Avoir fière allure

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20 septembre 2014 par Paul Landriau

Pride

Une découverte surprenante au Festival de Cinéma de la Ville de Québec est cette merveilleuse et inspirante histoire de la grève des mineurs au Royaume-Uni sous le régime Thatcher. Cette lutte pour de meilleures conditions salariales et surtout des garanties d’emploi a reçu l’appui d’un jeune groupe d’activistes londoniens de la communauté LGBT. Jeu des contrastes et confrontations des préjugés alors qu’au fond les deux groupes revendiquent le simple droit à la dignité, à la fierté.

Partant d’un sujet très sérieux et documenté, le scénariste Stephen Beresford et le réalisateur Matthew Warchus ont préféré lui apposer un ton sincère, léger et même loufoque. C’est ce qui saute aux yeux dès le départ: pas de place aux malaises et aux pleurs (ou si peu), mais plutôt une célébration de l’exubérance, de l’action, de l’aide et de la fraternité. Fraternité d’abord au sein du groupe des L.G.S.M. (Lesbians and Gays Support the Miners), ces six jeunes adultes en quête d’un projet collectif. Évitant habilement les clichés d’usage, chaque personnalité est bien définie et s’installe au sein du groupe une cohésion et un sentiment d’appartenance grandissant. On découvre le conflit et les enjeux politiques à travers les yeux du naïf Joe (George MacKay), séchant les cours afin d’aider ces mineurs du Pays de Galles qu’il ne connait même pas.

Le rythme est enlevé, on ne s’ennuie jamais avec ce groupe de personnages attachants et pleins d’humour. Cette comédie de situation s’appuie peut-être un peu trop sur le principe du contraste; à chaque scène, une situation délicate qui sera désamorcée par un bon mot, un éclat de rire ou mouvement de danse. Le film confronte ces gais et lesbiennes branchés, jeunes, dynamiques, toujours bien habillés et bien coiffés à ces mineurs simples, ne sachant pas danser, peu ouverts sur le monde. Si le film est une réussite, c’est avant tout car il déborde de sincérité et possède une joie contagieuse. On se surprend à sourire, à taper du pied, à s’émouvoir de ces situations prévisibles et sans conséquences. Le scénario, déjà qu’il est basé sur une histoire vraie, ne réserve aucune surprise. Mais les personnages attachants gagnent le spectateur à sa cause. Ici, le cinéma agit comme une pop rose bonbon qui l’emporte sur le cynisme.

Au cœur du film, l’importance de la danse, et plus globalement, de l’art, se pose comme élément rassembleur qui permet de briser les barrières culturelles et politiques. Comme séquence centrale, cette démonstration sur le plancher de danse du doyen du groupe, pour qui la fièvre du samedi soir a lieu tous les jours, et qui mystifie cette communauté pour qui il devient un demi-dieu. Voyant que cet homosexuel charme toutes ces femmes grâce à ses mouvements flamboyants de bassin et de hanches, les jeunes gallois ne tardent pas à lui demander des leçons. C’est au final ce que le film nous enseigne, à ne pas rejeter l’aide et la providence qui nous sont offertes. Le plus étranger des messagers porte parfois le plus merveilleux des messages.

Le film occulte certainement certaines problématiques majeures, et passe sous silence d’autres réalités (on fait peu ou prou mention de la bisexualité, de la transsexualité, des personnes non blanches), alors que le spectre du sida est à peine évoqué; mais plutôt que de reprocher au film ce qu’il n’est pas, on doit quand même souligner la grande réussite de ce qu’il est : un film rassembleur qui s’adresse avant tout au très grand public. PRIDE n’est peut-être pas la plus profonde et complexe des histoires, mais procure sans doute un sentiment collectif de fierté et d’entrain. Un film très Disney qui reste en surface, et qui ne créera certainement pas de vagues, mais qui regorge d’amour. Comédie sucrée et populaire étonnamment efficace.

7

Pride – 2014 – 120 min – Royaume-Uni – Matthew Warchus

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