Hors les cadres!

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16 décembre 2014 par Paul Landriau

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Alors qu’on croyait la question bien enterrée, se disant que l’avènement du DCP (Digital Cinema Package, le nouveau standard pour la projection numérique) apporterait un cadre unifié, 2014 aura été le théâtre de tous les cadres, tous les ratios, et ce parfois à travers un même film.

Il y aura eu le GRAND BUDAPEST HOTEL de Wes Anderson, qui variait les cadres pour mieux illustrer les différentes époques visitées; le duo Xavier Dolan avec d’un côté son TOM À LA FERME, qui refermait le cadre sur la hauteur lorsque son personnage titulaire se sentait étouffé… puis de l’autre son magistral MOMMY, tourné dans le fameux ratio 1:1, l’équivalent de l’image Instagram, nouveau format qui représente une génération qui a toujours le smartphone à la main, question de pouvoir en groupe prendre un égoportrait, un selfie, et peut-être ainsi donner un équivalent numérique au polaroid d’autrefois. Dans de brefs moments de tendresse, les personnages élargissent le cadre dans ce récit œdipien; rarement un changement de ratio nous aura autant ébahis.

De l’autre côté du continent, au royaume d’Hollywood, Christopher Nolan le Tout-Puissant se réclame d’un cinéma classique, conservateur, qui allume les yeux et l’espoir des spectateurs; le spectacle à l’ancienne à grand renfort de scènes IMAX. On a dépoussiéré pour l’occasion les vieux projecteurs de cette technologie canadienne. Le mariage des scènes tournées en IMAX et celles tournées en numérique ne fût pas tout à fait harmonieux… le récit nous a laissé un peu sur notre faim, mais on en a eu plein les mirettes. L’avantage de ce film opulent, le plus long film IMAX jamais présenté, est qu’il était impossible d’y projeter des publicités en prologue. La raison est bien simple, les tables de préparation pour les copies étaient pleines! Si seulement la pratique pouvait s’élargir et qu’on réduisait le nombre de publicités en salles; vœu pieux, je le concède.

Certains cinéastes ont travaillé le cadre de manière plus subtile; on pense à Lisandro Alonso et son sublime JAUJA au cadre vigneté; ajoutons à cela une cinématographie belle à en pleurer, un sens de la composition affuté et nous obtenons un étrange effet de reconstitution. Le cadre cinéma appelle alors à la photographie fin XIXe siècle; le récit nous plonge dans un western spirituel entraînant et inoubliable.

Un documentaire aussi sublime et au service de son sujet comme LE SEL DE LA TERRE multipliera les différents ratios afin de mieux présenter les photos de Salgado. Ce qui coupe le souffle, à tout coup.

Et puis bien sûr il y a Godard.

Jean-Luc Godard, cet emmerdeur, ce cinéaste à l’énergie renouvelé, qui fait un beau pied de nez à toute une production de la surenchère pour préparer ce que l’on peut dénommer de petit guide de l’utilisation du 3D, maniant moins le cadre des deux premières dimensions pour pouvoir mieux faire exploser l’axe Z. De multiples façons qui étonnent et détonnent, Godard dans son ADIEU AU LANGAGE nous dis au fond qu’un au revoir, maintenant que l’on a pu et su véritablement user de la 3D outre que comme un effet cosmétique.

Du côté des technologies en développement, on mentionne les téléviseurs 2 K et 4 K, toujours plus clairs et définis, mais également des téléviseurs courbés, rejoignant ainsi des expérimentations passées du grand écran. Les téléphones, toujours plus performants, permettent en théorie d’écouter des films en HD dans un trajet de métro, cependant, laissez nous douter un peu de l’usage en pratique.

Et puis finalement, une petite réflexion sur la VOD, qui commence à faire son bout de chemin au Québec (dans notre marché, il n’est pas surprenant que nous soyons en retard sur d’autres pays), ainsi que les plateformes à abonnement comme Netflix, qui permettent une nouvelle forme d’écoute, qui encourage les marathons d’épisodes de séries télé, et peut-être ainsi encouragent une inflation de la durée moyenne des films. Se surprend-on vraiment d’avoir des films de quatre heures comme NYMPH()MANIAC disponible en salles et en VOD le même jour? Ou de voir chaque livre best-seller décliné en une trilogie de films et plus si affinités? À l’heure des abonnements, le public en veut pour son argent, et on lui en donne toujours plus, plus, plus. Et les médias, pour leur part, plutôt que de multiplier les analyses de films multiplient les listes à voir. Vivre le cinéma comme on fait l’épicerie, en achetant le plus possible en vérifiant les soldes, quitte à jeter par la suite ce qui sera périmé, faute de temps. Quel modèle!

Ceci dit, dans quelques semaines, nos nombreux Tops 10 de l’année. Joyeuses fêtes.

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