un peu trop farfelues. À Letty (Michelle Rodriguez) qui remarque qu’ils reviennent à leurs premiers amours (une course de drag, deux voitures doivent franchir le 400 mètres le plus vite possible) Dom répond : « Revenir? Nous avons inventé ces courses ». Ou quelques minutes plus tard, lorsque l’immense Hobbs (Dwayne « The Rock » Johnson) remet une lettre de recommandation à une (jolie, jeune et blonde) employée et qu’il en découle un moment de tension sentimentale — vont-ils s’embrasser? — il désamorce la situation en disant que « c’est beaucoup trop sentimental en ce moment! » Ces nombreux clins d’œil au spectateur, lui rappelant que tout ceci est une construction, finissent par lasser plutôt que de produire l’effet recherché de complicité. Car au fond, si nous répondons toujours présents après un septième opus, c’est qu’on doit y trouver notre compte, non?

Ce film est également l’occasion d’un passage de relais entre Justin Lin, qui a dirigé les épisodes 3 à 6 et James Wan, à ses premières armes dans le cinéma à (très) gros budget. S’il s’acquitte honorablement de sa tâche, il ne possède pas le même sens du découpage et la patience dans la mise en scène de son prédécesseur. Le montage, frénétique jusqu’à la nuisance, enchaîne les (trop) nombreuses scènes sans donner de répit au spectateur, dans l’optique certes de lui en donner pour son argent, mais sans doute au détriment de moments de cinéma vraiment mémorables. L’architecte de cette saga, Chris Morgan, scénariste attitré depuis TOKYO DRIFT, pèche peut-être par excès dans cet opus, qui à mon avis brise l’élastique de la cohésion. Si la saga n’a jamais été reconnue pour son acuité scientifique, il me semble que jusqu’ici nous n’assistions qu’à un assouplissement des lois physiques, et non à un simple déni. C’est bien simple, ce nouveau film a plus à voir avec un film des studios Marvel qu’avec quelconque sous-culture de voitures modifiées. Il est vrai que la franchise s’est depuis longtemps affranchie de ses origines, mais en privilégiant la quantité à la qualité, les scènes d’action de ce film se désamorcent entre elles. Les protagonistes, se sortant des pires accidents sans même la moindre blessure, perdent donc tout semblant de vulnérabilité qui donne un spectateur une raison de craindre pour eux.

Non content d’être la plus grosse franchise actuelle, FURIOUS SEVEN semble vouloir dépasser au quart de tour toutes les franchises populaires du moment. On se retrouve donc devant une sorte de pot-pourri entre les EXPENDABLES, les JAMES BOND, les films Marvel (AVENGERS en tête), TERMINATOR, les TRANSPORTER, MISSION : IMPOSSIBLE, etc. Vous avez aimé la séquence à Dubaï de MISSION : IMPOSSIBLE GHOST PROTOCOL? Attendez de voir cette séquence-ci où Dom et Brian planent à travers 3 (pas 2, 3!) tours immenses au volant d’une voiture qui vaut à peine quelques millions et dont seulement 7 exemplaires dans le monde ont été produits. Vous vous ennuyez de Jason Statham dans les CRANK, TRANSPORTER et autres? Voyez-le ici constamment sortir de nulle part (c’est une ombre!) pour se mesurer tantôt à Hobbs, tantôt à Dom… Ce n’est pas assez? Bon, ajoutons Tony Jaa, Kurt Russell, Djimon Hounsou…

Il faut reconnaître qu’il est plaisant d’avoir au moins une franchise à Hollywood possédant une véritable multiplicité raciale mise de l’avant et de nombreux personnages de femmes fortes (entourées il est vrai de nombreuses femmes-poupées). Mais à force de vouloir assembler le casting le plus impressionnant qui soit, on doit forcément faire des choix et privilégier certains membres. Parmi les additions à cet épisode, il est navrant de voir par exemple Tony Jaa réduit à environ 5 minutes écran et quelques mots à peine. Il est vrai qu’il ne maîtrise pas l’anglais, mais il aurait pu à tout le moins faire étalage de ses capacités athétiques hors-normes. Rassurez-vous, on a bel et bien droit à deux séquences de combats l’impliquant, mais celles-ci sont plutôt pauvres et bien loin de tout ce que vous verrez dans un des ses propres films (ONG BAK, THE PROTECTOR). Surtout, la mise en place de ces scènes, le travail de cadrage et de montage ne mettent pas du tout en évidence ces prouesses. Il est vrai qu’on doit composer avec le manque d’expérience de Paul Walker, mais il y aurait certainement moyen d’utiliser Tony Jaa à son avantage. De même, Djimon Hounsou est campé dans un rôle de terroriste uniémotionnel. On l’engage pour sa carrière d’acteur plutôt que pour développer un réel personnage. Jason Statham, antagoniste principal de cet opus, joue le rôle de frère venant venger la mort d’Owen Shaw dans le sixième opus. Il mettra à l’hôpital Hobbs dès les premières minutes, donnant ainsi à Dwayne Johnson un rôle bien minime de soutien. Mais puisqu’il ne fait aucun sens d’engager cette puissance de la nature pour le camper dans un lit, le scénario s’assurera de le faire sortir de ses plâtres par une simple flexion de muscles au grand plaisir des spectateurs. Les évènements narratifs sans grande cohérence si ce n’est celle de faire visiter le plus de pays possible. Voici le Japon, la République Dominicaine, Abu Dhabi…

Si le film n’est pas à la hauteur des attentes exponentielles depuis le haut fait FAST FIVE, on prend encore plaisir à explorer cet univers niais et sexy où les courbes des cylindrées massives reçoivent autant d’attention que les corps dorés de ces femmes exotiques, où l’argent n’est jamais un problème et la mortalité assez souple pour autant que l’on se trouve derrière un volant. La sincérité et l’implication personnelle de Vin Diesel devant et derrière la caméra se font sentir. Les répliques amusantes que se lancent les membres de cette grande familia font encore mouche. Cependant cet épisode marque un relâchement certain qui peut devenir toxique comme l’a montré à plus d’une reprise la franchise des JAMES BOND. Il ne suffit pas de reconnaître que la recette existe afin de la maîtriser.

6

Furious Seven – 2015 – 137 min – Japon, États-Unis – James Wan

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