Carnet de voyage

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18 mars 2015 par Paul Landriau

promeneur d'oiseau

Un grand-père plutôt conservateur, humble, modeste part en route vers son village natal pour y ramener un oiseau, et ainsi remplir une promesse qu’il a faite à sa défunte épouse. L’accompagne sa petite-fille, technophile, enfant de la métropole, citoyenne Apple, presque hostile et pour qui la « campagne » n’est qu’un concept dépassé. Sur de sublimes décors montrant le bon côté de la Chine contemporaine, un cinéaste français remplit une commande en forme de fable naïve et livre un tableau bucolique pas totalement dénué d’intérêt.

C’est que le film LE PAPILLON de ce cinéaste, Philippe Muyl, a connu un grand succès en Chine. Ainsi, un producteur local l’a approché afin qu’il y tourne une nouvelle histoire familiale. Comme un invité respectueux, Muyl tourne donc la Chine comme dans un rêve, avec des images signées Sun Ming, et une révérence tout aussi marquée en nature qu’au village, où chaque maison de pierres est présentée comme le plus chaleureux et invitant des foyers. Le souci de tout bonifier s’en retrouve aussi dans le scénario, où tout un chacun est foncièrement bon, et où les mésententes ne sont que le résultat d’erreurs humaines. En découle donc une histoire presque exempte de drame, que l’on sait se finira bien pour tous les joueurs de toute façon. Un film qui dans le propos rappelle un peu L’ÉTÉ DE KIKUJIRO de Kitano, sans toutefois la maîtrise du langage cinéma de ce dernier.

Les saynètes sans grandes conséquences s’enchaînent sans presse (les mauvaises langues diront sans rythme) dans ce road movie tantôt en bus (qui tombe en panne), tantôt dans le camion d’un inconnu qui passait par là (qui veut bien sûr aider ce grand-père et sa fille), tantôt à pied à travers une forêt de bambous (qui propose malheureusement des chemins qui se séparent). Se refusant à l’aventure en terrain inconnu, la petite fille communique avec sa mère par téléphone et iPad. Au fil des jours, elle découvre les joies de la nature, des fleurs, des animaux, des autres. Elle abandonne ses écrans (qui de toute façon l’abandonnent les premiers, manquant d’énergie) pour découvrir le monde qui l’entoure.

Fable éculée qui semble destinée à un public peu exigeant, LE PROMENEUR D’OISEAU rayonne lorsqu’il laisse les sublimes décors parler d’eux-mêmes. Il y a bien le charisme du grand-père, interprété par Li Bao Tian, qui fait sourire parfois, mais la valeur d’un tel film tient avant tout à ses lieux de tournages. Les passages en ville (ou à Paris, lors d’une scène plutôt inutile mais qui justifie sans doute pour des producteurs le statut de coproduction) sont ainsi moins réussis que les lentes ballades dans ce village-ci ou ce village-là, où l’on se rend pour profiter du temps qui passe. Pour discuter et se promener en toute quiétude. Ren Xing, jouant la fillette, s’amuse réellement dans certaines scènes, et son personnage lance deux ou trois flèches assez amusantes à son grand-père, mais trop souvent elle semble figée dans un personnage plutôt superficiel.

À force de vouloir universaliser sa fable, Muyl perd presque toute part d’humanité, de spécificité, qui ferait de ses personnages autre chose que des archétypes. De plus, et c’est sans doute le pire, on ne peut empêcher cette désagréable impression que le film ne sert que de vitrine touristique à un pays qui n’est pas tout à fait connu pour sa liberté de presse et la pensée libre. Le cynique en nous comprend pourquoi la Chine a envoyé ce film dans la course aux plus récents Oscar (il n’a pas été retenu par le comité américain) plutôt qu’un autre qui serait au moins signé par un cinéaste chinois qui aurait peut-être un regard un peu plus profond sur sa société. Car sauf une bien belle carte postale qui donne envie de soi-même se perdre dans les forêts vierges chinoises et de discuter avec les paysans du coin, on ne voit pas trop ce qu’est ce film. Un beau fantasme, sans doute.

5

Le Promeneur d’oiseau / Ye Ying – 2013 – 100 min – Chine, France – Philippe Muyl

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