Top 10 2014 de Pascal Plante

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28 décembre 2014 par Pascal Plante

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10. Gone Girl – 149 min – États-Unis – David Fincher

Fincher s’amuse. Fincher verse, même, quasiment dans l’humour avec GONE GIRL. Pas un humour « Ha! Ha! », on s’entend, mais un humour noir, satirique. Je veux dire… Ben Affleck qui joue l’homme le plus détesté des États-Unis, puis, par revirement, l’un des plus aimés? L’écho entre ce rôle et la persona publique d’Affleck est direct. Les jeux de perceptions ne s’arrêtent pas là : Rosamund Pike (aka la nouvelle sensation, secrète) qui joue le personnage le plus énigmatique; Neil Patrick Harris (aka Barney Stinson) qui joue un pervers désaxé; Tyler Perry (aka Madea) qui incarne le seul personnage blanc comme neige (jeu de mots douteux)… Non, Fincher s’amuse, c’est on ne peut plus clair. GONE GIRL, donc, offre d’un côté l’un des thrillers les plus captivants des dernières années, et, de l’autre, le discours le plus lucide sur l’opposition entre image publique et vie privée qu’il m’ait été donné de voir au cinéma. Avec la précision chirurgicale propre à Fincher, le film, d’une durée de deux heures et demie, ne perd jamais son souffle puisqu’il est sans cesse propulsé de l’avant par de multiples revirements et révélations-chocs, qu’il serait impensable de divulguer ici. Il vaut mieux se laisser porter… le sensationnalisme fera le reste!

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9. Bande de filles – 112 min – France – Céline Sciamma

Un coming-of-age boosté à l’œstrogène ouvre sur un groupe de filles en attirail de football américain qui se fonce dessus avec rage… le ton est donné! Avec ce troisième long-métrage, Céline Sciamma continue la lancée inaugurée par ses précédents films en jouant sur la zone floue entre féminité et masculinité. Par le biais d’une histoire adolescente sensible, Bande de filles expose avec perspective certaines réalités sociales difficiles, marquées par le clivage racial tendu des banlieues parisiennes. Cependant, Sciamma ne verse jamais dans le pathétisme : malgré les obstacles, cette bande de filles, elle se tient debout. Elle est fière. Elle est invincible, même… où du moins, lorsqu’elle est soudée, elle l’est. Si on m’avait dit au début de l’année que deux des plus grands moments de cinéma de 2014 seraient sous fond de Céline Dion (Mommy) et de Rihanna (ce film-ci), j’aurais été profondément incrédule… mais voici pourtant ce qui s’est passé. Malgré un récit imparfait d’un point de vue structurel, Bande de filles atteint un réel état de grâce, à sa façon, dans ses moments forts. La trame narrative glissera peut-être de ma mémoire avec le temps, mais les sommets atteints dans ce film, eux, resteront, indélébiles, avec moi. C’est certain.

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8. Edge of Tomorrow – 113 min – États-Unis, Australie – Doug Liman

A priori, « Groundhog Day rencontre Starship Troopers » n’avait rien de très alléchant. On s’attendait à une énième épopée de science-fiction insipide, à la Oblivion et tant d’autres… oh mon Dieu, comme j’ai eu tort! Pour interpréter le rôle principal, Brad Pitt et Ryan Gosling furent, entre autres, considérés, mais je vous assure que personne ne tire son épingle du jeu comme Tom Cruise : lui qui n’a pas perdu une once de sa fougue, de son énergie, de son intensité proverbiale. Au fait… Edge of Tomorrow est l’ultime film de Tom Cruise : celui dans lequel le personnage, profitant de sa « malédiction » qui le fait revivre sa journée à l’infini, incarne la parfaite métaphore de la naissance (renaissance) de l’action hero hollywoodien. Une telle prémisse justifierait l’invincibilité d’un Arnold dans Commando, d’un Stallone dans Rambo, d’un [nommez votre acteur de James Bond préféré] dans [nommez votre film de James Bond préféré]. Par ailleurs, il y a une mise en abîme intéressante entre le contenu du film en lui-même et sa réalisation (son behind the scenes), complexe dans sa mise en scène, fortement chorégraphié, nécessitant, on le devine, de multiples prises. Combien de fois le réalisateur a-t-il dû filmer ces séquences pour obtenir la perfection? Combien de fois sont-elles répétées dans la réalité du film? Casse-tête fascinant. Enfin, Edge of Tomorrow est cruellement pertinent en 2014 de par sa logique jeu-vidéo-esque. Ce qui, d’habitude, est péjoratif devient une force ici. Quiconque comprend le principe save/load pourra tirer un maximum de plaisir dans ce bijou de cinéma ludique, dans cet oiseau rare : le blockbuster qui a quelque chose dans la cervelle!

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7. Mommy – 139 min – Canada (Québec) – Xavier Dolan

Xavier Dolan ne sera peut-être pas aux Oscars, mais vous savez quoi? À 25 ans seulement, ce n’est peut-être pas si grave. On le sait, Dolan carbure inlassablement à l’ambition. Imaginons un monde où Mommy aurait gagné la Palme et l’Oscar… peut-être que ça aurait éteint une flamme qui, de toute évidence, brûle toujours ardemment au creux du cinéaste. OK… là, je justifie : c’est certain que ça aurait été super tout ça, mais il faut ramener le film (et la qualité du film) au cœur de la discussion : et là, Mommy assure. Il s’agit du film le mieux balancé de l’auteur, qui synthétise à merveille sa mythologie personnelle en combinant l’ampleur baroque d’un Laurence Anyways, l’humour d’un Amours Imaginaires et la force thématique d’un J’ai tuÉ ma mÈre. Là où, par le passé, on ne cessait de taxer le cinéaste d’emprunter à outrance de ses idoles, Mommy est exempté de cette critique tant ce cinquième long-métrage est une œuvre mûre signée par un réalisateur qui a pleinement développé son vocabulaire et qui se joue des conventions préétablies. De plus, Mommy est le film avec la qualité narrative la mieux définie du cinéaste; la causalité est calculée avec précision, mais le film ne s’en retrouve pas trop rigoureux, puisque les personnages à l’écran sont tous dotés de la dose de folie qui permet au film de demeurer surprenant, fascinant, et intense… toujours intense.

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6. Citizenfour – 114 min – Allemagne, États-Unis – Laura Poitras

Plus que du cinéma, Citizenfour est un acte de bravoure insensé; le making-of de l’un des plus grands scandales du nouveau millénaire; un film au temps présent pour le temps présent. Laura Poitras, qui a prouvé sa valeur avec deux précédents longs-métrages traitant des travers sombres des États-Unis post-9/11, n’a pas choisi son sujet cette fois-ci; c’est son sujet l’a choisie. Quelle chance que celui qui utilisait le nom de code Citizenfour (qui n’avait jamais rencontré Poitras en personne avant les événements documentés dans le film) s’avère être un jeune homme extrêmement charismatique, érudit et vulgarisateur. La volonté de Poitras est claire avec ce documentaire-choc : ne pas s’embourber dans la technicité des propos de Snowden (tout est là, en ligne, pour ceux qui veulent creuser), mais plutôt faire comprendre à un public (même néophyte) l’étendue de la pertinence de ses révélations, qui démontrent que le concept même du droit à la vie privée est en voie d’extinction. Déguisé en thriller, Citizenfour est un documentaire qui, à la fois, nous donne le vertige en mettant en relief notre impuissance dans le cybermonde actuel, mais qui, d’un autre côté, nous inspire en présentant l’acte héroïque d’un homme qui, à lui seul, a pu changer le monde, un petit peu, beaucoup. Comme on le dit si bien sur internet : « faith in humanity restored ».

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5. Sils Maria – 124 min – France, Suisse, Allemagne – Olivier Assayas

Avec Sils Maria, Assayas livre avec doigté un drame de chambre complexe, Bergman-esque, présentant probablement les meilleurs rôles de femmes de l’année. On ne verse pas dans le grandiloquent ici, mais plutôt dans la subtilité, le non-dit, les performances à fleur de peau, cliniques dans leur précision, dévastatrices dans leur impact. Assayas s’amuse (à sa façon) avec ce quinzième long-métrage en présentant de délicieux doubles jeux métatextuels (Kristen Stewart frustrée de ne pas être prise au sérieux, Juliette Binoche réinterprétant un rôle usé par le poids du temps, Chloé Moretz en jeune star montante, etc.). Gardant toujours au cœur le thème de l’actrice vieillissante, Sils Maria n’oublie toutefois jamais d’être Sils Maria : ce village Suisse magnifique, perché dans les montagnes. Après tout, n’est-ce pas cette nature toute puissante le vrai théâtre de notre existence?

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4. Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence (En duva satt på en gren och funderade på tillvaron) – 101 min – Suède, Allemagne, Norvège, France – Roy Andersson 

Le troisième volet de la trilogie des « humains » de Roy Andersson (après Chansons du deuxième étage et Nous les vivants) ne pâlit pas en comparaison à ses prédécesseurs. Si Chansons du deuxième étage s’intéressait davantage aux adultes-quarantaine et Nous les vivants aux jeunes, et bien Un pigeon se penche majoritairement sur des gens vieillissants, au crépuscule de leurs vies, pour qui la mort devient une notion de plus en plus tangible. Autant les personnages sont alertés par la faucheuse qui attend sagement au-dessus de leurs épaules, autant Roy Andersson s’en moque. La mort est le moteur comique de prédilection, et la détresse psychologique des personnages névrosés force également le sourire. Constitué exclusivement de tableaux méticuleusement chorégraphiés, conceptualisés en studio, Un pigeon voit le metteur en scène suédois réaliser ses tours de force les plus impressionnants en carrière (le plan-séquence dans le bar, avec l’armée qui parade, est l’un des plus grands moments de cinéma de l’année). Un pigeon est un autre coup de maître pour celui qui, selon moi, est l’un des grands visionnaires du cinéma contemporain; l’un des rares réalisateurs ayant un langage cinématographique unique.

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3. The Look of Silence – 99 min – Danemark, Finlande, Indonésie, Norvège, Royaume-Uni – Joshua Oppenheimer

Le plus grand héros sur grand écran cette année n’est pas un superhéros (au sens Marvel du terme), mais bien un super héros dénommé Adi (nom fictif… vous comprendrez pourquoi), un indonésien né peu de temps après le génocide des années soixante documenté précédemment par Oppenheimer dans le troublant The Act of killing. Bien qu’ayant sa personnalité à part entière, The Look of Silence agit comme le revers de la médaille d’un même sujet. Au lieu de reprendre le point de vue des bourreaux, Oppenheimer donne maintenant la parole aux victimes. La flamboyance, l’absurdité et la désinvolture de The Act of Killing est chose du passé : The Look of Silence est bien plus discret, plus posé, pour un résultat qui est, à mon sens, encore plus sombre et puissant. Revenons à Adi : cet homme qui, cinquante ans plus tard, brise le cycle de terreur silencieux qui plane sur une nation écorchée en confrontant les meurtriers de son frère aîné… ces meurtriers du voisinage, protégés par l’État, toujours au pouvoir. Au fait, « confronter » n’est pas le bon terme. Adi cherche réellement des réponses dans le but ultime d’absoudre ces assassins. Comment pardonner l’impardonnable… voici l’angle du nouveau documentaire coup-de-poing de Joshua Oppenheimer, un film d’une bravoure et d’une intelligence sans borne.

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2. Boyhood – 165 min – États-Unis – Richard Linklater

Prendre son temps est une vertu qui ne parle que très rarement aux artisans du cinéma. Règle générale, « le temps c’est de l’argent », donc on n’a pas le temps : on tourne, vite, vite, vite. Ironique que dans le cas du très extensif Boyhood (tourné à raison de 4-5 jours par année, durant 12 ans) le temps aura littéralement été de l’argent : il s’agit de l’un des films les plus rentables de l’année (4 millions $ de budget versus 25 millions $ de recettes), et ça, c’est sans compter le succès inquantifiable du film, unanimement acclamé, en voie de rafler les plus grands honneurs tout au long de sa route vers les Oscars. Préparez-vous au raz de marée. Dénominateur commun à tout l’amour voué à Boyhood? Sa notion élastique et malléable du temps, justement. Élastique, peut-être, mais acharné dans sa rigueur : il avance tout le temps, le temps. Par exemple, la séquence au début du film où la sœur de protagoniste chante Oops I Did It Again pour énerver son grand frère n’était pas nostalgique à l’époque du tournage, mais est devenue nostalgique aujourd’hui, douze ans plus tard. Boyhood oppose sans distanciation le hier et l’aujourd’hui; les fait entrer en dialogue. Il utilise le procédé le plus concret pour l’illustrer, ce temps : un garçon qui grandit, qui devient un adulte. Rien d’extraordinaire, juste… grandir. Voilà, en peu de temps, le concept de l’un des plus beaux films de l’année.

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1. Whiplash – 107 min – États-Unis – Damien Chazelle

Si Boyhood est peut-être le film le plus délicat et le plus touchant de l’année 2014, le seul choix logique pour lui coiffer la pole position est, au fait, son antithèse : le film le plus intense, le plus criard et le plus viscéral. Mesdames et messieurs, un nouveau cinéaste dénommé Damien Chazelle défonce la grande porte et s’impose en majuscule sur la scène du cinéma mondial! Whiplash est un triomphe. Un film qui donne des palpitations et des sueurs froides. Un film généreux qui offre deux rôles d’une vie : J.K. Simmons en tant que professeur de musique tortionnaire, et Miles Teller, en tant que jeune musicien ambitieux, prêt à tout pour se tailler une place dans les livres d’Histoire. Teller avait impressionné avec The Spectacular Now l’an passé, mais, avec Whiplash, il explose; il éclot; il s’envole. S’il y a quelconque trucage pour « bonifier » ses impressionnantes performances à la batterie, on n’y voit que du feu. La relation toxique enseignant/élève est présentée ici dans le contexte pointu de la musique jazz, mais la résonance thématique est universelle. Nous avons tous déjà eu un enseignant; un mentor. Plus le niveau de notre discipline est élevé, plus les enjeux sont élevés. Quand on veut être le meilleur, on en paye le prix. Est-ce par sacrifice personnel, en jurant des vœux-nouveaux-genre dans un monde sans Dieu? Dans ce monde au « je » où l’individu veut de plus en plus sortir du lot : se démarquer. Whiplash pose toutes ces questions, mais a la décence de demeurer nuancé; de ne pas prémâcher sa prise de position pour le spectateur. Ce qui hisse Whiplash parmi les grands films contemporains est son ambition; doublé de son discours clairvoyant sur l’ambition, justement. Je ne vous donnerai pas de précisions quant au développement de la quête d’immortalité du protagoniste, mais je peux vous dire que Chazelle, lui, vient de faire un bond de géant pour atteindre ce statut.

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