Journalisme macabre

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22 octobre 2014 par Mario Melidona

Nightcrawler

Après quelques performances saisissantes dans ENEMY et PRISONERS, Jake Gyllenhaal est totalement rebutant dans ce NIGHTCRAWLER. Fait rare, le protagoniste du film passe de l’antihéros à l’antagoniste, lentement mais surement. Une bouffée d’air frais si l’on peut dire, Gyllenhaal dévoué comme jamais dans NIGHTCRAWLER à accompagner le spectateur vers l’abysse qu’est Lou Bloom, un homme se baladant dans les rues de Los Angeles et devenant un avec cette nuit sordide qui évoque par moments le COLLATERAL de Michael Mann. Le premier long-métrage réalisé par Dan Gilroy, surtout connu pour son travail de scénariste (THE BOURNE LEGACY), ne déçoit pas.

Lou Bloom est un homme légèrement asocial et antipathique, établissant ses rapports humains en répétant par cœur des mantras tout faits de bien-être, grimpant ainsi les échelons sociaux. Souhaitant désespérément se faire un nom, Lou Bloom tente de devenir caméraman à la pige et accourt sur les lieux qui pourraient créer le buzz du lendemain matin. Lou s’embrouille avec un vétéran caméraman (Bill Paxton) et s’allie avec la rude mais désespérée directrice des nouvelles du matin Nina (Rene Russo) afin de livrer des nouvelles macabres mais exclusives, ce qui flatte son ego. Nina donne un conseil à Bloom : « Figure-toi notre bulletin de nouvelles comme une femme hurlant et courant dans la rue, la gorge tranchée. » Il va jusqu’à engager un stagiaire (Riz Ahmed) afin de s’accorder une importance fantoche et mentir aux piétons qu’il interroge. Lou Bloom vit une existence extrêmement isolée, livrant sourires et rires sur demande, comme si c’était un comportement normal. Alors qu’il forme une équipe avec Nina, son ambition et sa nature sociopathe, si l’on peut dire, fleurissent à mesure qu’il désamorce les situations problématiques à l’aide de slogans à la mode du type « un ami est un cadeau que l’on s’offre à soi-même ». Les acteurs de soutien gravitent autour de l’immense performance de Gyllenhaal, mais démontrent la richesse et la profondeur de la dépravation et du désespoir qui les envahit lorsqu’ils croisent son chemin.

En plus de la performance fantastique de Gyllenhaal, la course poursuite au cœur du film est une séquence qui mérite un visionnement collectif en salles. Les collisions de voitures, les meurtres et poursuites infernales font partie du quotidien de Bloom, qui ne recule devant rien pour le buzz. Trop souvent, lorsqu’on écoute un film en salles, dans l’obscurité, nous sommes passifs; il est rare de sentir la tension de la salle se multiplier de manière électrique. Ici, au bout de cette séquence, on entend comme un soupir collectif de soulagement, et ce fût bien sûr le moment parfait pour l’anticipée et pourtant dévastatrice tournure scénaristique.

Lou croit qu’il vit le rêve américain, passant de zéro à héros, mais il ne prend pas conscience des dégâts qu’il cause. Il n’a ni barrières éthiques ou morales, alors qu’il met en scène et même commande des scènes de crime afin de mieux raconter sa nouvelle. Un comportement forcément fascinant; celui d’un homme devenant la vision cauchemardesque d’une salle de nouvelles. Ce n’est pas du journalisme d’investigation. C’est du journalisme macabre et envahissant.

8

Nightcrawler – 2014 – 117 min – États-Unis – Dan Gilroy

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