Un conte

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23 octobre 2014 par Olivier Bouchard

Le Conte de la princesse Kaguya

LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA (KAGUYAHIME NO MONOGATARI) est tellement beau plastiquement qu’il est difficile de témoigner quoi que ce soit d’autre à son sujet. L’animation du plus récent – et peut-être l’un des derniers, rien n’est moins clair 1 – film des studios Ghibli fascine par sa composition comme par sa fluidité. Elle crée l’impression de beauté diaphane, à la fois indiscernable mais entière, présente tout le film durant.

Ce dernier d’Isao Takahata – qui a déjà fait pleurer une génération entière avec LE TOMBEAU DES LUCIOLES – relate LE CONTE DU COUPEUR DE BAMBOU, une histoire traditionnelle japonaise où un coupeur de bambou, évidemment, trouve une minuscule enfant qu’il décide alors d’élever avec sa femme. La progression est typique des contes, très prévisible dans son discours sans, toutefois, être profondément idiot ni jamais être trop naïf.

C’est une histoire de conteur, donc, et Takahata la traite comme telle. Le ton est révèrent, le film progressant avec une lenteur contrôlée, une grâce fabriquée mais bien réelle. S’il semble souvent languissant, le film ennuie rarement. Il évolue à son rythme, tout simplement, et n’hésite pas à prendre son temps, à s’attarder sur des détails qui seraient mineurs ailleurs, mais qui sont traités avec attention ici. C’est un film doux, d’une certaine manière, ce qui n’est pas dire qu’il n’a aucun impact.

Si son récit est peut-être prévisible – à l’image de tous les contes, franchement – il est tout de même ample. Takahata traite ses personnages avec un franc respect qui permet à ceux-ci de surpasser leur caractère typé pour obtenir une réelle profondeur. Même les plus drôles – ils le sont souvent à leur dépends – s’ancrent dans le réel à partir de justifications crédibles, sans que personne ne devienne mauvais à proprement parler. Il faut le dire, si LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA tend vers la mélancolie ou même vers des tristesses presque insondables, il a par moment un aspect joueur, parfois enfantin. Lorsqu’il s’attarde aux peines de son protagoniste, il le fait avec grâce, en gardant la tête haute, et n’oublie pas d’y voir la beauté.

Il faut absolument noter un moment central du film. Dans un passage précis, le réalisateur, l’espace de quelques secondes, laisse tomber les masques. L’animation devient alors carrément expressionniste pour prendre la forme de la douleur auparavant – et aussi par après – réprimée du protagoniste. De la même façon, la musique, dans un élan minimaliste, s’assombrit. Éphémère, le passage est facilement l’un des moments les plus touchants de l’année et, ce, sans dialogue.

Le seul défaut du film est alors de n’atteindre ce sommet qu’une seule fois. Il faut s’imaginer que si le film se permettait plus souvent des actes de lyrisme, leur force serait distillée. Toutefois, lorsque cet unique passage occupe le point milieu du film, l’avant et après, où les émotions sont toujours retenues, semblent parfois exister comme base à quelque chose de plus puissant.

Ce n’est pas réellement le cas. Il y a une petite faute de rythme, mais la perte de contrôle dans un film presque toujours en possession de ses moyens est tellement bouleversante qu’elle vaudrait le détour à elle seule et qu’on félicite le réalisateur de se l’être permise. Ceci dit, LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA est loin de se valoir que par ce court moment. Excepté lors de ce dernier, c’est un film qui se présente comme un murmure, mais dont les paroles restent. Il faut simplement prendre le temps de bien écouter le conteur.

1. Note de l’éditeur : des rumeurs ont plus tôt cette année enflammé la toile, mais seraient basées sur une mauvaise traduction de propos tenus par Toshi Suzuki, producteur et cofondateur du studio d’animation. Il a lui aussi annoncé sa retraite, et les studios Ghibli sont présentement en « restructuration », ou « reconfiguration », car les films non signés par Miyazaki n’ont pas le succès escompté. Le plus récent film des studios Ghibli, SOUVENIRS DE MARNIE, est sorti cet été au Japon et devra paraître sur nos écrans en 2015.

8

Le Conte de la princesse Kaguya / Kaguyahime no monogatari – 2013 – 137 min – Japon – Isao Takahata

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