Misérabilisme minimaliste

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19 septembre 2014 par Paul Landriau

2 temps 3 mouvements

Je me rappelle d’une conversation avec mon collègue et ami Sami il y a quelques semaines, à la sortie de TU DORS NICOLE. On parlait d’une certaine tendance du cinéma québécois à parler du vide existentiel d’un quotidien banal… lui appelait cela le réalisme dépressif. Matthew Rankin lui, va plus loin et nomme cette tendance le réalisme suicidaire. Reste qu’il est vrai qu’un grand nombre de films québécois partagent des affinités avec le « mouvement ». Ça en dit sans doute moins sur nos cinéastes que sur notre société. Aujourd’hui, voilà donc qu’une coproduction France Québec tourné dans la Capitale-Nationale vient se placer en plein cœur du mouvement. Même le regard externe constate le même misérabilisme ambiant. Étude en/sur 2 TEMPS, 3 MOUVEMENTS.

Victor (Zacharie Chasseriaud) est un jeune adolescent dont le mal de vivre est apparent. Il vient d’arriver à Québec, suivant sa mère veuve (Aure Atika) qui ne pouvait plus rester en France. Il sèche les cours, fume des clopes moins pour aspirer la nicotine que pour tuer le temps, écoute de la musique et s’isole toujours plus du reste de la société. Un jour, il surprend un élève debout sur le bord du toit de l’école. Témoin d’une âme encore plus torturée que la sienne, il s’approche et tente de l’aider. Ce dernier, les écouteurs sur les oreilles, ne l’entend pas s’approcher et fait un mouvement brusque lorsque Victor lui touche l’épaule. Suicide assisté ou homicide involontaire, Victor constate, ébranlé. Il récupère le téléphone de la victime, déclenche l’alarme de l’école et s’enfuit.

Le film avance de manière très lente et il semble qu’un effort particulier a été déployé afin de dépouiller le récit de tous les artifices possibles. Mais le minimalisme peut également se retourner contre le film lorsque celui-ci possède très peu d’éléments auxquels s’accrocher. 2 TEMPS, 3 MOUVEMENTS semble moins sensible que brouillon, à tel point que les personnages ne sont que des coquilles vides. Victor, qui est de toutes les scènes, évolue bien au fil du récit, mais il part de si loin qu’on éprouve très peu d’empathie pour lui. Les dialogues sont réduits au minimum, mais aucune ligne ne semble plus inspirée qu’une autre. La caméra observe Victor, sans réussir à en faire un personnage intéressant. Les quelques scènes plus mouvementées du film, comme le déclencheur du récit, le suicide décrit plus haut, plutôt que de fournir l’électrochoc désiré ne font que maintenir le récit en vie.

Le problème, c’est qu’au fond, rien ne distingue particulièrement ce film de toutes ces histoires de passage, où un adolescent découvre petit à petit la sexualité, l’amitié, le respect, la mort… Les acteurs, tous très justes, Zacharie Chasseriaud en tête, ne s’affranchissent pas du cadre restreint de leurs personnages. La présence d’Anne-Marie Cadieux en mère éprouvée du jeune disparu n’apporte guère de matière à s’émouvoir, à s’attacher. Le film joue sur une seule note, une seule gamme, celle d’un misérabilisme lourd et aphasique. Très court en théorie, le film ne semble jamais prendre son envol, si bien qu’on en vient à anticiper le générique de fin. Peut-être au fond ce film en dit plus sur notre société que sur son cinéaste. Mais il y a des histoires, aussi véridiques soient-elles, qui sont bel et bien ennuyantes.

3

2 temps, 3 mouvements – 2014 – 85 min – France, Canada (Québec) – Christophe Cousin

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