Le roi du Queens

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12 septembre 2014 par Paul Landriau

Nas Time Is Illmatic

1994. Une année que les différents historiens de la scène musicale aiment appeler la meilleure année pour le hip-hop. Il y a 20 ans sortaient les premiers albums de Outkast, The Notorious B.I.G., Method Man et de Nasir Jones, plus connu sous son nom d’artiste, Nas. Ce documentaire arrive justement pour célébrer l’album fédérateur de ce dernier, ILLMATIC. Découverte de l’histoire derrière le mythe et de l’homme derrière la légende.

Nas n’est certainement pas aussi connu du grand public que certains de ses contemporains comme Jay-Z ou Dr. Dre, mais son premier album est universellement reconnu comme étant l’un de jalons du mouvement, influençant de nombreux artistes depuis, mais aussi d’une certaine manière un apex jetant de l’ombre sur le reste de sa carrière. Ce court documentaire de One9 interroge Nas lui-même sur la genèse de cet album, mais questionne aussi nombre de ses connaissances, collaborateurs et autres critiques musicales.

Comme (pratiquement) tout documentaire musical, les segments plus informatifs sont entrecoupés d’extraits de performances, mais aussi de vidéos d’archives des débuts de Nas alors qu’il était encore adolescent, de superbes images et photos d’époques. Le tout conférant au film un rythme certain, s’il ne réinvente toutefois pas la roue. Une particularité bien trouvée de ce documentaire, est qu’il propose des sous-titres pour toutes performances à l’écran, ce qui permet à l’érudit ou au simple amateur de mieux comprendre les paroles de ces chansons, certainement une force de l’art de Nas.

Si j’avais à décrire les forces du rappeur, je dirais qu’il a su s’entourer de producteurs et DJs talentueux, et a toujours eu un certain flair littéraire. Le documentaire, arrangé plus ou moins chronologiquement, s’attarde d’abord sur l’enfance assez difficile de Nas, comme il est commun pour un jeune de son quartier. Ayant grandi dans le Queens à New York, à une époque où l’escalade de la violence et la prolifération du marché du crack complétaient la ghettoïsation de cet arrondissement, le jeune Nasir dû rapidement quitter les bancs scolaires pour aider le foyer familial. Lui et son frère Jabari flânaient donc dans les rues, tentant de survivre dans cette jungle urbaine. Nasir lui, constatait avec horreur ces guerres de gangs et ce marché de la drogue. Il avait toujours eu des aspirations artistiques. Il aimait écrire, faire de la musique avec ses amis, il souhaitait percer dans l’industrie. Son père, Charles Jones, connu sous son nom de musicien jazz Olu Dara a initié ses fils très tôt aux rythmes musicaux mais aussi à des traités de philosophie chinoise, à L’ART DE LA GUERRE de Sun Tzu, à la Bible et autres canons littéraires.

Ce bagage se retrouve plus tard dans la plume et le style de Nas, l’héritage de son père qui quitte le foyer familial alors que les deux frères ne sont pas encore tout à fait des adultes. Nas donc multiplie les séances musicales et rêve d’enregistrer un album avec son meilleur ami, Ill Will (Willie Graham). Ce dernier ne pourra jamais voir l’ascension de Nas, mourant lors d’une fusillade comme trop de jeunes de ce quartier. Nas affine ses textes, parfait son rythme, enregistre des démos avec des DJs locaux, et son grand talent court comme une rumeur dans le quartier, jusqu’à atteindre les bureaux de Columbia Records. Le reste, comme on dit, fait partie de l’Histoire.

La pochette de l’album ILLMATIC est iconique, et c’était très éclairant d’écouter le segment consacré à la séance photo de cette journée historique. On y découvre des photos alternatives, mais aussi des gangs rivaux s’unir le tant d’une journée afin de célébrer la musique. Une preuve parmi d’autres de la nécessité de l’art dans toute société. C’est aussi un moment tragique lorsque Nas et certains amis, avec le recul de 20 ans, énumèrent la situation actuelle de chaque personne sur une photo de groupe de l’époque. Telle personne est morte, telle personne est enfermée à perpétuité; personne n’a vraiment de vie convenable. Un dur rappel que notre environnement peut parfois nous condamner et que le succès dans de tels quartiers est l’exception plutôt que la règle.

Étant une célébration d’un album phare, il va sans dire que le documentaire n’est pas critique de l’album ni de l’artiste. Ce qui est logique pour un tel projet, mais il aurait sans doute été intéressant d’en apprendre également sur les 20 ans qui se sont écoulés depuis. C’est aussi la marque des bons documentaires lorsque l’on souhaite qu’ils durent plus longtemps. Un autre reproche serait peut-être que de nombreux intervenants ne disent pas plus d’une ligne. On peut comprendre que d’indiquer que le film contient des interventions de Pharrell ou Alicia Keys est plus vendeur, mais ceux-ci ne contribuent absolument rien au documentaire. Plus globalement, j’aurais aimé que l’on développe la fameuse influence de cet album au-delà d’un jugement de valeur. Je comprends que l’album a touché beaucoup de gens et qu’il fait partie des favoris de bien des rappeurs d’aujourd’hui, mais de quelle(s) façon(s) concrète(s) est-ce que cet album s’est imposé? Par moments on discute d’une ligne en particulier, de thèmes dans ses textes, mais pas de manière assez développée selon moi.

Malgré tout, on passe un bon moment, surtout qu’ILLMATIC fait bel et bien partie de ces albums qui se laissent redécouvrir sans jamais perdre de leur force. On prend plaisir à entendre ces tracks pour la énième fois, la tête se balade au rythme des beats, et on attend avec impatience la prochaine performance à l’écran. Le signe d’un classique.

Le film est présenté au festival Film POP le 20 septembre à 20h. Pour plus d’informations: https://www.facebook.com/events/377190929096997/.

6

Nas: Time Is Illmatic – 2014 – 75 min – États-Unis – One9

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