Top 10 2014 de Sami Gnaba

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3 janvier 2015 par Sami Gnaba

Top10Sami

20000 Days on Earth

10. 20,000 Days on Earth – 97 min – Royaume-Uni – Iain Forsyth et Jane Pollard

Un documentaire musical d’une fraicheur inouïe, un rockumentary nouveau genre qui entremêle avec malice le vrai et le faux, des blocs de réalité brute (comme ceux captés, superbement, en plein studio) et d’autres créés de toutes pièces. C’est passionnant de bout en bout, à l’image de son sujet, le toujours aussi énigmatique Nick Cave. Vous ne sortirez pas du film avec l’impression de connaitre totalement le chanteur-compositeur-auteur-scénariste-acteur australien. Mais au moins, Forsyth et Pollard auront entrouvert une porte par laquelle le fan comme le néophyte accède à une partie de ses récits de vie. Surtout, ce qui se donne à voir ici c’est le travail au quotidien, l’univers créatif du chanteur, vénérable worker of song dont la plume inspirée le place très haut dans le panthéon des poètes du Rock. Juste à côté des Leonard Cohen, Bob Dylan ou encore Lou Reed. Voyageant entre moments plus intimes et extraits de concert, le film se conclut sur une performance électrisante de Jubilee Street. Et il est simplement impossible d’ôter ses yeux de l’écran, tant on est sidéré par l’intensité scénique, le magnétisme et le talent du performer Cave.

True Detective

8. True Detective / P’tit Quinquin (égalité)

L’audace et l’ambition dont fait preuve la télévision ces dernières années, tant au niveau de la narration que celui des personnages, se sont affirmées triomphalement en 2014. Rarement on avait connu une dépendance télévisuelle comme celle de la série créée par Nic Pizzolato. Ça tenait à deux-trois choses; une atmosphère noire entêtante qui tient en haleine, une écriture d’une grande intelligence et une complexité narrative. Mais aussi à la performance vertigineuse de Matthew McConaughey, génial et grandiose en policier abîmé par la vie. Huit épisodes, traversant presque 20 ans d’investigation et de révélations macabres, qui se regardent avec une rare et infinie fascination. Un must absolu de 2014 qui dépasse la frontière de plus en plus perméable entre le cinéma et télévision.

P'tit Quinquin

L’autre (mini)série incontournable de l’année a été le P’TIT QUINQUIN, réalisée par le français Bruno Dumont. Une première pour Dumont, qui révèle ici un sens du comique complètement inédit dans son œuvre en nous racontant une histoire sordide de cadavres humains découverts dans des ventres des vaches. Je n’en dirai pas plus de cette enquête policière menée par deux inspecteurs pas des plus compétents (c’est le moins qu’on puisse dire) qui se plaît continuellement à bifurquer vers l’imprévisible, et à nous arracher toujours un peu plus de nos habitudes de spectateurs. Dumont prend un malin plaisir à dérégler un genre (le policier) on ne peut plus codifié et à nous concocter des personnages, des situations hors-normes. Pas toujours politically correct. Mais d’une drôlerie, d’un burlesque, jouissifs. Jamais cette année je n’aurai autant ri. Trois heures et demie de pur plaisir démentiel qui nous réservent leur lot de scènes et de personnages d’anthologie; Ch’tidermaaan rules!!!

Félix et Meira

7. Félix et Meira – 105 min – Canada (Québec) – Maxime Giroux

Qualifié il y a quelques années comme auteur d’un « cinéma de la cruauté » par Les Cahiers, Maxime Giroux dévoile ici une autre facette de sa jeune filmographie et plonge sans filets dans la marmite de l’humain, de l’émotion. Ce qui en émane c’est une œuvre sensible, lumineuse, nappée d’une mélancolie prégnante… Rencontre improbable entre deux âmes solitaires (un Québécois et une juive hassidique), FÉLIX ET MEIRA restera pour longtemps l’un des plus beaux et incontournables films que l’on ait réalisés dans notre cinématographie récente sur l’amour et les transgressions irréversibles qu’on est prêts à faire en son nom. De loin le meilleur film de son auteur à ce jour.

Les Combattants

6. Les Combattants – 98 min – France – Thomas Cailley

Il arrive des fois que des connexions s’opèrent d’une manière complètement étrange et inattendue. Alors, j’oserais celle-ci, musico-cinématographique; et si le premier film de Cailley était la réponse cinématographique à l’un des plus grands disques français sortis cette année, le BLIZZARD de Fauve? Nous voilà devant deux gestes artistiques inspirés, pleins de fougue, de conviction. Chacun à sa façon dressant le portrait d’une jeunesse désenchantée qui cherche sa place dans le monde, qui résiste et qui mène son combat (contre l’apocalypse, le blizzard). Jusqu’au bout, défiante. « On cherche la porte du Nouveau Monde pour pouvoir s’y fondre en grand », chantent, convaincus, les jeunes poètes du collectif Fauve. « On reste à l’affût, sur nos gardes » répondent à leur tour Cailley et ses deux héros, Arnaud et Madeleine, en guise de conclusion. Tout aussi convaincus. Mais là où plusieurs nous auraient assénés d’un film social lourdaud, Thomas Cailley a préféré nous concocter une œuvre d’une originalité, d’une drôlerie et d’une liberté à toute épreuve. Un miracle dans le petit monde des comédies françaises, magnifié par la présence de l’irrésistible et incontournable Adèle Haenel.

WHIPLASH

5. Whiplash – 107 min – États-Unis – Damien Chazelle

Un choc. Un coup de fouet brutal. En le regardant, on a vraiment l’impression que c’est ce qu’est en train de subir le cinéma américain, trop enlisé dans ses divertissements hyper formatés, infantilisants… Avec FOXCATCHER, BIRDMAN (ou encore les beaux IMMIGRANT, ONLY LOVERS LEFT ALIVE, non éligibles ici), WHIPLASH est l’un des rares titres vu cette année qui correspond selon moi à une œuvre américaine de qualité, complexe, adulte. Reposant sur une écriture, une mise en scène d’une incroyable efficacité, et aussi sur un duo d’acteurs fascinants de bout en bout (J.K. Simmons crève l’écran à chacune de ses apparitions), le film, tout en ambiguïté, raconte la relation tordue, brutale, entre un professeur inflexible dans sa quête de la perfection et son jeune élève, un talentueux batteur de jazz. Ici, les directives, tyranniques, du maître retentissent comme des punchs, et la performance se traite comme un match de boxe sanglant, jusqu’à un climax époustouflant qui laisse tout le monde K.O. J’ai beau essayer de chercher une fiction qui a mis en scène l’art de la performance musicale avec une pareille intensité, je ne la trouve pas. Et cette solitude si j’ose dire révèle à mes yeux toute la singularité de WHIPLASH.

Mommy

4. Mommy – 139 min – Canada (Québec) – Xavier Dolan

Il n’y a aucun autre film qui a autant électrisé les foules cette année que celui réalisé par Dolan. Et même les plus réfractaires ont dû céder. À la fois intime et universel, drôle et poignant, MOMMY est une déflagration d’une ampleur considérable commise par un jeune cinéaste de 25 ans qui ose tout, qui invente et qui envoie au diable la retenue, la frilosité. Avec la même conviction, bouleversante, que celle de son protagoniste en train de chanter une chanson d’Andrea Bocelli durant un Karaoké, Dolan nous lance à la gueule un cinéma tourbillonnant, un ouragan d’émotions, d’idées de mise en scène, d’images impérissables, pour longtemps gravées dans notre mémoire… Un film d’une inépuisable vitalité.

Jauja

3. Jauja – 108 min – Argentine, Danemark, France, Mexique, États-Unis, Allemagne, Brésil, Pays-Bas – Lisandro Alonso

On est en 1860, sur les terres désertiques de la Patagonie. Le film raconte le récit, très minimaliste, d’une quête désespérée menée par un colonel parti rechercher sa fille qui a pris la fuite avec son amoureux, soldat travaillant à ses ordres. S’y dessine en creux un portrait sur la solitude des hommes, leur barbarie ‒ il y est question du génocide de la population indigène perpétré par le gouvernement argentin ‒, leur folie… Éprouvant pour ceux qui chercheraient à en comprendre tous les épisodes (telle la partie contemporaine) ou qui s’attendraient à voir un western classique; éblouissant pour ceux qui se laisseraient porter par la force évocatrice de ses images. Terriblement envoûtant.

Saint Laurent

2. Saint Laurent – 150 min – France, Belgique – Bertrand Bonello

Le biopic confectionné façon Bonello transcende, et de très loin, les standards du genre. C’est pour ainsi dire un film à part, instable (linéarité sans cesse secouée, deux acteurs interprétant le même rôle, refus de toute psychologie explicative…) dont le plus proche parent pourrait être I’M NOT THERE., une interprétation profondément personnelle sur la vie de Bob Dylan. À un moment donné, Yves Saint Laurent confesse s’être dévoué toute sa vie à la beauté et l’élégance des femmes. Le projet de Bonello aura été d’en consigner les grands gestes, mais aussi les ravages autodestructeurs de son génie, dans un film à la fois périlleux, sublime et hypnotique.

Sils Maria

1. Sils Maria – 124 min – France, Suisse, Allemagne – Olivier Assayas

Quelle injustice de ne pas voir Assayas (ou Bonello) remporter la Palme d’Or à la dernière édition du Festival de Cannes. C’est à n’y rien comprendre quand on voit SILS MARIA, un quinzième film qui porte le cinéma assayasien à des nouveaux sommets. Magnifiquement mis en scène, multipliant les pistes (télescopage entre le vécu des deux personnages principaux et la pièce qu’elles répètent) et totalement admiratif de ses actrices, SILS propose un portrait de femmes d’une remarquable épaisseur psychologique… Solitude derrière le glamour, portrait passionnant sur la figure de l’actrice (en crise), réflexion très personnelle sur le temps qui passe (aussi sur le cinéma, les médias modernes… et j’en passe); SILS MARIA est un peu tout cela et tellement plus. C’est dire comment il est profond, riche, dans ses thèmes et idées. Alors quand on ajoute à cela la présence de Kristen Stewart (superbe) et celle de Juliette Binoche, impressionnante, on est laissé rivé sur notre siège, béat, jusqu’à la toute fin. Un gros plan sur Binoche obsédant, comme le film.

***

Mentions spéciales pour : MIRON : UN HOMME REVENU D’EN DEHORS DU MONDE (Simon Beaulieu), FINDING VIVIAN MAER (Charlie Siskel), AU REVOIR L’ÉTÉ (Koji Fukada), NATIONAL GALLERY (Frederick Wiseman), STILL THE WATER (Naomi Kawase), BIRDMAN, The Unexpected Virtue of Ignorance (Alejandro Gonzales Inarritu), FOXCATCHER (Bennett Miller).

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