L’invasion des superhéros au petit écran

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9 décembre 2014 par Mario Melidona

Gotham

Un des problèmes du blockbuster contemporain est la surabondance de superhéros. Ils sont là pour de bon; on a droit à une nouvelle aventure chaque trimestre ou presque. À la télévision, on a carrément des rendez-vous hebdomadaires. Les superhéros et les nerds ont gagné, pas de doute. Financièrement, c’est très logique pour les réseaux télévisés de se lancer dans l’arène. Donnons au peuple ce qu’il réclame… mais est-ce que quelqu’un s’est demandé si c’était une bonne idée? La télévision est et sera toujours un médium de scénariste, tandis que le cinéma appartient au metteur en scène. Il y a un an, je déplorais les débuts d’AGENTS OF S.H.I.E.L.D. dans mon Top des déceptions de 2013; force est de constater qu’après une grande tournure scénaristique et des mois pour peaufiner les personnages et les arcs narratifs, ça serait négligent de ne pas y jeter un coup d’œil. C’est loin d’être le cas pour toutes les séries de superhéros qui envahissent présentement le petit écran. Voici donc un état des lieux.

Alors que le terme « univers cinématographique » est très à la mode, la seule série qui s’installe confortablement dans cette logique est AGENTS OF S.H.I.E.L.D. Maintenant que Marvel a renversé le statu quo (plus ou moins) dans CAPTAIN AMERICA : THE WINTER SOLDIER en révélant qu’Hydra est vivant et capable de terrasser S.H.I.E.L.D., la série a gagné un punch qu’elle n’avait pas au début de la saison 1. Adieu les vilains sans but comme le Centipede et le Clairvoyant qui ont alourdi la première saison. Cette stagnation narrative n’a pas aidé les cotes d’écoute. Cependant, cette saison 2, qui introduit Bobbi Morse/Mockingbird (la merveilleuse Adrianne Palicki), Skye (Chloe Bennet) et des chorégraphies de combat spectaculaires, devrait remonter le niveau. Le combat entre Melinda May (Ming-Na Wen) et son double Agent 33 vaut le détour. Une année de loin supérieure à la première, et les mentions aux anges bleus (aussi connu sous le nom de Kree) rapprochent les univers télévisuels et cinématographiques, justifiant du coup l’importance de la série dans l’univers Marvel.

Une paire de séries très réussie est présentée sur le réseau CW, traditionnellement tournée sur les adolescents mais qui dans les dernières années a compris que la télévision de genre règne en maître. Du côté de DC Comics donc, ARROW et THE FLASH. Des acteurs très beaux et une tonne de peau aident beaucoup les deux séries. Qui a oublié le torse de Stephen Amell durant la fameuse scène d’entraînement (recherchez « salmon ladder » sur Google)? Maintenant dans la saison 3, ARROW a trouvé le ton juste, surtout après la finale de la deuxième saison qui était spectaculaire. Oliver Queen (Stephen Amell) qui affrontait Slade Wilson /Deathstroke (Manu Bennett) alors que deux séquences d’action étaient entrecoupées par le montage, l’une sur un bateau en train de couler et l’autre dans les rues chaotiques de Starling City. Un exploit, surtout que la série introduisait Barry Allen (Grant Gustin) qui deviendra plus tard le Flash dans la série dérivée de cet automne. Je ne commente habituellement pas sur les nouvelles séries car il faut laisser plusieurs épisodes aux créateurs afin de trouver le ton juste, en peaufiner personnages et récit, mais THE FLASH semble maîtrisé depuis le tout début. ARROW est plutôt ancrée dans cette ère post BATMAN BEGINS, où les superhéros sont dénué de pouvoirs et évoluent dans des mondes sombres et réalistes; THE FLASH, en contrepied, explore avec enthousiasme la découverte par Allen de ses pouvoirs à la rapidité supersonique. L’un des problèmes principaux de la série THE FLASH est qu’elle ne développe pas assez les personnages secondaires, et abuse de la structure du « vilain de la semaine », ce qui agace à la longue. Il y a tout de même un arc narratif global s’intéressant à l’identité de l’assassin de la mère de Barry, ainsi que des indices laissant croire en l’utilisation du voyage dans le temps, avec les personnages de Reverse Flash et du D. Harrison Wells (Tom Cavanaugh). Faisant partie du même univers, ce n’était qu’une question de temps avant que les séries ne se croisent, et l’épisode en question est très réussi, bénéficiant à la fois des chorégraphies musclées d’ARROW et des effets spéciaux impressionnants du FLASH.

Le flop de l’automne revient à une série de DC Comics, CONSTANTINE. Déjà, une chose impensable; Constantine (Matt Ryan) ne fume pas. Puisque CONSTANTINE joue sur NBC, un réseau câblé, fumer est interdit. Est-ce que ça affecte fondamentalement la série? Non. Est-ce que le personnage demeure tout de même cool? Sans doute. Sauf pour la mise en scène de Neil Marshall pour les épisodes Non Est Asylum et Rage of Caliban, ainsi que la dévotion de Matt Ryan pour le sarcasme charmant du personnage titre, la série est facilement oubliable. Il y a eu des changements dans les coulisses, alors que le personnage de Liv Aberdine (Lucy Griffiths) a été coupé faute de chimie avec le protagoniste, pour être remplacé par un autre personnage sous-développé, Zed (Angelica Celaya). En plus, Harold Perrineau en Manny, un ange venu sur terre pour prévenir Constantine d’un danger imminent, c’est du gâchis. On ne sait pas du tout vers où la série se dirige, ou si elle peut obtenir l’aval pour une seconde saison. Le générique de début est très bien, c’est déjà ça.

Puis il y a PERSON OF INTEREST. Cette série était la réponse du petit écran à l’invasion des superhéros au cinéma avant que cela ne devienne la norme. Créée par J.J. Abrams et Jonathan Nolan (co-scénariste du film THE DARK KNIGHT), la série a commencé la cinquième saison avec une réflexion sur la surveillance dans le domaine privé, qui trouvera écho dans l’actualité malheureusement, et l’introduction de l’intelligence artificielle dans les systèmes de surveillance. Souvent décrite comme une histoire de Batman sans la cape et le masque, la série tourne autour de John Reese (Jim Caviezel), parlant d’une voix grave et bourrue, travaillant avec son équipe à combattre de nombreuses factions sous le contrôle d’agences nébuleuses souhaitant capturer Harold Finch (Michael Emerson), l’inventeur de deux systèmes d’intelligence artificielle afin de contrôler cette technologie. La série est peut-être techniquement dénuée de superhéros, mais elle est extrêmement raffinée et futée, et présente une relecture d’une société contrôlée par un Big Brother (voir 1984, George Orwell, publié en 1949). Le seul personnage que l’on peut décrire comme étant un superhéros est Root (Amy Acker), une pirate informatique avec un implant au cerveau lui permettant de se synchroniser avec l’une des intelligences artificielles, dénommée The Machine, qui aide les « bons » à sauver le peuple et éviter l’éradication de la nouvelle intelligence artificielle, le Samaritain, qui est contrôlée par les « méchants ». Ironie, quand tu nous tiens. Le salut de l’humanité passe donc par la victoire de l’une des intelligences artificielles, présentant aux spectateurs une issue cruciale qui échappe au contrôle des hommes. PERSON OF INTEREST est définitivement une série à suivre.

Parlant de séries inspirées par Batman, le plus gros hit de l’automne est sans aucun doute GOTHAM, sorte d’antépisode aux origines du justicier masqué. Il y a lieu de se demander ce qu’il y a d’excitant à regarder une télésérie sur l’univers de Batman sans celui-ci, surtout que la série paie constamment hommage à de futurs adversaires du chevalier noir comme Selina « Cat » Kyle, Ivy Pepper, Edward Nygma, Harvey Dent, Victor Zsasz et Copperhead, entre autres. On en rirait presque si ce n’était aussi frustrant. Je pense notamment à ce moment où Selina glisse sur le capot d’une voiture en plein jour tel un chat. De tels clins d’œil sont sans doute nécessaires puisque le réseau Fox a publicisé la série à grand coup de « Avant qu’ils ne deviennent… ». Je ne crois pas que l’équipe de scénaristes dirigée par Bruno Heller (THE MENTALIST et ROME) soit enthousiaste de cette consigne. Toutefois, l’accroche a payé, la nouvelle série étant la plus populaire de l’automne (parmi les nouveautés). GOTHAM se rapproche cependant plutôt d’une série policière, en émulant les romans graphiques de la série GOTHAM CENTRAL. Ce qui élève la série, ce sont les interactions entre les personnages; les policiers moqueurs James Gordon (Ben McKenzie) et Harvey Bullock (Donal Logue), le lien familial entre l’adolescent Bruce Wayne (David Mazouz) et le militaire Alfred Pennyworth (Sean Pertwee), qui doivent tous faire le deuil des parents de Bruce dans l’ouverture de la série. Il faut d’ailleurs noter la performance de David Mazouz qui est incroyable en tant que jeune Bruce Wayne, qui doit traverser la tragédie du meurtre de ses parents dans la fameuse allée sombre, apprend à se battre et à contrôler sa peur grâce aux enseignements d’Alfred, bref, tout ce qui un jour l’amènera à porter une cape et un masque. Comme toutes les histoires de Batman, le ton se module en fonction de l’antagoniste du jour; et soyons franc, Balloonman n’en mérite pas le titre. Pourtant, quand la série s’attarde à l’imminente guerre de gangs entre Carmine Falcone (John Doman) et Sal Maroni (David Zayas), tous deux manipulés par les parfaitement kitsch Fish Mooney (Jada Pinkett Smith) et Oswald « Penguin » Cobblepot (la révélation Robin Lord Taylor) qui volent les scènes dans lesquels ils apparaissent, le ton est juste et le plaisir sincère. Ces éléments traduisent la friction kinétique d’un Gotham en érosion. Nous assistons à la lente déchéance de la ville, qui un jour accueillera le héros qu’elle mérite, et non celui dont elle a besoin. Je crains que la série ne s’essouffle, mais il faut reconnaître une vision à long terme qui exige notre patience.

En conclusion, les superhéros sont bien implantés dans le paysage télévisuel, et leur présence ne fera que croître. On surveillera AGENT CARTER, une minisérie en 8 épisodes avec Hayley Atwell qui viendra combler le manque de nouveaux épisodes d’AGENTS OF S.H.I.E.L.D. et qui débutera en janvier sur ABC. Du côté de Netflix, nous aurons droit à de nouvelles séries de Marvel avec l’annonce que Charlie Cox (Daredevil) et Krysten Ritter (Jessica Jones) ont été choisis pour (ré)interpréter des icônes de leur univers, quelque part fin 2015.

Une réflexion sur “L’invasion des superhéros au petit écran

  1. […] année peut faire une grande différence. J’ai écrit plus tôt sur l’amélioration notable de la série de Marvel AGENTS OF S.H.I.E.L.D. et bien que la série […]

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