Top 10 2014 d’Olivier Bouchard

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27 décembre 2014 par Olivier Bouchard

Top10Olivier

C’est l’heure des bilans. Chaque année, les fameux Tops 10 permettent de faire, rapidement, vaguement, une rétrospective de notre année personnelle en cinéma. Pour ma part, l’année 2014 me semble un peu faible, ne serait-ce que parce que j’ai vu beaucoup moins de films qu’à mon habitude. De plus, plusieurs de mes œuvres cinématographiques préférées de l’année sont des films qui nous sont arrivés avec une année de retard (notamment SNOWPIERCER, LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA et UNDER THE SKIN) et ne seront donc pas éligibles à cette liste, tout comme j’ai raté plusieurs films de réalisateurs que j’affectionne particulièrement et que je ne pourrai pas voir avant l’année prochaine (je pense à un certain film de Bruno Dumont et un autre de Roy Andersson, surtout). Il ne faut pas se méprendre, les dix films que je propose ici m’ont tous affecté à leur manière et je crois qu’ils méritent absolument votre attention.

10. Foxcatcher – 134 min – États-Unis – Bennett Miller

Bennett Miller refait une fois de plus un portrait de l’Amérique qui, comme elle l’était chez CAPOTE, fût écrite dans la violence. FOXCATCHER est de facture classique, mais Miller fait un travail tellement épuré que le classicisme est ici complètement détaché de ses personnages. Ceux-ci sont de tristes hommes, perdus dans le pouvoir et dans l’ambition, qui vivent leur malheur en silence. Il y a de quoi s’impressionner face aux trois acteurs (Channing Tatum, Steve Carrell et Mark Ruffalo, tous excellents), mais c’est le regard sans concession et, pourtant, sans jugements du réalisateur qui rend FOXCATCHER un film majeur sur l’histoire américaine.

9. It Follows – 100 min – États-Unis – David Robert Mitchell

Faux film d’horreur, IT FOLLOWS est une œuvre inattendue qui ne se limite pas à son genre attribué. Ce dont David Robert Mitchell parle, c’est de l’angoisse. Celle d’être adolescent, celle d’entamer la vie d’adulte et celle… d’être poursuivi par une entité démoniaque meurtrière. IT FOLLOWS est un film particulier, mais pourtant accessible qui, contrairement à plusieurs œuvres qui mélangent les genres en rapiéçant leurs éléments, trouve le moyen d’être drôle, touchant et terrifiant d’un seul geste.

8. Gone Girl – 149 min – États-Unis – David Fincher

J’ai mes problèmes avec les raccourcis que le scénario emploie, mais il faut reconnaitre que David Fincher sait mener un thriller à terme. Pourvu qu’on veuille se laisser prendre, GONE GIRL nous mène par le bout du nez avec une grande assurance. En filigrane, et c’est là que le film possède ses meilleurs éléments, il présente avec Amy Dunne – la « girl » disparue – un personnage froid en apparence, mais intérieurement détruit. Rosamund Pike se l’approprie avec finesse, et le résultat vaut la peine d’être vu.

Maps to the Stars

7. Maps to the Stars – 111 min – Canada, États-Unis, Allemagne, France – David Cronenberg

Cronenberg a rarement été aussi méchant. Après, selon moi, plusieurs ratés, MAPS TO THE STARS démontre que le réalisateur est toujours bien capable de faire d’excellents films. Extrêmement misanthrope sans être parfaitement condescendant, le film présente un Hollywood où les humains, surélevés au rang de dieux grecs dans le meilleur comme le pire, sont dépassés par leur propre mythe. MAP TO THE STARS est parfois éprouvant moralement, belle preuve que le cinéaste est encore bien capable de faire réagir.

The Raid 2

6. The Raid 2 : Berandal – 150 min – Indonésie, États-Unis – Gareth Evans

Je suis plutôt surpris qu’il y ait un débat sur quel film est le plus valable entre THE RAID et sa suite. Alors que le premier m’avait laissé complètement indifférent, Gareth Evans se réinvente dans son nouvel opus et offre un film, un vrai. Pas sans défaut, il faut dire, THE RAID 2 : BERANDAL est trop lourd, trop sérieux et carrément épuisant à visionner. D’un autre côté, je le vois mal être autrement. Dans ces ballets violents chorégraphiés au quart de tour où les acteurs et les techniciens deviennent tous cascadeurs, Evans réussit à mettre en scène l’épuisement. Le combat d’arts martiaux, central mais trop concret dans tant de films, est ici magnifique et sert à transmettre une émotion. De l’art lyrique, donc.

Birdman

5. Birdman – 119 min – États-Unis – Alejandro González Iñárritu

Passé le concept de voir Michael Keaton se jouer lui-même dans un film qui fait miroir à sa carrière, BIRDMAN réussit parce qu’il présente l’opportunité à Alejandro González Iñárritu de se réinventer de belle façon. Pas que le réalisateur soit loin de ses thèmes favoris, mais son nouveau film est plus joueur qu’il en a d’habitude. BIRDMAN, le film, opère comme sa trame sonore jazzée : toujours en mouvement, il peut changer de rythme ou de ton à tous moments. Derrière tout ça, le mal existentiel de gens qui, malgré leur folie, sont bien normaux. Ce n’est pas pour rien que le film parle constamment de Raymond Carver, en fin de compte.

Tokyo Tribe

4. Tokyo Tribe – 116 min – Japon – Sion Sono

Il suffit d’évoquer le concept de TOKYO TRIBE (un opéra-rap sur une guerre de gangs japonais) pour savoir que c’est un film particulier. Dans la série B, toutefois, particulier est souvent synonyme avec projet mal mené. Dans les mains de Sion Sono, par contre, le trash et le Grand Art ne font qu’un. Le réalisateur impressionne dans sa capacité toute particulière à enchainer son humour libidineux et sa violence vulgaire dans un tourbillon de prouesses techniques qui ferait rougir les plus grands. TOKYO TRIBE peut parfois être tellement stupide, mais il ne l’est jamais de façon banale ou involontaire. Un de mes plus grands plaisirs cinématographiques de l’année.

Citizenfour

3. Citizenfour – 114 min – Allemagne, États-Unis – Laura Poitras

CITIZENFOUR soulève plus de questions qu’il en répond. Petit cliché, en fait, mais pour ma part le film réussit à – que ce soit consciemment ou contre son propre gré – non seulement poser des questions sur son sujet, mais aussi à en soulever envers son statut de film lui-même. D’une part, on peut se demander pourquoi une société sait être espionnée l’accepte aussi facilement, comment un politicien peut mentir aussi ouvertement à son peuple sans rétribution et qu’elle est la valeur d’informations concrètes face à ce qui est su dans l’abstrait; d’une autre part, quelle est la valeur éthique d’un film qui transforme l’histoire – l’histoire réelle – en thriller et que vaut la présentation du personnage dans le débat politique. Les réponses sont personnelles, évidemment, et même si dans mes réponses je trouve des problèmes face au traitement du film, CITIZENFOUR est peut-être l’objet initiateur des débats les plus valables en cinéma, et de certains très importants en politique, cette année.

Saint Laurent

2. Saint Laurent – 150 min – France, Belgique – Bertrand Bonello

Bonello a déjà prouvé avec TIRESIA qu’il connait ses mythes. Son SAINT LAURENT est loin d’être de ses biopics qui veulent déconstruire le personnage, ici le réalisateur veut plutôt entretenir le mythe Saint Laurent au point de le placer parmi les grands dans l’histoire de l’art. Le geste n’est pas sans prétention, mais, à mon sens, réussit avec aplomb. Parlant de grands, ce qu’il y a de magnifique dans SAINT LAURENT c’est justement la rencontre de deux esthétiques d’artistes majeurs : celle du cinéaste et celle du couturier qui ne sont pas, finalement, si loin l’une de l’autre. On pourrait presque s’y méprendre, le film de Bonello est à placer avec les I’M NOT THERE en tant que biopics qui adaptent le personnage par la forme et non par l’anecdote. On ne pouvait pas faire plus bel hommage au couturier.

Bird People

1. Bird People – 127 min – France – Pascale Ferran

J’ai rarement vu un film aussi casse-gueule. Utilisant des concepts tout simples comme base, le film de Pascale Ferran s’ancre dans la réalité pour après briser toutes ses contraintes imposées – on est au cinéma, après tout – et carrément sauter dans le vide. Et pourtant, si plusieurs risquent de décrocher facilement, BIRD PEOPLE est à l’opposé des œuvres cyniques, mélancoliques, narcissiques et défaitistes qui occupent généralement les cinéastes. C’est un petit film curieusement optimiste sans être naïf qui trouve la beauté dans la bienveillance plutôt que le tragique. Ce n’est pas une œuvre parfaite, mais c’est celle qui, par son geste, m’a le plus touché cette année.

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