Diamants

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19 octobre 2014 par Olivier Bouchard

Bande de filles

BANDE DE FILLES n’est pas le film de banlieue qu’il peut sembler être de prime abord. Cette dernière est une toile de fond, certes, mais Céline Sciamma y reste chère à ses thèmes et présente la quête d’identité d’une jeunesse. Celle de Vic, surtout, Marienne de son vrai nom, qui s’intègre dès les premières minutes à ladite « bande de filles », un groupe de quatre « bums » de banlieue. De sa protagoniste, Sciamma montre la vie familiale, sa dynamique de groupe et le racisme latent dont elle est victime mais, surtout, elle montre l’affirmation de soi qui, le film le sous-entend, arrive enfin.

Sciamma est loin du film social, dans son traitement comme dans ses idées. Du coup, elle évite l’erreur de présenter son milieu qui lui est étranger de façon complaisante. Comme toujours, c’est dans son observation et dans sa capacité à renverser les codes de genres que la réalisatrice se démarque. Par exemple, dans la bande de filles, le maquillage fait office de peinture de guerre et les batailles sont réservées aux femmes. Sciamma pense ses observations dans le montage, créant des liens qui indiquent justement la subversion des caractères préétablis reliés au genre féminin. Loin de verser complètement dans une théorisation intellectuelle, la réalisatrice présente ses personnages affectueusement, sans toutefois omettre leurs faiblesses, mettant leur charisme constamment en premier plan.

Le problème sur lequel elle se bute est que, l’identité de Vic prenant son ampleur dans sa bande, les scènes où elle se trouve séparée de celle-ci sont dans un état d’incomplétude. Le défaut s’aggrave lorsque, en dernière partie, l’adolescente est carrément dissociée du groupe. Ces scènes, sans être complètement vides, marquent une baisse de régime notable dans l’ensemble. C’est une erreur regrettable, tant la structure scénaristique aurait permis d’autres chemins avec plus de potentiel.

Le film s’opère en actes avec des césures claires. Les ellipses qui séparent ces actes permettent au scénario d’éviter le trop-plein d’exposition, mais certains raccourcis restent trop faciles. L’intégration de Vic à la bande, notamment, se fait en l’espace d’un fondu au noir tout comme lorsque, plus tard, elle essaie de se créer une vie à elle seule. La structure forte et affichée a ses avantages, mais manque la finesse que le film a dans ces moments précis.

Donc ce BANDE DE FILLES est imparfait, peut-être même inférieur aux précédents films de Sciamma, mais cela ne l’empêche pas, dans plusieurs moments, de se déployer en un objet carrément magnifique. Une fois de plus accompagnée à la bande sonore par Jean-Baptiste de Laubier, alias Para One, la musique employée par la réalisatrice est à l’image de son sujet, ancrée dans la culture populaire. Lorsqu’elle utilise un morceau choisi, Sciamma relève carrément au niveau de grand art un univers trop souvent vu comme ingrat. C’est l’accomplissement d’une démarche qui se distille tout au long du film avec un niveau de résultats inégal. Les passages faibles sont mineurs, donc pardonnables en fin de compte. Ce ne sont pas eux qui resteront, car lorsque BANDE DE FILLE est mémorable, il l’est franchement.

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Bande de filles – 2014 – 112 min – France – Céline Sciamma

Une réflexion sur “Diamants

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